Chapitre 43 L’ETAT SIONISTE (2).
Publié par alkali sur mars 25, 2008
Chapitre 43
L’ETAT SIONISTE (2)
L’ETAT SIONISTE (2)
Pendant une courte période, Deir Yassin résolut le problème des
sionistes. La partition de la Palestine avait été finalisée par le recours à
la force. En même temps, cet événement révéla - aux Arabes, si pas
encore à l’Occident - la nature de « l’abîme auquel mène le terrorisme »,
tel que mentionné par le Dr Weizmann. À partir du 9 avril 1948,
l’Occident lui-même se retrouva au bord de cet abîme, creusé par les
actes de deux générations de politiciens.
Ainsi, la situation changea-t-elle complètement entre le 19 mars
1948, quand le gouvernement américain décida que la partition était
« inapplicable » et renversa sa politique, et le 9 avril 1948, quand le
terrorisme rendit effective la partition. Le Dr Weizmann devait toujours
être hanté par ses peurs, mais maintenant que le territoire prévu pour
établir l’État juif avait été nettoyé, il ne voulait pas, ou ne pouvait pas,
quitter cet « abîme ». L’objectif était désormais de déclencher un
second renversement de la politique américaine, d’obtenir une
reconnaissance de ce qui avait été réalisé au moyen du terrorisme, et à
cette fin , le Dr Weizmann, une fois de plus, investit toute son énergie.
Au moment du premier renversement de la politique américaine, il
avait été convoqué d’urgence à Lake Success depuis Londres, par
courrier, télégramme et téléphone, et le jour précédant l’annonce
officielle de ce renversement, il s’entretenait à nouveau à huis clos avec
le Président Truman. Alors que les jours passaient et que les nouvelles
de Deir Yassin apparaissaient brièvement dans les médias, il oeuvra
infatigablement à sa tâche suprême : obtenir la « reconnaissance » de
l’État juif mis en place par les terroristes à Deir Yassin.
L’énergie déployée par le Dr Weizman était extraordinaire. Il
assiégea à lui tout seul toutes les « Nations unies » (bien sûr, il était
reçu partout comme le représentant d’un nouveau type de
superpuissance mondiale). Par exemple, il entretenait des « relations
étroites » avec les délégués de l’Uruguay et du Guatemala, qu’il
appelait « les vaillants et fidèles défenseurs » du sionisme, ainsi qu’avec
le secrétaire général des Nations unies, qui à l’époque était un certain
M. Trygve Lie, un Norvégien. À la mi-avril, alors que la vague de Deir
Yassin lui montait jusqu’aux cou, l’Assemblée générale des Nations
unies se réunit. Clairement, le vote américain allait être décisif, et le
Dr Weizmann fait remarquer qu’il « commençai[t] à être préoccupé par
la perspective de reconnaissance de l’État juif par l’Amérique ». En
d’autres termes, la politique américaine, élaborée via le processus
constitutionnel d’échanges entre le Chef de l’exécutif et les membres
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compétents de son cabinet, allait être encore une fois renversée sur la
demande de Chaim Weizmann.
À nouveau, les dates ont une grande importance. Le 13 mai 1948,
le Dr Weizmann rencontra le président Truman ; la course à la
candidature pour la présidence se profilait, suivie des élections
présidentielles quelques mois plus tard, c’était donc le moment idéal
pour exercer une « pression irrésistible ». Le Dr Weizmann informa le
président Truman que le mandat britannique prendrait fin le 15 mai et
qu’un gouvernement provisoire reprendrait la gestion de « l’État juif ».
Il insista pour que les États-Unis le reconnaissent « rapidement », ce
que le président s’empressa de faire avec zèle.
Le 14 mai (heure palestinienne), les sionistes de Tel Aviv
proclamaient la création de leur nouvel État. Quelques minutes plus
tard, « une information officieuse » atteignait Lake Success, affirmant
que le président Truman l’avait reconnu. Les délégués américains (qui
n’avaient pas été informés) « étaient incrédules », mais « après de
nombreuses hésitations », ils prirent contact avec la Maison Blanche et
en reçurent les instructions du Dr Weizmann, transmises par
l’intermédiaire du président. Le Dr Weizmann se rendit immédiatement
à Washington en tant que président du nouvel État, et le président
Truman accueillit son invité, annonçant par la suite que le moment de
la reconnaissance fut « le moment de sa vie dont il est le plus fier ».
Huit ans plus tard, le président Truman décrivit dans ses
mémoires les circonstances qui amenèrent « le moment de sa vie dont
il est le plus fier », et il semble approprié de citer ici son compte-rendu.
Décrivant la période de six mois (depuis le « vote de la partition » en
novembre 1947 jusqu’à la « reconnaissance » en avril 1948), il écrit :
« Le Dr Chaim Weizmann… me rendit visite le 19 novembre, et
quelques jours plus tard, je reçus une lettre de sa part ». Ensuite, M.
