La controverse de Sion. Douglas Reed.

La véritable histoire de l’humanité.

  • Chapitre 1 Les Débuts de l'affaire.

    Le véritable début de cette affaire prit place un jour de l’an 458 av. J.-C., date que ce récit atteindra au chapitre six. Ce jour-là, l’insignifiante tribu palestinienne de Juda (précédemment désavouée par les Israélites) produisit une doctrine raciste, dont l’effet perturbateur sur les affaires humaines postérieures dépassa peut-être celui des explosifs ou des épidémies. Ce fut le jour où la théorie de la race supérieure fut mise en place en tant que « Loi ». En ce temps-là, Juda était une petite tribu parmi les peuplessujets du roi de Perse, et ce qu’on connaît aujourd’hui comme « l’Occident » n’était même pas concevable. Maintenant, l’ère chrétienne a presque deux mille ans, et la « civilisation occidentale » qui en est issue est menacée de désintégration. C’est la doctrine née en Juda il y a 2500 ans qui, de l’opinion de l’auteur, a principalement amené cela. Le procédé, de la cause originelle à l’effet actuel, peut être assez clairement retracé, parce que cette période est pour l’essentiel historiquement vérifiable. La doctrine qu’un groupe de fanatiques produisit ce jour-là s’est montrée d’un grand pouvoir sur les esprits humains tout au long de ces vingt-cinq siècles ; d’où son exploit destructeur. Pourquoi elle est née à ce moment particulier, ou même jamais, cela rien ne peut l’expliquer. Cela fait partie des plus grands mystères de notre monde, à moins que la théorie comme quoi chaque action produit une réaction égale opposée ne soit valide dans le domaine de la pensée religieuse ; de sorte que l’impulsion qui, en ces temps reculés, lança de nombreux hommes à la recherche d’un Dieu aimant et universel produisit cette contre-idée violente d’une divinité exclusive et vengeresse. Le juda-ïsme était rétrograde même en 458 av. J.-C., quand les hommes du monde connu commencèrent à détourner leurs regards des idoles et des dieux tribaux et à rechercher un Dieu de tous les hommes, un Dieu de justice et d’amitié entre voisins. Confucius et Bouddha avaient déjà montré ce chemin et l’idée d’un Dieu unique était connue parmi les peuples voisins de Juda. De nos jours on clame souvent que l’homme de foi, chrétien, musulman ou autre, doit présenter ses respects au judaïsme - quelles que soient ses erreurs - sur un terrain incontestable : ce fut la première religion universelle, si bien que dans un sens, toutes les religions universelles descendent de lui. On apprend cela à chaque enfant juif. En vérité, l’idée d’un Dieu unique de tous les hommes était connue bien avant que la tribu de 9 Juda n’ait même pris forme, et le judaïsme était par dessus tout la négation de cette idée. Le Livre des Morts égyptien (dont les manuscrits furent trouvés dans les tombes des rois de 2600 av. J.-C., plus de deux mille ans avant que la « Loi » judaïque ne soit achevée) contient ce passage : « Tu es l’unique, le Dieu des tout premiers commencements du temps, l’héritier de l’immortalité, par toi seul engendré, tu t’es toi-même donné naissance ; tu a créé la terre et a fait l’homme. » Inversement, les Écritures produites dans la Juda des Lévites demandent, « Qui est comparable à toi, Ô Seigneur, parmi les Dieux ? » (l’Exode). La secte qui rejoignit et mata la tribu de Juda prit ce concept émergent d’un Dieu unique de tous les peuples et l’inclut dans ses Écritures uniquement pour le détruire et pour dresser la doctrine basée sur sa négation. Ce concept est nié subtilement, mais avec mépris, et comme la doctrine est basée sur la théorie de la race supérieure, cette négation est nécessaire et inévitable. Une race supérieure, s’il doit y en avoir une, doit elle-même être Dieu. La doctrine qui avait acquis la force de la justice en vigueur en Juda en 458 av. J.-C. était alors et est toujours unique au monde. Elle reposait sur l’assertion, attribuée à la divinité tribale (Jéhovah), que « les Israélites » (en fait, les Judaïtes) étaient son « peuple élu » qui, s’il accomplissait toutes ses « lois et jugements » serait placé au dessus de tous les autres peuples et établi sur une « Terre promise ». De cette théorie, que ce soit par anticipation ou nécessité imprévue, naquirent les théories pendantes de la « captivité » et de la « destruction ». Si Jéhovah devait être adoré, comme il le demandait, dans un certain lieu, sur une terre précise, tous ses adorateurs devaient vivre là-bas. À l’évidence, tous ne pouvaient vivre là-bas, mais s’ils vivaient ailleurs, que ce soit contraints ou par leur propre choix, il devenaient automatiquement « captifs » de « l’étranger » qu’il devaient « chasser » « terrasser » et « détruire ». Étant donné ce principe de base de la doctrine, cela ne faisait aucune différence que les « géôliers » soient des conquérants ou des hôtes accueillants ; leur destinée décrétée devait être la destruction ou l’esclavage.
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Chapitre 46 LE CLIMATERE (2).

Publié par alkali sur mars 25, 2008

LE CLIMATERE (2)
2. L’État sioniste
En ces années-là, le petit État improprement nommé « Israël » se
révéla être quelque chose d’unique dans l’histoire. Il était gouverné,
tout comme il fut conçu, installé et en grande partie peuplé, par des
juifs non sémitiques de Russie, de la race des Khazars. Fondé sur une
tradition tribale datant de l’Antiquité, avec laquelle ce peuple ne
pouvait avoir aucun lien de sang imaginable, il développa un
chauvinisme féroce basé sur l’application littérale de la Loi des Lévites
dans l’ancienne Juda. Minuscule, il n’avait pas d’existence en propre
et dès le début vécut seulement des richesses et des armes que ses
puissants sympathisants des grands pays occidentaux pouvaient
soutirer à leurs pays. Pendant ces années, il l’emporta sur les
seigneurs de la guerre les plus belliqueux de l’Histoire, dans des
paroles et des actions guerrières. Dirigé par des hommes de la même
origine que ceux qui exerçaient la terreur en Pologne et en Hongrie, il
menaça quotidiennement les sept peuples sémitiques voisins de la
destruction et de l’asservissement prescrits pour eux dans le
Deutéronome des Lévites.
Il fit cela dans la croyance non dissimulée que son pouvoir dans
les capitales occidentales était suffisant pour dissuader les
gouvernements de ces pays de jamais contredire sa volonté, et pour
ordonner leur soutien en toutes circonstances. Il se comportait comme
si l’Amérique, en particulier, était sa colonie, et les actes de ce pays
se conformaient à cette idée. À l’intérieur de ses frontières, ses lois
contre la conversion et le mariage mixte étaient celles du ô combien
cité Hitler ; au-delà de ses frontières s’étendait une horde d’Arabes
indigents, qu’il avait repoussés dans le désert, et dont le nombre
s’éleva, par les naissances, à presque un million au cours de ces huit
ans. Par des massacres et des raids répétés, on rappela à ces
populations, et à leurs hôtes involontaires, que le sort de Deir Yassin
leur pendait au nez aussi : « détruis totalement, homme, femme et
enfant, … ne laisse rien en vie qui respire ». Les pays occidentaux, ses
créateurs, murmurèrent des reproches tout en lui envoyant de l’argent
et les moyens nécessaires à la guerre qu’ils prétendaient craindre ;
ainsi, comme Frankenstein, ils créèrent l’organisme destructeur qu’ils
ne pouvaient contrôler.
Fondé sur l’imagination, le petit État n’avait pas d’existence réelle,
juste le pouvoir de répandre le malaise de par le monde - qui dès le
moment de sa création n’eut aucun véritable moment de répit pour
sortir de la peur. Il commença à accomplir les paroles de la Promesse
642
ancienne : « À partir d’aujourd’hui, je répandrai la terreur et la crainte
de toi parmi les peuples qui sont sous tous les cieux… [et qui] seront
dans l’angoisse à cause de toi ».
Abandonné à ses propres ressources, il se serait effondré, tout
comme le « Foyer National juif » des années de l’entre-deux-guerres se
serait effondré. L’envie puissante de le quitter une fois encore
commença à surmonter l’envie puissante d’y entrer, et cela en dépit du
pouvoir du chauvinisme, qui pendant un temps triomphe de presque
toutes les autres impulsions chez ceux qui y cédent. En 1951, déjà, les
départs auraient dépassé les arrivées, excepté que l’ « ouverture
incroyable » mentionnée plus tôt (New York Herald Tribune, avril 1953)
se fit alors « dans le Rideau de Fer » (où les ouvertures n’ont guère lieu,
à moins d’être intentionnées ; l’État communiste révolutionnaire avait
à l’évidence un but calculé en réapprovisionnant l’État sioniste
révolutionnaire avec des habitants à cette période). Néanmoins, en
1952, 13 000 émigrés partirent et seulement 24 470 entrèrent, et en
1953 (la dernière année pour laquelle je possède des chiffres),
l’émigration dépassa l’immigration, selon l’Agence juive. Un certain Dr
Benjamin Avniel, prenant la parole à Jérusalem, dit au mois de juin
que dans les cinq premiers mois, 8500 immigrants étaient arrivés et
25 000 personnes étaient parties.
C’était l’évolution naturelle, si « Israël » était livrée à elle-même,
car elle n’avait rien d’autre à offrir que le chauvinisme. Le portrait des
conditions de vie sur le territoire est donné par les autorités juives. M.
Moshé Smilanski (fort de soixante ans d’expérience en Palestine) écrivit
dans la Jewish Review [NdT : la revue juive] de février 1952 :
« Quand le mandat britannique a pris fin, le pays était riche. Les
entrepôts alimentaires, privés et gouvernementaux, étaient pleins et il
y avait un bon stock de matières premières. Le pays avait trente
millions de livres à la Banque d’Angleterre, en plus de fonds
britanniques et américains en grande quantité. La monnaie en
circulation était d’environ trente millions de livres, qui avaient la même
valeur que la livre sterling… Le gouvernement mandataire nous a
laissé un héritage de valeur, le port profond d’Haïfa, deux digues à
Jaffa et Tel Aviv, des chemins de fer, de nombreuses routes et des
bâtiments gouvernementaux de qualité, des terrains d’aviation
militaires et civils très bien équipés, des casernes militaires de qualité
et les raffineries de Haïfa. Les Arabes qui ont fui ont laissé derrière eux
environ cinq millions de dounams de terre cultivable, comprenant des
vergers, des orangeraies, des oliveraies, des vignes et des arbres
fruitiers, environ 75 000 maisons d’habitation en ville, dont certaines
très élégantes, environ 75 000 magasins, usines et biens mobiliers, des
meubles, des tapis, des bijoux, etc. Tout ceci représente de la richesse,
et si nous, en Israël, sommes tombés dans la pauvreté, nous accusons
643
l’excessive centralisation bureaucratique, la restriction de l’entreprise
privée et la promesse d’un régime socialisant pour notre époque ».
En avril 1953, M. Hurwitz du Parti révisionniste d’Israël parla,
devant une audience juive à Johannesburg, de la « dégradation » de
l’État sioniste. Il dit qu’il ne pouvait rester aveugle à cette situation
alarmante :
« Économiquement, le pays est au bord de la faillite. L’immigration a
diminué et durant les derniers mois, il y a eu plus de gens qui ont
quitté le pays qu’il n’y en a qui y sont entrés. De plus, nous avons 50
000 chômeurs et des milliers de plus qui sont au chômage partiel ».
On pourrait comparer ces deux citations (j’en ai de nombreuses
autres d’une teneur similaire) venant de résidents juifs, à l’image de la
vie en Israël que les populations occidentales recevaient de leurs
hommes politiques. Un certain M. Clement Davies (leader du Parti
libéral britannique - qui avait 401 sièges à la Chambre des communes
en 1906, et 6 sous son leadership, en 1956), devant une audience
juive à Tel Aviv, « salua les progrès en cours dans l’État juif, qui pour
lui semblaient être un miracle de progrès le long de la voie de la
restitution du pays à une terre où coulaient le lait et le miel » (publié
dans le même journal juif que les remarques de M. Hurwitz). À la
même période, M. Franklin D. Roosevelt Junior, en campagne
électorale à New York (où « le vote juif » est considéré comme décisif)
dit : « Israël est une parcelle de vie et d’espoir dans l’océan des
populations arabes grouillantes. Elle « vend la liberté » pour le monde
libre avec plus de succès que toute la propagande que nous avons pu
envoyer des États-Unis d’Amérique ».
M. Adlai Stevenson, faisant campagne pour la présidence de 1952,
dit au public sioniste qu’ « Israël a accueilli parmi elle, à bras ouverts
et chaleureusement, tout son peuple en recherche d’un refuge contre
l’adversité… L’Amérique ferait bien de prendre exemple, concernant
ses propres politiques d’immigration, sur la générosité de la nation
d’Israël, et nous devons oeuvrer dans ce but » (la seule signification
possible à cela est que le peuple américain devrait être chassé des
États-Unis et qu’on devrait rendre leurs terres aux Indiens nordaméricains).
Un autre aspirant à la présidence, un certain M. Stuart
Symington, dit qu’« Israël est un exemple de la manière dont la
détermination, le courage et l’action constructive peuvent finir par
l’emporter, pour les idéaux démocratiques, au lieu d’abandonner le
terrain à l’impérialisme soviétique » (à environ la même période, les
professeurs de l’État israéliens étaient en train de chanter le Drapeau
Rouge [l’hymne du parti travailliste - NdT] par décret gouvernemental,
le Premier Mai, tandis que les politiciens de Washington et de Londres
fulminaient contre « l’antisémitisme derrière le Rideau de Fer »).
644
Face à l’inversion prolongée de la vérité par les hommes politiques
de tous les partis d’Amérique et d’Angleterre, seules des protestations
juives - comme dans les décennies précédentes - se firent entendre
(pour la raison donnée auparavant, qui est que l’on empêcha
efficacement les écrivains non-juifs de publier de telles protestations).
M. William Zukerman écrivit :
« La théorie généralement acceptée selon laquelle l’émergence de
l’État d’Israël servirait à unifier et à cimenter le peuple juif s’est
révélée fausse. Au contraire, le Congrès » (le Congrès sioniste de
Jérusalem, 1951) « a démontré de manière dramatique que la
création d’un État politique juif après deux mille ans a introduit une
nouvelle et puissante distinction, que les juifs en tant que groupe
n’ont pas connue depuis des siècles, et qu’il est probable qu’Israël
séparera plutôt qu’elle n’unira les juifs à l’avenir… D’une façon
quelque peu mystique, Israël est censée avoir une juridiction unique
sur les dix à douze millions de juifs qui vivent dans tous les pays du
monde en dehors d’Israël… Elle doit continuer à s’agrandir en
important des juifs du monde entier, peu importe s’ils vivent heureux
dans leur pays actuels… Les juifs qui vivent dans ces pays depuis
des générations et des siècles, doivent selon cette théorie être
« rachetés » de « l’exil » et amenés en Israël par un procédé
d’immigration de masse… Les leaders israéliens de tous les partis,
depuis l’extrême droite jusqu’à l’extrême gauche, y compris le Premier
ministre Ben Gourion, ont commencé à exiger que les juifs
américains, et particulièrement les sionistes, tiennent leurs
engagements envers l’ancienne patrie, quittent « l’exil » américain et
s’installent en Israël, ou au moins y envoient leurs enfants… Le
Congrès de Jérusalem a officiellement marqué la fin de la gloire du
sionisme américain et l’inauguration d’une période d’intense
nationalisme moyen-oriental… façonné sur le modèle de feu Vladimir
Jabotinsky, qui rêva d’un grand État juif sur les deux rives du
Jourdain, pour y inclure tous les juifs et pour devenir la plus grande
puissance militaire du Proche-Orient ».