Truman cite cette lettre, datée du 27 novembre ; dans celle-ci, le Dr
Weizmann fait référence à des « rumeurs » selon lesquelles « nos
hommes ont exercé des pressions excessives et abusives sur certaines
délégations » (des Nations unies), et, parlant en son nom, il déclare que
« ces accusations n’ont aucun fondement ». M. Truman commente :
« Les faits prouvent que non seulement, il y avait des pressions autour
des Nations unies sans pareil à tout ce qui s’était jamais vu auparavant,
mais encore, la Maison Blanche subissait elle aussi un harcèlement
incessant. Je pense n’avoir jamais vu autant de pressions et de
propagande ciblant la Maison Blanche qu’à cette époque-là. L’opiniâtreté
de certains dirigeants extrémistes du sionisme – animés par des
desseins politiciens et proférant des menaces politiques - me perturbait et
m’irritait. Certains suggéraient même que nous exercions des pressions
sur des nations souveraines afin qu’elles aillent dans le sens d’un vote
favorable à l’Assemblée générale [des Nations unies] ».
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Les « menaces politiques » mentionnées dans cet extrait font
manifestement référence à la campagne pour la réélection de M.
Truman, qui approchait ; c’est la seule interprétation raisonnable de ce
passage. M. Truman (selon le Dr Weizmann) promit, durant l’entretien
du 19 novembre, « de contacter immédiatement la délégation
américaine », et ensuite le vote américain fut donné, le 29 novembre,
soutenant la « recommandation » d’une partition de la Palestine. Ainsi,
la colère du président Truman (tel que mentionné dans son récit de
1956) concernant les méthodes employées ne retarda aucunement le
moment auquel il leur céda en 1947 (si cela n’avait pas été rendu
évident, le lecteur de ses Mémoires pourrait en retirer une
interprétation différente).
M. Truman (en 1956) nota les conséquences de la « solution » (la
recommandation d’une partition) qu’il soutint en novembre 1947 :
« chaque jour, de nouveaux actes de violence en Terre sainte étaient
rapportés ». Il remarqua également que sa capitulation de novembre et
le déni du Dr Weizmann concernant une « pression excessive »
n’eurent aucun effet au cours des mois qui suivirent : « La pression
juive sur la Maison Blanche ne diminua pas au cours des jours suivant le
vote des Nations unies pour la partition. Des individus et des groupes me
demandaient, généralement sur un ton plutôt querelleur et passionné,
d’arrêter les Arabes, de faire cesser le soutien britannique aux Arabes,
de mobiliser des soldats américains, de faire ceci, cela et son contraire »
(ceci illustre la description de Disraeli concernant « le monde […] dirigé
par des personnages très différents de ce que peuvent imaginer ceux
qui ne sont pas dans les coulisses »).
Le président chercha refuge dans l’isolement : « Comme la
pression augmentait, il me sembla nécessaire de donner des directives
selon lesquelles je ne souhaitais plus être approché par aucun porteparole
de la cause extrémiste sioniste. Je me sentais tellement
déstabilisé que je refusai de rencontrer le Dr Weizmann, qui était revenu
aux États-Unis et avait demandé à s’entretenir avec moi ». En 1956, M.
Truman considérait manifestement le report d’un entretien avec le Dr
Weizmann comme une mesure tellement drastique qu’elle méritait
d’être consignée dans les annales. Il reçut ensuite la visite (le 13 mars
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d’un ancien associé juif « qui était profondément touché par les
souffrances subies par le peuple juif au-delà de nos frontières » (cette
visite eut lieu moins d’un mois avant le massacre de Deir Yassin), et
qui l’implora de recevoir le Dr Weizmann, ce que le président Truman
fit immédiatement (le 18 mars).
C’était le jour qui précédait l’annulation du soutien américain à la
recommandation de partition (le 19 mars). M. Truman raconte que
lorsque le Dr Weizmann le quitta (le 18 mars), « je sentis qu’il avait
parfaitement compris ma politique, et je pensai savoir ce qu’il voulait ».
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M. Truman ne fait pas mention des semaines sanguinaires qui
suivirent (il ne mentionne pas Deir Yassin), sauf par une déclaration
indirecte comme quoi « les spécialistes du Proche-Orient au sein du
département d’État étaient, presque tous sans exception, hostiles à
l’idée d’un État juif… Je suis désolé de dire que certains d’entre eux
versaient également dans l’antisémitisme ». Son récit reprend son
cours deux mois plus tard (le 14 mai, après Deir Yassin et son bain de
sang), en déclarant : « La partition ne se déroulait pas exactement de la
manière pacifique que j’avais espérée, mais le fait est que les juifs
contrôlaient le territoire où vivait leur peuple… Maintenant que les
juifs étaient prêts à proclamer l’État d’Israël, je décidai de réagir
immédiatement et de déclarer la reconnaissance américaine de cette
nouvelle nation. Environ trente minutes plus tard, exactement onze
minutes après que l’État d’Israël eut été proclamé, Charlie Ross, mon
attaché de presse, annonça aux médias la reconnaissance de facto du
gouvernement provisoire israélien par les États-Unis. On me rapporta
que pour certains cadres du département d’État, cette nouvelle fut une
vraie surprise ».
Dans ses Mémoires, M. Truman ne rappelle pas sa déclaration de
1948 selon laquelle ce fut « le moment de sa vie dont [il est] le plus
fier » ; il n’explique pas non plus pourquoi il éprouva ce sentiment -
après de nombreux mois de « pression » et de « menaces politiques »
subies par une Maison Blanche assiégée, à tel point qu’il avait été à un
moment donné obligé de se dédire - ne serait-ce que pendant une
période brève - même devant le Dr Weizmann ! Pour les besoins de ce
récit, il sort désormais quasiment de l’histoire, ayant rempli son rôle. Il
fut élu président six mois après son moment le plus glorieux, et à
l’heure où ce livre est rédigé, il semble prêt à vivre vingt ans de plus,
homme sémillant et quelque peu exubérant sur lequel les
conséquences des actes auxquels son nom est associé semblent avoir
eu aussi peu d’effet que la furie d’un cyclone océanique sur un
bouchon qui flotte. (En 1956, il rejoignit le groupe de ceux ayant
obtenu un diplôme honorifique de la vénérable université d’Oxford, où
une enseignante éleva une voix solitaire et ignorée contre l’octroi de ce
titre au dirigeant dont le nom est surtout connu pour avoir été associé
à l’ordre de larguer des bombes atomiques sur Nagasaki et Hiroshima).
Après que le président Truman eut fièrement reconnu ce qui avait
été fait en Palestine entre novembre 1947 et mai 1948, les discussions
aux « Nations unies » devinrent insignifiantes, et le Dr Weizmann (qui
dans sa lettre du 27 novembre 1947 adressée au président Truman
avait énergiquement nié le recours à « une pression excessive ») se
remit à l’ouvrage pour obtenir d’autres reconnaissances, afin que la
question ne fasse plus débat. Il apprit qu’à Londres, M. Bevin « faisait
pression sur les dominions britanniques… afin qu’ils refusent la
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reconnaissance », et il montra immédiatement qui était le plus grand
expert pour ce qui est d’exercer la « pression ».
D’un point de vue historique, ce moment fut capital, parce qu’il
montra pour la première fois que le sionisme, qui avait si
profondément divisé la communauté juive, avait divisé l’Empire
britannique, ou Commonwealth ; ce qu’aucune menace de guerre ou
danger n’avait jamais accompli, « la pression irrésistible exercée sur la
politique internationale » l’accomplit habilement. Tout à coup, Sion
révéla sa suprématie dans des capitales aussi éloignées de la scène
centrale qu’Ottawa, Canberra, Le Cap ou Wellington.
Ceci donna la preuve d’un superbe travail d’équipe et d’une
excellente synchronisation ; l’organisation secrète devait avoir produit
des miracles, en quelques décennies, pour obtenir l’obéissance, au
moment décisif, des « politiciens de premier plan » au Canada, en
Australie, en Afrique du Sud et en Nouvelle-Zélande. Ces pays étaient
éloignés de la Palestine ; ils n’avaient aucun intérêt à semer les germes
d’une nouvelle guerre mondiale au Moyen-Orient ; leur proportion de
juifs était faible. Pourtant, leur soumission fut instantanée. La
puissance mondiale était en action.
L’importante signification de ce qui se produisit pourrait
nécessiter une explication pour les lecteurs non-britanniques. Les
liens entre la Grande-Bretagne et les nations d’outre-mer qui en
dépendent, bien qu’intangibles et ne reposant sur aucune contrainte,
avaient fait preuve dans les situations de crise d’une force mystérieuse
aux yeux des profanes. Une anecdote pourrait l’illustrer.
Le général de brigade néo-zélandais George Clifton rapporte que
lorsqu’il fut capturé en 1941 dans le Sahara occidental, il fut présenté
au maréchal Rommel, qui demanda : « Pourquoi vous, les Néo-
Zélandais combattez-vous ? Il s’agit d’une guerre européenne, pas de
la vôtre ! Etes vous ici pour le divertissement ? »
Le général de brigade Clifton fut perplexe à l’idée d’expliquer
quelque chose qui lui semblait tellement naturel : « Réalisant qu’il était
tout à fait sérieux et sincère dans son questionnement, et n’ayant
jamais essayé auparavant de mettre des mots sur ce qui, pour nous,
était une évidence, c’est-à-dire que si la Grande-Bretagne combattait,
alors nous combattions aussi, je levai la main, les doigts joints, et dit :
“Nous sommes unis. Si vous attaquez l’Angleterre, vous attaquez aussi
la Nouvelle-Zélande, et l’Australie et le Canada aussi. Le
Commonwealth britannique combat ensemble” ».
Cela était vrai, eu égard aux individus, mais ce n’était plus vrai eu
égard aux « politiciens de premier plan ». À travers eux, la conspiration
venant de Russie avait trouvé le défaut de la cuirasse. La « pression » à
Wellington (et dans les autres capitales) fut aussi puissante et efficace
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que celle exercée à la Maison Blanche. Dans ce cas spécifique (la
Nouvelle-Zélande), un personnage emblématique de cette époque et de
ce groupe de serfs était un certain M. Peter Fraser, Premier ministre de
Nouvelle-Zélande. Nul n’aurait pu avoir moins de raisons d’haïr, ou
même de savoir quoi que ce soit sur les Arabes, mais il était leur
ennemi implacable, parce qu’il était devenu, pour une raison ou pour
une autre, un esclave de plus du sionisme. Ce pauvre garçon d’écurie
écossais, qui se rendit de l’autre côté de la planète et y trouva gloire et
fortune, attrapa apparemment ce virus au cours de ses jeunes années
influençables passées à Londres (alors que ces idées s’y répandaient
parmi les jeunes hommes politiques ambitieux) et l’emmena avec lui
dans ce nouveau pays, si bien que des années plus tard, il employa
toute son énergie et le pouvoir de sa fonction à la destruction de gens
inoffensifs en Palestine ! Lorsqu’il mourut en 1950, un journal sioniste
écrivit à son propos :
« C’était un sioniste convaincu…il était très occupé par la direction de
la délégation de son pays aux Nations unies lors de l’Assemblée
générale à Paris, mais il accorda beaucoup de temps et d’attention au
problème de la Palestine… assistant chaque jour aux réunions du
Comité politique lorsque la question palestinienne était abordée. Il ne
quitta pas un instant la salle, aucun détail ne lui échappa… C’était le
seul Premier ministre au sein du Comité, et il le quitta dès que le dossier
palestinien fut bouclé… À plusieurs reprises, Peter Fraser se retrouva à
voter contre le Royaume-Uni, mais cela lui était égal… Il resta un ami
jusqu’à son dernier jour ».