M. Lessing J. Rosenwald protesta de façon similaire :
« Nous déclarons notre invariable opposition à tous les programmes
destinés à transformer les juifs en un bloc nationaliste aux intérêts
particuliers dans l’État étranger d’Israël. La politique dictée par M.
Ben Gourion pour le sionisme américain encourage les sionistes à
intensifier leurs efforts pour organiser les juifs américains en bloc de
pression politique indépendant, aux États-Unis. Ce programme est
destiné à transformer les juifs américains en colonie spirituelle et
culturelle d’un État étranger… Nous pensons que le nationalisme
« juif » est une distorsion de notre foi, la réduisant, depuis des
dimensions universelles, aux dimensions d’une secte nationaliste ».
Les protestations juives, c’était tout naturel, étaient suscitées par
la crainte de l’effet du sionisme, en tant que générateur de discorde,
sur les juifs. Cela n’était qu’un aspect infime du problème : le véritable
645
danger du sionisme se trouvait dans sa capacité à diviser les nations
du monde entre elles et à les amener à entrer en collision, catastrophe
dans laquelle les grandes populations de l’humanité seraient
impliquées dans une proportion de cent ou d’un millier pour chaque
juif.
Décrire cette évidente probabilité était une hérésie dans les
années 1950, et les protestations non-juives restèrent impubliées,
tandis que les protestations juives furent inefficaces. En 1953, le
journal juif de New York, Commentary, fut ainsi en mesure d’annoncer
que la catastrophe prévisible s’était rapprochée un peu plus, en ces
termes : « La survie et la consolidation d’Israël sont devenues un
élément définitif de la politique étrangère des États-Unis et aucun
résultat ou changement électoral n’affecteront cela ».
Voilà, une fois encore, la mystérieuse référence à un pouvoir
supérieur à tous les présidents, Premiers ministres et partis sur
lesquels j’ai attiré l’attention plus haut. C’est ce que M. Léopold Amery,
l’un des ministres britanniques responsables de la Palestine durant la
période de l’entre-deux-guerres, dit un jour : La politique est fixée et ne
peut changer. Le secret intime de toute l’affaire est contenu dans ces
affirmations menaçantes, dans lesquelles l’accent d’autorité et de
connaissance supérieure est clair. Elles sont laconiques, mais
spécifiques et catégoriques, et expriment la certitude que l’Occident ne
peut, et ne voudra se retirer du jeu de l’ambition sioniste en aucune
circonstance. La certitude doit reposer sur quelque chose de plus solide
que les menaces, ou même la capacité à influencer « le vote juif » et la
presse publique d’une façon ou d’une autre. Le ton est celui de maîtres
qui savent que les galériens doivent faire ce qu’on leur ordonne parce
qu’ils sont enchaînés et ne peuvent s’échapper.
Le New York Times, dont j’estime qu’il s’exprime avec autorité au
nom du « pouvoir juif » dans le monde, a souvent fait allusion à cette
secrète entente, ou capitulation, ou quoi que cela puisse être dans sa
nature : par exemple, « En essence, le soutien politique que l’État
d’Israël a aux États-Unis rend toute décision antagoniste aux intérêts
israéliens impossible à envisager pour une administration américaine »
(1956).
Si cela fait juste allusion au contrôle de la machine électorale, cela
veut dire que la méthode de gouvernement parlementaire par les
« élections libres » a été complètement falsifiée. À mon avis, c’est le cas
en Occident en ce qui concerne le présent siècle.
Cette situation en Occident seul a permis au nouvel État de
survivre. Il a été maintenu en vie par des infusions d’argent venu
d’Amérique. Commentary (cité plus haut) a déclaré qu’en juin 1953,
l’aide totale du gouvernement des États-Unis à Israël s’élevait à
646
$ 293 000 000 avec un supplément de $ 200 000 000 sous forme de
prêts bancaires Import-Export. Le représentant du programme
d’« assistance technique » du président Truman à Jérusalem déclara
(octobre 1952) qu’Israël avait reçu la plus grosse part d’entre tous les
pays du monde, proportionnellement à sa population, et plus que tous
les États du Moyen-Orient additionnés. Le New York Herald-Tribune
(12 mars 1953) dit que le montant total d’argent américain, y compris
les prêts et les cadeaux personnels, se monta à « plus de
$ 1 000 000 000 durant les cinq premières années de l’existence
d’Israël », qui ainsi, ajouta le journal, fut « assurée ». En plus de tout
cela, vint le tribut annuel allemand - soutiré par le gouvernement
américain - de 520 000 000 livres israéliennes. Je n’ai pu trouver les
chiffres officiels pour le total cumulé jusqu’en 1956 ; le délégué syrien
aux Nations unies, après l’une des attaques sionistes de cette année, a
dit que « depuis 1948, un flot de $ 1 500 000 000 coule des États-Unis
jusqu’en Israël sous forme de contributions, de subventions, de bons
et de prêts » (même ce chiffre exclue les paiements allemands et autres
formes de tributs occidentaux).
On n’a jamais vu rien de tel dans le monde auparavant. Un État
financé ainsi depuis l’étranger peut bien se permettre (financièrement)
d’être belliqueux, et l’attitude menaçante du nouvel État n’a été rendue
possible que par cet afflux massif d’argent occidental, principalement
américain. Assuré de ce soutien financier sans réserve et d’un soutien
politique à Washington qui ne pouvait changer, le nouvel État mit en
oeuvre son ambition grandiose : restaurer dans sa pleine puissance, au
XXe siècle de notre ère, la « Nouvelle Loi » promulguée par les Lévites
dans le Deutéronome en 621 av. J.-C. Tout ce qui viendrait serait
« l’accomplissement » de cela ; les Khazars mongols devaient voir que
Jéhovah honorerait son contrat, tel que les Lévites l’avaient publié. Et
ce qui suivit fut en fait un acompte provisionnel sur cet
« accomplissement » ; la vision des « païens » amenant les trésors
terrestres à Jérusalem commença à devenir réalité, sous forme
d’argent américain, de tribut allemand et du reste.
Avec un porte-monnaie ainsi bien rempli, le petit État commença
à poursuivre le fantasme d’un « accomplissement » entier et littéral, qui
est de voir, au moment de la fin miraculeuse, tous les grands de la
terre rabaissés, Sion toute-puissante et tous les juifs « rassemblés ». Il
rédigea la charte de ce « rassemblement » : la « loi de la nationalité »,
qui rendait israéliens tous les résidents juifs de l’État sioniste, et la
« loi du retour », qui revendiquait Israël pour tous les juifs partout
dans le monde - et dans les deux cas, qu’ils le veuillent ou non.75
75 La Loi du Retour, de 1953, dit entre autres : « Le rassemblement des exilés requiert des
efforts constants de la part de la nation juive dispersée, et l’État d’Israël s’attend donc à la
participation de tous les juifs, soit à titre personnel soit par le biais d’organisations, à
647
Telles étaient les lois qui, telles des fantômes issus des ghettos
disparus, alarmèrent M. Zukerman et M. Rosenwald. Elles expriment
la plus grande ambition jamais proclamée par aucun État dans
l’histoire, et le Premier ministre, un certain M. Ben Gourion de Russie,
fut explicite à ce sujet en de nombreuses occasions, par exemple dans
son message du 16 juin 1951 aux sionistes d’Amérique : « Une
opportunité rare a été donnée à notre organisation pour ouvrir la voie
à un mouvement sioniste unificateur et uni qui se tiendra à la tête de
la communauté juive américaine, à la grande époque qui s’ouvre au
peuple juif avec l’établissement de l’État et le début du rassemblement
des exilés à l’intérieur de ce dernier ». Le rabbin Hillel Silver, proche
collaborateur du président Eisenhower, exprima la satisfaction
particulière que « M. Ben Gourion accepte maintenant la vision que les
tâches principales du mouvement sioniste, c’est le cas jusqu’à
maintenant, incluent le programme complet et non tronqué du
sionisme ». À New York, en juin 1952, M. Ben Gourion fut plus
explicite : « L’État juif n’est pas l’accomplissement du sionisme… Le
sionisme englobe tous les juifs en tous lieux ». Le second président
d’Israël, M. Ben Zvi, lors de son investiture en décembre 1952, dit :
« Le rassemblement [en Israël] des exilés demeure toujours notre tâche
centrale et nous ne reculerons pas… Notre tâche historique ne sera
pas accomplie sans l’assistance de la nation entière en Occident et en
Orient ».