Un individu animé de cette ambition atypique pensait
certainement très différemment du général de brigade Clifton et de ses
semblables, et s’il avait connu le point de vue de son Premier ministre,
le brigadier général Clifton aurait eu beaucoup plus de mal à trouver
quoi répondre au maréchal Rommel. Comme il accordait tellement
d’énergie au sionisme, on ne pouvait attendre de M. Fraser qu’il ait à
coeur l’intérêt de son pays, et la Nouvelle-Zélande entra dans la
Seconde Guerre mondiale sans aucune préparation, si bien qu’en
1941, lorsqu’il rencontra à Port-Saïd des combattants survivants néozélandais
revenant de Crête et de Grèce, il les trouva « hagards, mal
rasés, salis par les combats, beaucoup d’entre eux blessés, tous dans
un sale état physique et mental, tous tourmentés par la perte de tant
de bons “camarades” ; M. Fraser était en partie responsable de cela »
(général de brigade Clifton). Avec cet homme comme Premier ministre,
la reconnaissance rapide par la Nouvelle-Zélande de ce qui avait été
fait en Palestine était assurée, même si les Néo-Zélandais n’en savaient
pas grand-chose.
En Afrique du Sud, le Dr Weizmann, dans sa stratégie de
déstabilisation de M. Bevin, se tourna immédiatement vers le général
Smuts, dont le lecteur a fait la connaissance bien plus tôt dans ce
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récit. Par hasard, je me trouvais en Afrique du Sud à ce moment-là.
Un émissaire bien connu du sionisme prit en urgence un vol depuis
New York, et lorsque j’appris son arrivée par la presse, je devinai ce qui
allait suivre. (Cet homme parla devant un auditoire sioniste, déclarant
que « les juifs n’ont pas à se sentir retenus par les frontières que les
Nations unies pourraient établir, quelles qu’elles soient » ; la seule
objection à cette déclaration dont je puisse témoigner vint d’un
dissident juif, qui dit que de tels mots présageaient mal d’une paix
future).
Le général Smuts reçut ce visiteur venu des airs et annonça
immédiatement la « reconnaissance », uniquement pris de vitesse par
le président Truman et le dictateur soviétique Staline (qui sur ce point
étaient tous deux parfaitement d’accord) : il s’agit là, je crois, du
dernier acte politique du général Smuts, puisqu’il perdit les élections
deux jours plus tard. Son fils l’avait fortement mis en garde contre la
reconnaissance, soutenant qu’elle lui ferait perdre des voix. Le général
Smuts balaya ce conseil (ce qui est pertinent, d’un point de vue
électoraliste, puisque ses adversaires étaient sans aucun doute prêts à
surenchérir pour obtenir les voix sionistes, et il n’y avait pas d’électeur
arabe en Afrique du Sud).
La renommée du général Smuts dans tout le Commonwealth (et
son impopularité auprès de ses compatriotes boers) reposait
entièrement sur la croyance collective qu’il était l’architecte de la
« réconciliation entre les Anglais et les Boers » ainsi qu’un fervent
supporter du concept de grande famille. Sur cette question, il
abandonna le gouvernement de Londres en difficulté avec une
obéissance absolue, fruit d’une discipline inculquée pendant des
années. Je réalisai à cette époque une vieille ambition, qui était de le
rencontrer. Il atteignait alors la fin de sa vie, et quitte désormais lui
aussi ce récit ; mais avant de mourir, à l’instar du Dr Weizmann, il
avait vu « l’abîme » qu’il avait aidé à creuser : « au coeur du problème
palestinien » (dit-il à son fils plus tard au cours de cette année 194
« se trouve une tragédie qui est à notre porte… Il n’est pas étonnant que
la Grande-Bretagne soit écoeurée et fatiguée par toute cette affaire.
L’échec en Palestine ne sera pas seulement un échec britannique.
D’autres nations ont également joué un rôle, y compris l’Amérique, et
elles ont aussi échoué. La Palestine… représente l’un des grands
problèmes de notre monde, et peut avoir d’immenses conséquences
sur l’avenir de celui-ci… Nous avons pensé laisser les Arabes et les
Juifs se battre entre eux, mais nous ne pouvons pas faire cela. Le
Pouvoir est en marche, et la Palestine se trouve sur sa route ».