Le monde aurait lancé un concert de protestations si un kaiser ou
un Hitler avait dit de telles choses. L’ambition exprimée par des
paroles telles que « le programme complet et non tronqué du
sionisme » est en fait illimitée, car c’est le programme politique
contenu - sous l’apparence d’un contrat avec Jéhovah - dans la Torah :
la domination mondiale des « païens », exercée depuis un empire
s’étendant du Nil à l’Euphrate. Le soutien des gouvernements
occidentaux a amené à la réalité ce qui autrement serait la prétention
la plus absurde de toute l’histoire.
Que les hommes politiques occidentaux comprissent la pleine
signification de ce qu’ils faisaient sembla impossible jusqu’en 1953,
lorsqu’une déclaration fut faite qui sous-entendait cette pleine
compréhension. En mai 1953, M. Winston Churchill, alors Premier
ministre britannique, se disputait avec le Premier ministre égyptien à
propos du canal de Suez et le menaça, non pas de châtiment
britannique mais de châtiment juif. Il parla, au Parlement, de l’armée
l’édification de l’État et à l’assistance à l’émigration de masse, et voit la nécessité pour
toutes les communautés juives de s’unir dans ce but ». Un état permanent
d’« antisémitisme » dans le monde est de toute évidence le pré-requis pour la réalisation de
cette loi, et comme le groupe le plus important de juifs dans le monde se trouve
actuellement en Amérique, une situation « antisémite » là-bas devrait manifestement être
déclarée à quelque étape du processus.
648
israélienne comme de « la meilleure du Levant » et dit que « rien de ce
que nous ferons dans l’approvisionnement en avions de cette partie du
monde ne permettra qu’Israël soit placée en position désavantageuse ».
Puis il ajouta, dans des termes très analogues à ceux de M. Ben
Gourion et du rabbin Hillel Silver, qu’il « attendait l’accomplissement
des aspirations sionistes ».
En aparté, voilà probablement l’engagement le plus grand jamais
pris par un chef de gouvernement au nom d’une nation peu
soupçonneuse. Le Parlement israélien fit immédiatement part de sa
satisfaction concernant « l’attitude amicale de M. Churchill envers le
gouvernement israélien actuellement, et envers le mouvement sioniste
durant toute son existence ». Le public d’Angleterre lut ces mots sans
comprendre, si jamais il les lut. Ils stupéfièrent de nombreux juifs,
parmi lesquels même M. A. Abrahams, qui en révisionniste au long
cours aurait pu, logiquement, être ravi (les révisionnistes poursuivent
ouvertement l’ambition de feu M. Jabotinsky d’« un grand État juif sur
les deux rives du Jourdain, pour y inclure tous les juifs et pour
devenir la plus grande puissance militaire du Proche-Orient » - M.
William Zukerman).
M. Abrahams demanda avec étonnement, et même avec un
soupçon d’inquiétude, si les paroles de M. Churchill étaient vraiment
sincères, disant : « Le Premier ministre est un vieil étudiant de la
Bible ; il sait très bien que les aspirations sionistes demeure[rero]nt
inaccomplies jusqu’à ce qu’Israël soit pleinement rétablie à l’intérieur
des frontières historiques, la terre des Dix Tribus ».
Cette « aspiration », bien-sûr, ne peut être « accomplie » sans
guerre universelle, et c’est manifestement la raison pour laquelle M.
Abrahams fut interloqué, et presque atterré. Les paroles de M.
Churchill, si elles étaient réfléchies et délibérément intentionnées,
signifiaient le soutien à l’ambition grandiose dans toute sa littéralité, et
le prix ultime de cela ne pouvait être que l’extinction de « l’Occident »
tel qu’on l’a toujours connu.76
76 Un événement du mois précédent, en avril 1953, avait déjà montré que M. Churchill était
préparé à aller plus loin, dans ses hommages au sionisme, que nul n’aurait pensé qu’il était
possible à en juger par ses annales et sa légende nationales. Ce mois-là, il s’associa avec
ostentation à la canonisation sioniste d’un officier anglais du nom d’Orde Wingate, et ce
faisant, humilia le peuple anglais en général, et en particulier tous les fonctionnaires,
officiers et soldats britanniques qui pendant trente ans avaient accompli loyalement leur
devoir en Palestine. Wingate, officier des renseignements britanniques en Palestine durant
les années de l’entre-deux-guerres - tellement éloigné de l’impartialité honorable, entre
Arabes et Juifs, qui était la fierté et le devoir de ses camarades, jusqu’à en devenir non pas
un simple ennemi des Arabes, mais un renégat envers son pays et son métier. Sa perfidie
fut d’abord rendue publique lors de l’occasion où M. Ben Gourion, dédiant un village
d’enfants sur le Mont Carmel à la mémoire de Wingate (il fut tué durant le Seconde Guerre)
dit : « Il était prêt à se battre avec les juifs contre son propre gouvernement » et au temps du
Livre blanc britannique de 1939 « il vint me trouver avec l’intention de combattre la politique
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L’événement du 30 octobre 1956 (bien qu’il fut ordonné par
l’héritier désigné de Sir Winston) semble montrer que les paroles de M.
Churchill au mois de mai 1953, avec tout ce qu’elles présageaient pour
son pays, étaient prononcées sérieusement. Si l’Occident, tel que ces
paroles le laissaient à entendre, était secrètement employé à
« l’accomplissement [inconditionnel] des aspirations sionistes », cela
pouvait seulement signifier une guerre plus importante que l’Occident
ait encore jamais subie, dans laquelle ses armées joueraient le rôle de
britannique ». Une des propositions de Wingate était de faire exploser un oléoduc
britannique. M. Churchill, dans son message lu lors de la cérémonie de consécration,
décrivit le village nommé d’après Wingate comme « un monument à l’amitié qui devrait
toujours unir la Grande-Bretagne à Israël », et le ministre britannique fut prié d’y assister
en guise de témoignage officiel de l’approbation du gouvernement britannique. Ainsi, le
Britannique tellement honoré dans l’État sioniste avait-il trahi son devoir, et le Premier
ministre britannique de l’époque se joignit à ces honneurs. L’histoire significative du service
dans l’armée de Wingate est donnée dans le livre du Dr Chaim Weizmann. Le Dr Weizmann,
qui parle avec indulgence des efforts de Wingate pour se faire bien voir des colons sionistes
en essayant de parler hébreu, dit que c’était « un sioniste fanatique ». En fait, Wingate était
un homme très similaire au prophète Monk du siècle précédent, mais avec les moyens de ce
dernier, il fut en mesure de faire beaucoup plus de mal. Il copia sur Monk en essayant de
ressembler à un prophète judaïte, en se laissant pousser la barbe, et il trouva visiblement sa
véritable vocation sur la terre de Judas. Il était soit dément, soit totalement instable, et fut
déclaré par l’armée britannique « trop déséquilibré pour commander à des hommes d’une
manière responsable ». Il se tourna alors vers le Dr Weizmann, qui demanda à un médecin
important de Londres (Lord Horder, un ardent sympathisant sioniste) de témoigner devant
le Conseil médical de l’armée « du sérieux et du sens des responsabilités de Wingate ».