Il parla ainsi en privé, mais pas en public. Apparemment, les
politiciens, comme les clowns au cirque, sentent qu’ils doivent
toujours porter leur masque en public : à l’instar de M. Truman, il fit
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sans tarder ce que le Dr Weizmann lui ordonnait, et en 1949, devant
un auditoire sioniste, il déclara même qu’il était « heureux d’avoir
contribué, au cours de ma vie, à au moins une chose qui ait réussi ».
La retraite par rapport à Londres se changea en débâcle. Le Dr
Weizmann raconte que le représentant de la Nouvelle-Zélande, Sir Carl
Berendsen, « obtint alors le soutien de l’Australie », et rapidement, les
« politiciens [canadiens] de premier plan » lui emboîtèrent le pas.
Lorsque les dominions britanniques suivirent M. Truman et le
généralissime Staline, les Ètats plus petits se hâtèrent d’accorder leur
« reconnaissance » ; ils ne pouvaient refuser d’avancer là où les grands
s’étaient pressés, et ainsi, « l’État juif « se concrétisa-t-il « de facto »,
son acte fondateur étant le massacre de Deir Yassin.
Bien qu’il en devint le président, il s’agit en vérité du moment où
le Dr Chaim Weizmann se retire de la scène, après cinquante ans
d’une activité essentiellement conspiratrice, qui inclut la capitulation
de tous les dirigeants occidentaux et laissa la « tragédie », comme un
enfant abandonné, sur le pas de la porte de la communauté
occidentale. Je ne saurais guère où trouver une existence aussi
fascinante, et un autre écrivain pourrait même la décrire en termes
héroïques. À mes yeux, elle semble avoir été orientée à des fins
destructrices, et le Dr Weizmann, dont la mort était proche lorsqu’il
atteignit la victoire, découvrit que celle-ci était une coupe d’amertume,
peut être même une coupe mortelle.
En tous les cas, j’en juge ainsi d’après son livre, dont la dernière
partie est la plus passionnante. Il fut publié en 1949, de sorte que
l’auteur aurait pu, au moins, mener son récit jusqu’au point
maintenant atteint par celui-ci. Il ne le fit pas. Il termina son récit en
1947. Pourquoi fit-il ce choix ?
Je pense que la réponse est évidente. En 1946 , il avait averti
l’Organisation sioniste mondiale contre la « terreur », avait décrit
« l’abîme » auquel « le mal ancien » menait inévitablement, et avait été
remercié en conséquence. Puis, il était devenu président du nouvel
État mis en place grâce à la « terreur ». Je pense qu’il souhaitait mettre
par écrit ses avertissements à la communauté juive, et qu’il ne put se
décider à parler des actes de terreur et d’assassinats grâce auxquels le
nouvel État était né, si bien qu’il fit mine de terminer le manuscrit
avant que ces faits ne se produisent.
Il établit la date de clôture de la rédaction au 30 novembre 1947,
le lendemain de son triomphe à Lake Success (lorsque le président
Truman, sur sa sollicitation, appela la délégation américaine afin
qu’elle vote pour la partition). Manifestement, il souhaitait que le livre
se termine sur cette note. Le retournement de la politique américaine,
et les actes contre lesquels il avait prononcé des avertissements,
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eurent lieu juste après, et comme le livre ne devait pas être publié
avant 1949, il disposait de beaucoup de temps pour exprimer son
opinion sur ces événements. Tout ce qu’il fit fut de rajouter un
épilogue dans lequel il n’aborda même pas l’étape déterminante de
Deir Yassin - la réponse méprisante à ses avertissements. De plus, il
se mit à nouveau en quatre pour dire que cet épilogue était terminé en
août 1948 ; ce qui le dispensa de faire référence au prochain acte
terroriste, l’assassinat du comte Bernadotte, qui eut lieu en septembre
1948. Manifestement, le Dr Weizmann se rétractait. Il s’était associé à
ce massacre et à ce meurtre en acceptant et en conservant la
présidence du nouvel État.
C’est pour cette raison que ses précédentes mises en garde sont
d’une grande importance ; il aurait pu les retirer avant publication. Par
exemple, il accusa « les terroristes » (entre les mains desquels il mit
l’avenir de la Palestine, et pas seulement de la Palestine) d’essayer de
« forcer la main de Dieu ». Cela était sans conteste l’hérésie du
sionisme, de tous ceux qui le soutenaient - qu’ils soient juifs ou gentils
- depuis le tout début, et du Dr Weizmann plus que tout autre. Il
ajoute : « Les groupes terroristes en Palestine constituaient un grave
danger pour l’avenir entier de l’État juif ; en fait, leur comportement était
proche de l’anarchie ». C’était l’anarchie, et non pas proche de
l’anarchie, de même que l’effort de toute une vie du Dr Weizmann était
anarchique. Même dans cet argument, ce n’est pas le dégoût moral qui
l’animait ; sa plainte ne portait pas sur la nature destructrice de
l’anarchie en tant que telle, mais simplement sur le fait qu’elle était
inopportune, « parce que les juifs détiennent des otages dans le monde
entier ».
Le lendemain même de son triomphe à Lake Success, il revint à
son nouveau thème : « Il ne doit pas y avoir une loi pour les Juifs et
une autre pour les Arabes… On doit donner aux Arabes le sentiment
que la décision des Nations unies est définitive et que les Juifs ne
s’introduiront pas dans les territoires situés au-delà des frontières qui
leur ont été assignées. Cette peur existe chez de nombreux Arabes, et
cette peur doit être éliminée par tous les moyens possibles… Ils
doivent voir dès le départ qu’au sein de l’État juif, leurs frères sont
traités exactement comme les citoyens juifs… Nous ne devons pas
nous prosterner devant des dieux païens. Les prophètes ont toujours
puni le peuple juif avec la plus grande sévérité pour cette inclination,
et à chaque fois qu’il retourna au paganisme, à chaque fois qu’il revint
en arrière, il fut puni par l’inflexible dieu d’Israël… Je suis certain que
le monde jugera l’État juif à la façon dont il traitera les Arabes ».
Tu le dis56 ! À cette occasion, le Dr Weizmann revêtit la robe d’un
prophète israélite, ou peut-être la couronne du roi Knut ordonnant aux
56 Allusion à la réplique de Jésus à Ponce Pilate - Matthieu, XXVII-11 - NdT
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vagues de s’écarter. Lorsque ces mots furent publiés, les Arabes
avaient déjà été expulsés de leur terre natale, les juifs s’étaient
« introduits » dans les territoires situés au-delà des frontières
précédemment « recommandées », et les Arabes n’étaient pas « traités
exactement comme les citoyens juifs », mais étaient devenus des
fugitifs sans foyer et sans ressources. Le Dr Weizmann prétendait ne
pas savoir tout cela ! Il ignora tout ce qui avait eu lieu et déclara que
cela ne devait pas avoir lieu. On aurait du mal à surpasser une telle
démonstration d’hypocrisie, même dans le domaine de la politique.
L’explication probable est qu’il n’arrivait toujours pas à se décider à
dénoncer ce qui avait été commis mais, comme sa mort approchait, il
ressentait le besoin d’attirer l’attention sur ses conséquences. Des
conséquences que, dès le début, l’oeuvre de toute sa vie était destinée à
produire, si cette oeuvre aboutissait. Finalement, il cria « En
arrière toute ! », mais en vain.
Un plus grand homme que lui hurla son horreur et lia les
conséquences aux actes, qu’il n’eut pas peur de nommer. Le Dr Judah
Magnes se situait dans la ligne directe des Israélites dissidents de
jadis. Il était né en Amérique en 1877, et, comme le Dr Weizmann,
avait consacré sa vie au sionisme, mais d’une manière différente.
C’était un sioniste religieux, et non politique, et il n’avait pas la
présomption de « forcer la main de Dieu ». Dès le début, il avait oeuvré
à la création d’un État judéo-arabe binational, et avait attaqué le
chauvinisme sioniste dès sa première manifestation. Il devint
« président honoraire de l’université Hébraïque de Jérusalem en 1925
(après s’être violemment opposé au Dr Weizmann au sujet de la
pompeuse cérémonie de pose de la première pierre en 1918), puis la
présida à partir de 1935 ; en 1948, il se trouvait à Jérusalem. Il fut
consterné par l’apparition du « mal ancien sous une forme nouvelle et
horrible », et fit un discours d’adieu déplorant et condamnant les
sionistes ainsi que les dirigeants occidentaux :
« Les réfugiés ne devraient jamais être instrumentalisés et brandis
tels une carte maîtresse par les hommes politiques. Il est déplorable,
et même incroyable, qu’après tout ce que les juifs d’Europe ont
traversé, un problème de réfugiés arabes soit créé en Terre sainte ».
Il mourut juste après cette déclaration, et je n’ai pas réussi à
connaître les circonstances de sa disparition ; dans les ouvrages juifs,
les mentions relatives à cet événement sont souvent laconiques et
ressemblent à celles concernant l’effondrement et la mort soudaine du
Dr Herzl. Par exemple, une de ces allusions (dans la préface du livre
écrit par le rabbin Elmer Berger en 1951) dit qu’ « il est mort d’une
crise cardiaque ».
Avec le Dr Magnes, c’était un autre pacifiste juif qui rejoignait le
groupe des hommes responsables qui depuis cinquante ans tentaient
575
vainement de maintenir l’Occident (et les juifs) hors de l’emprise de la
conspiration talmudique de Russie. Il créa puis quitta une
organisation, l’Association Ihud, qui parle encore en son nom, et même
depuis Jérusalem. Son porte-parole à Jérusalem, le mensuel NER,
déclara en décembre1955 :
« Finalement nous devrons révéler ouvertement la vérité :
Fondamentalement, nous n’avons aucun droit d’empêcher le retour
des réfugiés palestiniens sur leurs terres… Quel combat Ihud devraitil
mener ? Transformer la poudrière permanente (qu’est l’État d’Israël,
selon le ministre Pinhas Lavon) en une terre de paix. Et quelles armes
Ihud doit-il utiliser ? L’arme de la vérité… Nous n’avions pas le droit
d’occuper une maison arabe sans en payer d’abord le prix ; de même
pour les champs et les vergers, les magasins et les usines. Nous
n’avons absolument aucun droit de coloniser et de concrétiser le
sionisme au détriment d’autrui. C’est du vol, c’est du banditisme…
Nous faisons à nouveau partie des pays très riches, mais nous
n’avons pas honte de voler les biens des fellahin ».