Comme résultat de ce parrainage, Wingate « reçut une affectation au poste de capitaine des
services de renseignements en Palestine », avec le résultat prévisible relaté plus haut.
Pendant la Seconde Guerre, cet homme, entre tous les hommes, fut désigné pour recevoir
les honneurs particuliers par M. Churchill, et fut rappelé à Londres au moment de la
Conférence de Québec pour recevoir la promotion de général de division. Le Dr Weizmann
dit que le « désir qui le consumait » était de mener une armée britannique jusque dans
Berlin. Le contexte du récit du Dr Weizmann suggère que cette opération aurait été dirigée
par une brigade juive menée par Wingate, si bien que l’événement aurait adopté la nature
visible d’un triomphe talmudique, détaché des couleurs d’une « victoire britannique ». « Les
généraux », conclut le Dr Weizmann, prévinrent cette humiliation ; leur refus « fut total et
définitif ». L’épisode fait à nouveau ressortir la nature inégale et énigmatique de M.
Churchill, qui prêchait l’honneur, le devoir et la loyauté de façon plus éloquente qu’aucun
autre avant lui, et demandait sans ménagement à une nation aux abois de donner son
« sang et sa sueur, son labeur et ses larmes » pour ces principes éternels. Il avait vu l’un de
ses propres ministres assassiné et des sergents britanniques symboliquement pendus « à un
arbre », et pourtant il patronna spécialement cet homme, de son vivant, et le distingua pour
recevoir les honneurs à sa mort. M. Churchill, à une période antérieure, abandonna un jour
la tâche d’écrire la vie de son illustre ancêtre à cause d’une lettre qui paraissait prouver que
John Churchill, Duc de Marlborough, avait trahi une attaque imminente par la flotte
britannique de son ennemi de l’époque, les Français. « La trahison de l’expédition contre
Brest », écrivait-il alors, « fut un obstacle que je ne pouvais regarder en face » ; et de honte, il
refusa d’écrire la biographie, changeant seulement d’avis quand il se persuada que la lettre
était un faux. Pourtant, même dans ce livre, sa conception de la loyauté n’est pas évidente à
suivre, car dans sa préface il accepte comme naturel et même juste le premier acte avéré de
traîtrise de la part de Marlborough, quand il quitta Londres à cheval en tant que
commandant du Roi Jacques pour rencontrer les armées d’invasion allemande et
hollandaise de Guillaume d’Orange, et passa à l’ennemi, de sorte que l’invasion de
l’Angleterre réussit sans qu’un coup de feu anglais ne soit tiré.
650
pions dans un jeu désastreux, dans le but de diviser les peuples
chrétiens, d’écraser les peuples musulmans, d’installer l’empire
sioniste, et ensuite de servir de janissaires à ce dernier. Dans ce grand
jeu risqué, on attendrait des juifs partout dans le monde, de quelque
côté de l’apparente ligne de combat qu’ils se trouvassent, qu’ils
agissent dans l’intérêt primordial de Sion, selon la « loi du retour ». On
peut avoir une idée de ce que cela pouvait signifier dans un article
publié dans le Jewish Herald de Johannesburg le 10 novembre 1950, à
propos d’un épisode secret de la Seconde Guerre. Selon cet article,
quand la production d’armes atomiques démarra, « une proposition fut
faite au Dr Weizmann de rassembler quelques-uns des scientifiques
juifs les plus éminents afin d’établir une équipe qui négocierait avec
les alliés dans l’intérêt de la communauté juive… J’ai vu le projet
dessiné dans ses grandes lignes et soumis au Dr Weizmann par un
scientifique qui avait lui-même atteint une certaine renommée dans le
domaine de l’invention militaire ».
La menace est claire, avec de telles paroles. Quant à
« l’accomplissement des aspirations sionistes », par ces moyens ou
d’autres, le Dr Nahum Goldman, leader de l’Organisation sioniste
Mondiale, fit une déclaration significative devant une audience juive à
Johannesburg en août 1950. Décrivant une interview avec M. Ernest
Bevin, alors ministre des Affaires étrangères, le Dr Goldman dit : « Ce
minuscule pays (Israël) est un pays vraiment unique, sa position
géographique est unique. Du temps où M. Bevin tentait d’obtenir l’État
juif avec le consentement du gouvernement britannique, et au cours
de l’une des discussions privées que j’eus avec lui, il dit : « Est-ce que
vous savez ce que vous êtes en train de me demander ? Vous êtes en
train de me demander de vous donner la clé de l’une des régions les
plus vitales et stratégiques au monde. » Et j’ai répondu : « Il n’est écrit
ni dans le Nouveau ni dans l’Ancien Testament que c’est la Grande-
Bretagne qui doit avoir cette clé ».
M. Churchill, si ses paroles étaient pleinement intentionnelles,
était apparemment prêt à tendre la clé, et après la mort de M. Bevin,
tous les autres à Washington et Londres semblaient tout aussi prêts.
Les effets sont déjà clairement visibles et prévisibles, et ces effets ne
peuvent plus être excusés par le hasard. Ici, un grand projet s’avance
clairement vers son accomplissement ou son fiasco, avec les grandes
nations d’Occident faisant office d’escorte armée et elles-mêmes
assurées d’être humiliées si ce projet réussit ; elles ressemblent à un
homme qui prend un travail à la condition que son salaire baissera si
l’entreprise prospère.
À chacune de ses étapes de mauvais augure, cette aventure a été
discutée en tant que projet parmi les initiés. J’ai précédemment cité les
paroles de Max Nordau au sixième Congrès sioniste de 1903 :
651
« Laissez-moi vous montrer les barreaux d’une échelle qui mène
toujours plus haut… la prochaine guerre mondiale, la conférence de
paix où, avec l’aide de l’Angleterre, une Palestine libre et juive sera
construite. »
Vingt-cinq ans plus tard, un sioniste important en Angleterre,
Lord Melchett, parla sur le même ton de la connaissance secrète aux
sionistes de New York : « Si je m’étais tenu là en 1913 et que je vous
avais dit « Venez à une conférence pour discuter de la reconstruction
d’un foyer national en Palestine », vous m’auriez regardé comme un
rêveur oisif, même si je vous avais dit en 1913 que l’archiduc
d’Autriche serait tué et que de tout ce qui suivrait viendrait la chance,
l’opportunité, l’occasion d’établir un foyer national pour les juifs, en
Palestine. Ne vous êtes vous jamais dit combien il était remarquable
que du bain du sang mondial, cette opportunité soit née ? Croyez-vous
vraiment que nous ayons été ramenés en Israël par un simple coup de
chance ? » (Jewish Chronicle, 9 novembre 1928).
Aujourd’hui, la Troisième Guerre mondiale, si elle arrive, ne sera
de toute évidence pas un « coup de chance » ; la succession de causes
menant aux conséquences, et l’identité du pouvoir contrôlant, ont été
rendues visibles par l’écoulement fluide du temps. Trente et un ans
après la déclaration impériale de Lord Melchett, je me trouvais par
hasard (février 1956) en Caroline du Nord, et seulement grâce à ce
hasard - et le journal local - j’ai été mis au courant d’un commentaire
dans la même veine, apparemment inspiré d’une source olympienne
similaire, à propos de la troisième guerre. M. Randolf Churchill, le fils
de Sir Winston, était à cette période en visite chez l’ami de sa famille,
M. Bernard Baruch, dont la résidence est la baronnie de Little Hobcaw
en Caroline du Sud. En sortant de son entrevue avec cette autorité, M.
Randolph Churchill déclara (Associated Press, 8 fév. 1956) que « la
situation tendue du Moyen-Orient pourrait éclater en conflit armé à
tout moment. Mais je ne pense pas que la civilisation va aller en
trébuchant vers la prochaine guerre… La Troisième Guerre mondiale, si
elle arrive, sera froidement calculée et planifiée plutôt qu’accidentelle ».
En arrière plan de « l’accomplissement » (le paiement du tribut par
les grandes nations du monde et la déclaration que tous les juifs du
monde étaient ses sujets), le nouvel État donna la garantie de son
intention de rétablir les « frontières historiques » par la parole et l’acte.
Aucun « belliciste » occidental n’utilisa jamais de tels termes. M. Ben
Gourion proclama (Johannesburg, Jewish Herald, 24 déc. 1952)
qu’Israël « ne permettrait sous aucune condition le retour des
émigrants arabes » (les habitants d’origine). Quant à Jérusalem (divisée
entre les sionistes et les Jordaniens pendant « l’internationalisation »
sous l’administration des Nations unies), « pour nous, l’avenir de cette
ville est aussi fixé que celui de Londres, en dépit de ses frontières
652
ridicules ; ce ne peut être un problème pour les négociations ». Les
« exilés » à l’étranger devaient être « rassemblés » au rythme de « quatre
millions d’immigrants les dix prochaines années » (le ministre des
Affaires étrangères, M. Moshé Sharett, juin 1952) ou « dans les dix à
quinze prochaines années » (déclara-t-il à une autre occasion).
Deux guerres mondiales avaient été nécessaires pour mettre en
place « le foyer national » et l’« État », successivement, et pour y faire
entrer quelque 1 500 000 juifs. Ces indices signifiaient une autre
guerre mondiale dans les quinze ans au plus tard, car par aucun autre
moyen autant de juifs ne pouvaient être arrachés aux pays où ils
vivaient. Quant au coût de leur transfert, M. Ben Gourion dit que cela
coûterait entre 7000 et 8000 millions de dollars (aux taux actuels,
équivalant à la totalité de la dette nationale italienne, et environ cinq
fois la dette nationale britannique en 1914) et il se « tournait vers la
communauté juive américaine pour fournir cet argent ». De toute
évidence, même la communauté juive américaine ne pouvait trouver
pareilles sommes ; elles ne pouvaient être obtenues que des
contribuables occidentaux.
Tout ce qui était dit était donc une menace de guerre aux Arabes
voisins, et cela avait un sens spécial quand c’était dit (et cela le fut
souvent) par M. Menahem Begin, chef du groupe d’« activistes », ou de
tueurs, qui avait perpétré le massacre de Deir Yassin. Officiellement
désavoués à l’époque, ils avaient été honorés dans le nouvel État et
avaient formé un parti politique majeur, le Hérout, à son Parlement .
Par conséquent, les Arabes savaient exactement de quoi ils étaient
menacés quand M. Begin leur parlait.
Je vais donner un exemple typique. En mai 1953, il menaça le Roi
de Jordanie, âgé de 18 ans au moment de son couronnement, de mort
sous la Loi du Deutéronome (qui guida l’acte de Deir Yassin). Prenant
la parole lors d’un rassemblement de masse dans la partie sioniste de
Jérusalem, à un jet de pierres des frontières jordaniennes, M. Begin
dit : « À cette heure, un couronnement est en train d’avoir lieu, celui
d’un jeune Arabe, en tant que Roi de Gilead, Bashân, Naplouse,
Jéricho et Jérusalem. Le moment est approprié pour déclarer à ses
oreilles et à celles de ses maîtres : « Nous reviendrons, et la ville de
David sera libérée”. »
L’allusion, obscure pour les lecteurs occidentaux et explicite pour
n’importe quel Arabe ou Juif, se réfère à un verset du troisième
chapitre du Deutéronome : « Le Roi de Bashân sortit se battre contre
nous… Et l’Éternel me dit, Ne le crains pas : car je le livre entre tes
mains, lui et tout son peuple, et son pays… Et l’Éternel, notre Dieu,
livra encore entre nos mains Og, roi de Bashân, avec tout son peuple ;
nous le battîmes, sans laisser échapper aucun de ses gens… Et nous
653
les détruisîmes totalement… détruisant totalement les hommes, les
femmes et les enfants ».
Ces menaces eurent une signification fatale pour les foules de
fugitifs arabes rassemblées au-delà des frontières. Selon le récit de M.
Henry R. Labouisse - Directeur de l’Office de secours et de travaux des
Nations unies pour les réfugiés de Palestine - en avril 1956, il y avait
plus de 900 000 [réfugiés arabes] : 499 000 en Jordanie, 88 000 en
Syrie, 103 000 au Liban et 21 000 en Égypte (dans la région de Gaza).
Les menaces de M. Begin les maintinrent dans la perspective
constante d’une nouvelle fuite, ou tentative de fuite, dans un désert
plus reculé, toujours plus inhospitalier. Puis les paroles furent
concrétisées par les actes ; une longue série de raids et de massacres
locaux symboliques furent perpétrés, pour leur montrer que le sort de
Deir Yassin leur pendait vraiment au nez.
Cela commença le 14 octobre 1953, quand une force puissante
traversa soudainement la frontière jordanienne, assassina chaque être
vivant à Qibya et détruit ce village ; soixante-six victimes, la plupart
des femmes et des enfants, retrouvés massacrés. Les 499 000 Arabes
réfugiés en Jordanie en tirèrent les conclusions naturelles.
L’archevêque de York dit que le monde civilisé était « horrifié », que « le
vote juif à New York avait un effet paralysant sur les Nations unies
dans son traitement de la Palestine », et qu’à moins que des mesures
énergiques ne soient prises, « le Moyen-Orient s’embrasera ». Le
Conseil des députés des juifs britanniques qualifia cette déclaration de
« provocatrice et [de] partiale » ; le maire de New York (un certain M.
Robert Wagner) dit qu’il était « choqué », et que « le bon archevêque ne
connaît manifestement pas bien la scène américaine ». Les Nations
unies condamnèrent timidement Israël.
Le 28 février 1955, une force puissante israélienne pénétra dans
la région de Gaza (« accordée » aux Arabes par les Nations unies en
1949, et sous occupation miliaire égyptienne) où 215 000 réfugiés
arabes se lamentaient « dans une misère noire le long d’une bande
étroite de littoral aride, aux deux-tiers des dunes de sable » (Sir
Thomas Rapp, The Listener, 6 mars 1955). 39 Égyptiens furent tués
ainsi qu’un nombre non précisé de réfugiés arabes, qui alors, en signe
de protestation désespérée contre leur sort, brûlèrent cinq centres de
secours des Nations unies, et avec eux leurs propres maigres rations.
La Commisssion mixte d’armistice condamna Israël pour « agression
brutale » dans « une attaque préparée à l’avance et planifiée ».77
77 Ces Commissions mixtes d’armistice des Nations unies, qui seront désormais dénotées
par U.N.M.A.C. (UN Command Military Armistice Commission - NdT) comprenaient dans
chaque cas un représentant d’Israël et de l’État arabe voisin, et un représentant des Nations
unies dont les conclusions et le vote décidaient ainsi quelle était la Source à blâmer. Les
conclusions étaient invariablement contre Israël jusqu’à ce que, comme dans le cas des
654
L’affaire fut ensuite portée au Conseil de sécurité des Nations
unies lui-même, qui par vote unanime de onze pays condamna Israël.