Actuellement, ce point de vue est encore peu répandu au sein de
la communauté juive (à ce sujet, le Dr Albert Einstein avait la même
opinion : « Ma perception de la nature profonde du judaïsme est
incompatible avec la notion d’un État juif entouré de frontières, d’une
armée et de quantité de pouvoirs temporels, même s’ils sont limités ;
j’ai peur des dégâts internes que le judaïsme devra endurer », 1950),
mais c’est le seul point de vue qui offre à la communauté juive l’espoir
d’échapper définitivement au sionisme des Khazars. Aujourd’hui, il est
probable, si ce n’est certain, que cette libération ne pourra avoir lieu
qu’après la tribulation finale au cours de laquelle l’aventure abjecte en
Palestine devra impliquer les multitudes occidentales, y compris les
juifs parmi celles-ci.
Un dernier point doit être signalé au sujet de la création « de
facto » de l’État sioniste ; à savoir, qu’il est l’enfant de la révolution. La
révolution permit aux juifs de « devenir majoritaires en Palestine »,
conformément à ce que les auteurs britanniques de la déclaration
Balfour de 1917 avait souhaité, et cette transformation en Palestine
n’aurait pu être réalisée d’aucune autre manière, puisqu’aucun autre
grand groupe de juifs n’aurait pu être amené à se rendre là-bas. Ce
mouvement de masse n’était possible que pour les juifs de l’Est, qui
vivaient depuis des siècles dans la stricte application des règles
talmudiques, et la manière dont ils furent transférés en Palestine a été
décrite ici. En 1951, les statistiques du gouvernement israélien
montraient qu’au sein de la « majorité » qui avait été constituée
(approximativement 1 400 000 juifs), 1 061 000 personnes étaient
nées à l’étranger, et parmi celles-ci, 577 000 venaient des pays
communistes situés au-delà du Rideau de Fer, pays où les non-juifs
n’avaient pas le droit de se déplacer ne serait-ce que d’une ville à une
576
autre sans autorisation de la police ou de quelqu’autre autorité.
(L’essentiel des 484 000 restants étaient des juifs nord-africains ou
asiatiques qui arrivèrent après l’établissement de l’État, et donc ne
participèrent pas à sa violente appropriation).
Par conséquent, les envahisseurs étaient des juifs de l’Est
d’origine tataro-mongole, mais leur nombre seul n’aurait pas suffi à
assurer la victoire. Ils avaient besoin d’armes pour cela. Pendant la
guerre, le général Wavell avait informé M. Churchill que les juifs, si on
le leur permettait, pourraient « battre les Arabes », et manifestement, il
basait ce jugement sur les armes que, comme il le savait, les sionistes
avaient accumulées. À cette époque, il ne pouvait s’agir que d’armes
britanniques ou américaines, obtenues clandestinement depuis les
arsenaux des armées alliées localisées en Afrique du Nord et au
Moyen-Orient (comme il a été montré précédemment, les dirigeants de
Londres et Washington, bien qu’ils ne l’approuvassent pas
officiellement, fermèrent les yeux sur ce procédé). Le général Wavell,
bien que son opinion se révélât correcte, surestimait peut-être à
l’époque la puissance sioniste, ou sous-estimait la résistance arabe,
car les sionistes, après l’événement, n’attribuèrent pas leur succès aux
armes qu’ils avaient obtenues des Alliés. Au contraire, ils pensèrent
qu’ils devaient leur victoire, obtenue après six mois de combats (entre
le vote pour la « partition » et Deir Yassin) aux armes qu’ils avaient
reçues de la révolution. Le Rideau de Fer, qui s’était ouvert pour
laisser passer les envahisseurs de la Palestine, s’était réouvert pour
permettre qu’une quantité substantielle d’armes leur soit livrée.
Ce fut la première conséquence majeure de l’ordre donné par le
général Eisenhower - sous la direction du président Roosevelt -
d’arrêter les forces alliées à l’ouest de la ligne Berlin-Vienne, et de
permettre que la Tchécoslovaquie revienne aux Soviétiques ; les armes
venaient de ce pays annexé, où le grand arsenal Skoda, suite à cet
ordre, était simplement passé des nazis aux communistes. Quelques
semaines après que le président Truman eut reconnu l’État sioniste, le
New York Herald Tribune publia ce reportage en provenance d’Israël :
« Le prestige russe s’est extrêmement accru au sein de toutes les
familles politiques… De par son soutien constant à la cause
israélienne au sein des Nations unies, l’Union soviétique a augmenté
son crédit auprès des sympathisants de gauche, de droite et des
modérés. Fait peu connu et peut être encore plus important pour une
nouvelle nation combattant pour son existence : la Russie a fourni
une aide matérielle lorsqu’une aide matérielle était nécessaire… La
Russie a ouvert ses arsenaux militaires à Israël. Les juifs ont réalisé
certains de leur achats les plus importants et probablement les plus
volumineux auprès de la Tchécoslovaquie, nation satellite de l’Union
soviétique. Certaines livraisons d’armes tchèques à Israël à des
moments critiques de la guerre ont joué un rôle capital… Lorsque les
577
troupes juives ont défilé la semaine dernière le long de la rue Allenby
à Tel Aviv, de nouveaux fusils tchécoslovaques sont apparus à
l’épaule des soldats d’infanterie » (5 août 1948).