Le délégué des États-Unis dit que c’était le quatrième cas similaire et
« le plus grave à cause de son évidente préméditation » ; le délégué
français dit que la résolution devrait servir de « dernier avertissement »
à Israël (un avertissement qui reçut un post-scriptum sous forme de
complicité française dans l’attaque israélienne de l’Égypte vingt mois
plus tard).
Le 8 juin 1955, l’U.N.M.A.C. condamna Israël pour une autre
« violation flagrante de l’armistice » quand les troupes israéliennes
traversèrent Gaza et tuèrent plusieurs Égyptiens. La seule
conséquence apparente de cette condamnation fut que les Israéliens
arrêtèrent aussitôt six observateurs militaires des Nations unies et
trois autres membres de l’équipe du chargé de surveillance de la trêve
aux Nations unies (le général de division E.L.M. Burns, du Canada)
avant d’attaquer à nouveau dans Gaza, tuant 35 Égyptiens (Time,
septembre 1955). Le même mois de septembre 1955, dans une
interview, M. Ben Gourion dit qu’il attaquerait l’Égypte « d’ici un an »
(l’attaque se produisit en octobre 1956) si le blocus du port israélien
d’Eilat sur le golfe d’Aqaba n’était pas levé.
Le Conseil de sécurité des Nations unies semblait appréhender de
« condamner » cette nouvelle attaque (la campagne pour les élections
présidentielles américaines venait de commencer) et proposa
simplement que les Israéliens et les Égyptiens se replient de 500
mètres chacun, laissant une zone démilitarisée - une proposition que
les Égyptiens avaient déjà faite en vain. Puis, le 23 octobre 1955, le
général Burns « condamna Israël » pour une « attaque bien planifiée »
en Syrie, où plusieurs Syriens furent kidnappés et les observateurs du
général Burns furent à nouveau empêchés, de par leur détention,
d’observer ce qui se passait. Le 27 octobre 1955, M. Moshé Sharett, le
ministre des Affaires étrangères, dit à des correspondants de presse à
Genève qu’Israël mènerait une « guerre préventive » contre les Arabes
si cela était nécessaire. Le 28 novembre 1955, l’Organisation sioniste
d’Amérique annonça dans les journaux importants (par publicité
payante) que « la Grande-Bretagne, elle aussi, a rejoint le camp des
ennemis d’Israël » ; Sir Anthony Eden, qui dans l’année devait se
administrateurs britanniques entre 1917 et 1948, la « pression » commence à être exercée
sur les gouvernements d’origine des représentants, soucieux de rappeler quiconque donnait
impartialement son soutien à l’argument arabe. Au moins deux responsables américains qui
se prononcèrent contre Israël lors de tels incidents furent rappelés. Tous ces responsables,
quelle que soit leur nationalité, travaillaient avec en tête la mémoire du sort du comte
Bernadotte [médiateur des Nations unies en Palestine assassiné par les Israéliens en 1948 -
NdT], et celui de bien d’autres, toujours présents dans leurs esprits. En règle générale,
comme les administrateurs britanniques avant eux, ils se révélaient impossibles à intimider
ou à suborner, et ainsi le contraste frappant entre la conduite des hommes sur le terrain et
les gouvernements des lointaines capitales occidentales était-il maintenu.
655
joindre à l’attaque israélienne, eut à ce moment l’idée d’apporter des
rectifications mineures aux frontières.
Le 11 décembre 1955, les Israéliens attaquèrent la Syrie en force
et tuèrent 56 personnes. Cela déclencha la « condamnation » la plus
forte des Nations unies, qui comporte un intérêt historique parce que
l’année de l’élection présidentielle était commencée et la
« condamnation » pour quelque motif que ce soit devint bientôt
indésirable. Le délégué syrien fit remarquer que des condamnations
répétées « n’ont pas dissuadé Israël de commettre l’attaque criminelle
que nous examinons actuellement ». Le Conseil de sécurité (12 juin
1956) rappela quatre résolutions antérieures de condamnation et
condamna l’attaque en tant que « violation flagrante… des termes de
l’accord d’armistice général entre Israël et la Syrie et des obligations
d’Israël selon la Charte » et entreprit de « considérer quelles mesures
supplémentaires » il devrait prendre si Israël continuait à se conduire
ainsi.
La réponse à cela fut qu’Israël demanda impérieusement d’obtenir
plus d’armes. M. Ben Gourion (à Tel Aviv, le 18 mars 1956) dit que
seul la remise rapide d’armes pourrait empêcher « une attaque arabe »
et ajouta que « les agresseurs seraient le dictateur égyptien Nasser »
(sept mois plus tôt, M. Ben Gourion avait entrepris d’attaquer l’Éypte
« d’ici un an ») « et ses alliés, la Syrie et l’Arabie Saoudite ». Le 5 avril
1956, alors que le Conseil de sécurité des Nations unies était sur le
point d’envoyer son secrétaire général, M. Dag Hammarskjold, en
« mission de paix » au Moyen-Orient, l’artillerie israélienne bombarda
la région de Gaza, tuant 42 et blessant 103 civils arabes, pratiquement
la moitié étant des femmes et des enfants.
Le 19 juin, M. Ben Gourion renvoya M. Sharett du ministère des
Affaires étrangères en faveur de Mme Golda Meirson (maintenant Meir,
et venant également de Russie) et le New York Times rapporta de
manière significative que cela pourrait dénoter le passage de la
« modération » à l’« activisme » (M. Sharett, comme le Dr Weizmann et
le Dr Herzl avant lui, s’étant attiré le reproche d’être modéré). Le
problème en question était celui qui mena à la déconvenue du Dr
Weizmann au Congrès sioniste de 1946, où « l’activisme » l’emporta et
le Dr Weizmann vit la résurgence du « mal ancien, sous une forme
nouvelle et horrible ». « L’activisme » fut toujours, depuis l’ancien
temps en Russie, un euphémisme pour la violence sous forme de
terreur et d’assassinat. Dès le moment où ce mot réapparut dans les
journaux, l’étudiant du sionisme sut à quoi s’attendre avant la fin de
l’année.
Le 24 juin 1956, les Israéliens ouvrirent le feu au-delà de la
frontière jordanienne et l’U.N.M.A.C. condamna Israël. Là-dessus,
Israël insista sur le retrait du Membre de la Commission des Nations
656
unies (un officier naval américain, le commandant Terrill), dont la voix
prépondérante avait décidé de la question, et le général Burns se
soumit - le remplaçant par un officier canadien. Les observateurs de
l’ONU étaient mis dans la même position que les administrateurs
britanniques des années de l’entre-deux guerres ; ils ne pouvaient
compter sur le soutien de leurs gouvernements d’origine. Ils avaient
constamment le rappel sous les yeux (le village Wingate en Israël) que
l’avancement et la promotion, en Palestine, étaient les récompenses
pour la trahison, et non le devoir. Deux ans plus tôt, un autre
observateur américain, le commandant E.H. Hutchinson, avait voté
contre la condamnation de la Jordanie et avait été destitué lorsque les
Israéliens avaient, suite à cela, boycotté la Commission. De retour en
Amérique, il écrivit un livre sur cette période au Moyen-Orient, livre
dont la valeur historique est permanente. Comme tous les honnêtes
hommes avant lui, il rapporta que la seule façon de sortir de cette
confusion était d’établir le droit des Arabes expulsés à revenir chez
eux, d’admettre que les lignes de démarcation de l’armistice de 1949
n’étaient que provisoires (et non des « frontières »), et
d’internationaliser la ville de Jérusalem afin qu’elle ne devienne pas la
scène d’une bataille mondiale.
Le 24 juillet 1956, deux observateurs militaires de l’ONU et un
officier jordanien du M.A.C. (Military Armistice Commission - NdT)
furent soufflés par des mines sur le Mont Scopus qui, expliquèrent
platement les sionistes, faisaient partie d’« un vieux champ de mines
israélien ». Deux colonels égyptiens, qui selon selon les sionistes
faisaient partie des services de renseignements égyptiens, furent tués
par des « lettres piégées » reçues par la poste (cette méthode avait été
utilisée dix ans plus tôt contre un officier britannique en Angleterre, le
capitaine Roy Farran, qui avait servi dans les renseignements en
Palestine et s’était attiré l’hostilité des sionistes ; son frère, dont
l’initiale du prénom était aussi un R., ouvrit le colis et fut tué). Le 29
juillet 1956, un observateur de la trêve à l’ONU, un Danois, fut tué par
une mine ou une bombe près de la bande de Gaza et deux autres
personnes furent blessées par des tirs au fusil. « L’activisme »
commençait à faire des victimes par la méthode des assassinats,
comme aux époques précédentes.
Le 28 août 1956, Israël fut à nouveau condamnée par le M.A.C.
pour « violation grave de l’armistice ». La condamnation fut suivie
d’une autre attaque israélienne (12 sept.), où une force militaire
puissante pénétra en Jordanie, tua quelque vingt Jordaniens et fit
exploser un poste de police à Al-Rahwa. Le général Burns protesta que
de tels actes « ont été condamnés à plusieurs reprises par le Conseil de
sécurité des Nations unies », sur quoi immédiatement après (14 sept.),
une autre force puissante attaqua la Jordanie, tuant entre vingt et
trente Jordaniens à Gharandai. Le ministère des Affaires étrangères
657
britannique (la Grande-Bretagne avait une alliance avec la Jordanie)
exprima son « fort mécontentement », sur quoi le Conseil des députés
des juifs britanniques l’attaqua pour cette « déclaration tendancieuse ».
Le 19 septembre, le M.A.C. « condamna » à nouveau Israël pour des
« actes hostiles et belliqueux » (ces deux attaques furent menées
apparemment dans une intention symbolique, le moment choisi étant
durant la période du Nouvel An juif), et le 26 septembre, la
Commission « condamna » Israël expressément pour l’attaque du 12
septembre.
La réponse immédiate à cette condamnation particulière fut une
annonce officielle à Jérusalem, le même jour (26 sept.), comme quoi la
plus grosse attaque jusqu’à ce jour avait été menée par l’armée
régulière israélienne, en force, envers un poste jordanien à Husan, où
quelque 25 Jordaniens avaient été tués, parmi lesquels un enfant de
douze ans. Le M.A.C. répondit (4 oct.) par sa « condamnation » la plus
sévère, pour une « agression planifiée sans provocation ». La réplique
fut une autre attaque (10 oct.), plus grosse, avec de l’artillerie, des
mortiers, des bazookas, des torpilles Bangalore et des grenades. Par la
suite, les observateurs de l’ONU découvrirent les corps de 48 Arabes,
dont une femme et un enfant. Il semble qu’un bataillon blindé et dix
jets prirent part à ce massacre, qui suscita une déclaration
britannique comme quoi si la Jordanie, son allié, était attaquée, la
Grande-Bretagne remplirait ses engagements. Le gouvernement
israélien dit qu’il reçut cet avertissement « avec inquiétude et
stupéfaction ».78
L’attaque du 26 septembre fut la dernière de la série qui remplit
les années 1953-1956 ; la prochaine devait être une guerre généralisée.
J’ai résumé la liste des raids et massacres pour donner au futur
lecteur la véritable image du Moyen-Orient à l’automne 1956, lorsque
M. Ben Gourion déclara qu’Israël était « sans défenses » et les
politiciens de Washington et de Londres rivalisaient entre eux dans
l’exigence qu’Israël reçoive des armes pour parer « l’agression arabe ».
Si la pile entassée des résolutions qui à cette époque étaient étalées
78 Dès le début de l’année des élections présidentielles, tous les journaux américains
importants, et de nombreux journaux britanniques, parlèrent des attaques israéliennes
comme de « représailles » ou « vengeances », si bien que les victimes furent transformées
dans chaque cas en agresseurs par la machine à propagande. Le général Burns, dans son
récit de la dernière attaque, dit à l’ONU qu’Israël « paralysait la machine investigatrice » en
boycottant les Commissions mixtes d’armistice à chaque fois qu’elles votaient contre elle, et
ajouta : « Actuellement, la situation est que l’une des parties prenant part à l’accord
d’armistice général fait ses propres investigations, qui ne sont soumises à vérification ou à
confirmation par aucun observateur désintéressé, publie les résultats de telles
investigations, en tire ses propres conclusions et sur cette base, fait entreprendre des
actions par ses forces militaires ». La presse britannique et américaine, en adoptant le terme
« représailles » d’Israël dans ses comptes rendus, donna au public des deux pays, tout au
long de cette période, l’image fausse de ce qui se passait, tel que le souhaitaient les
sionistes.
658
sur la table des Nations unies, « condamnant » « l’agression sans
provocation » d’Israël, la « violation flagrante » et tutti quanti, avait
signifié quoi que ce soit, cette dernière attaque, ouvertement annoncée
pendant qu’elle avait lieu, jetée avec mépris à la tête de la dernière
« condamnation », aurait dû produire quelque action contre Israël par
les Nations unies, ou bien l’admission implicite qu’Israël était son
maître.
La question ne fut jamais examinée, car avant même que l’appel79
de la Jordanie au Conseil de sécurité des Nations unies ne soit
examiné, l’attaque de l’Égypte eut lieu. Elle avait été annoncée, pour
quiconque faisait attention, au moment même de l’attaque de la
Jordanie, car M. Menahem Begin, à Tel Aviv, « insistait sur une
attaque israélienne immédiate de l’Égypte » (Daily Telegraph, 26 sept.
1956). M. Begin était la voix de « l’activisme » et il dit que tous ceux qui
avaient regardé la situation évoluer savaient ce qui viendrait ensuite :
une invasion sioniste totale de l’Égypte.
Au cours de cet événement, la « pression irrésistible » de la
« politique internationale » dans les capitales occidentales produisit un
résultat, dont les pleines conséquences seront calculables uniquement
lorsque de nombreuses années auront passé.
Par conséquent, la dernière partie de ce chapitre et livre doit à
nouveau passer en revue les mécanismes de la « pression irrésistible »
à l’oeuvre dans les coulisses occidentales, cette fois lors de la phase du
climatère proche - les années 1952-1956. À la fin de cette phase, le
communisme révolutionnaire et le sionisme révolutionnaire, les forces
destructrices jumelles libérées des régions talmudiques de Russie au
siècle dernier, étaient moribondes. Par l’acte de l’Occident, à l’automne
1956, elles bénéficièrent toutes deux d’un sursis pour davantage de
destruction.
79 L’histoire que j’ai relatée montre qu’au moment de l’invasion israélienne, aucun
observateur attentif ne pouvait espérer que les États-Unis feraient grand chose de plus que
de la réprouver. Les sionistes avaient de toute évidence choisi un moment où, selon leurs
calculs, l’imminence du vote pour l’élection présidentielle américaine paralyserait tout
moyen d’action efficace contre eux. Je croyais que j’étais préparé à la soumission
occidentale au sionisme - une fois encore - sous une forme ou une autre. Ce que, même
moi, je n’aurais pas cru, jusqu’à ce que cela arrive, c’est que mon propre pays, la Grande-
Bretagne, se joindrait à l’attaque. Celle-ci, la plus récente et plus importante dans la
succession d’erreurs vers lesquelles la population anglaise fut conduite par ses dirigeants à
la suite de l’implication originelle dans le sionisme en 1903, assombrit les perspectives
d’avenir pour l’Angleterre et l’Occident durant le reste de ce siècle, juste au moment où elles
s’éclaircissaient ; ce fut comme une éclipse soudaine du soleil, déjouant tous les calculs des
astronomes.

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