À cette époque, en Occident, la presse sioniste et celle contrôlée
par les sionistes commença à assimiler explicitement « antisémitisme »
à « anticommunisme » (l’attribution au communisme d’origines juives
et d’un leadership juif avait été depuis longtemps dénoncée comme
étant la caractéristique de « l’antisémite »). Par exemple, en juin 1946,
le journal juif de Chicago Sentinel avait déjà déclaré : « Nous
reconnaissons l’anti-soviétisme pour ce qu’il est réellement… Avezvous
jamais entendu parler, où que ce soit dans le monde, d’
antisémites qui n’étaient pas également anti-soviétiques ?… Nous
reconnaissons nos ennemis. Reconnaissons également nos amis, le
peuple soviétique ». Dans les écoles du nouvel État lui-même, le
drapeau de la révolution était hissé et son hymne entonné chaque
premier mai, reconnaissance ostensible d’une affinité, si ce n’est d’une
filiation. En janvier 1950, le correspondant du Times de Londres à Tel
Aviv rapporta que la Tchécoslovaquie fournissait encore des armes à
l’État sioniste.
Voilà pour la naissance d’ « Israël » et les souffrances qu’elle
infligea aux autres. Aucun enfant issu de l’illégitimité politique ne fut
jamais soutenu à sa naissance par autant de parrains ; les
« reconnaissances » affluaient, et partout les pacifistes étaient
déconfits. M. Bevin continua son mandat pendant quelques années,
puis démissionna peu avant sa mort ; le général Marshall et M.
Forrestal furent éliminés à la première occasion, manifestement pour
décourager ceux qui auraient pu prendre leur propre devoir trop au
sérieux.
En quelques semaines, le nouvel État fit un nouveau pas vers
« l’abîme » du « mal ancien ». Les « Nations unies », ayant accepté post
facto la partition de l’Europe et recommandé la partition de la
Palestine, montrèrent un intérêt tardif pour la « paix » et firent appel
au comte suédois Folke Bernadotte pour qu’il se rende en Palestine
jouer le rôle de médiateur entre les deux parties. Le comte Bernadotte
s’était toujours consacré à apaiser les souffrances humaines, et en
particulier à l’aide et au sauvetage des victimes juives au cours de la
Seconde Guerre mondiale. Il oeuvra sous la bannière croisée (la Croix
rouge) et fut tué à l’endroit même où la Croix devint pour la première
fois symbole de foi et d’espoir. Aucun acte ne peut être plus atroce que
le meurtre, commis par l’une des parties en conflit, d’un pacifiste et
médiateur reconnu, et quatre mois après sa création, l’État sioniste
ajouta ce second acte symbolique à son histoire57.
57 Il fut assassiné par des membres du groupe clandestin juif Lehi. Le Lehi était décrit
comme une organisation terroriste par les autorités britanniques, le Yichouv traditionnel et
578
Le comte Bernadotte (comme M. Forrestal) tenait un journal, qui
fut publié après sa mort. Il relate qu’après avoir accepté sa mission
pour la paix, il passa par Londres et reçut la visite du Dr Nahun
Goldman, alors vice-président de l’Agence juive et représentant de
l’État sioniste, qui lui dit : « l’État d’Israël est désormais en mesure
d’assumer l’entière et totale responsabilité des actes commis par le
groupe Stern et les membres de l’Irgoun ».
Il s’agissait des bandes de meurtriers dont le massacre de Deir
Yassin avait déclenché l’évacuation du territoire au profit des sionistes,
et avait implicitement été « reconnu » par l’Occident. C’étaient les
« activistes » contre lesquels le Dr Weizmann avait émis des
avertissements au Congrès sioniste de 1946. Deir Yassin avait montré
qu’ils avaient le pouvoir, par des actes terroristes calculés, de modifier
totalement le cours des affaires internationales, quels que soient les
propos des dirigeants sionistes, des hommes politiques occidentaux ou
des « Nations unies ».
Ils détiennent ce pouvoir aujourd’hui, en 1956, et continueront à
le détenir. À tout instant, ils peuvent précipiter le monde dans une
nouvelle guerre, car on les a placés à l’endroit le plus explosif du globe,
très justement qualifié de « poudrière » par un secrétaire d’État
américain, un ministre des Affaires étrangères britannique et le
Premier ministre sioniste en personne. Jusqu’au moment où le Dr
Nahum Goldman fit au comte Bernadotte la déclaration citée
précédemment, on avait entretenu le mensonge selon lequel ils étaient
hors du contrôle des dirigeants sionistes « responsables », qui
déploraient de tels actes. L’affirmation rassurante du Dr Goldman
avait probablement pour objectif de convaincre le comte Bernadotte
que son travail de médiation ne serait pas gratuitement détruit par un
acte tel que celui de Deir Yassin. Les terroristes assassinèrent alors le
comte Bernadotte lui-même, et par la suite (comme on le montrera), le
gouvernement israélien assuma la responsabilité de ces actes et de
ceux qui les avaient commis.
Après avoir entendu ces propos rassurants, le comte Bernadotte
entama sa mission de pacification. En Égypte, il rencontra le Premier
ministre, Nokrachi Pacha, qui déclara « reconnaître la portée de la
puissance économique juive, puisque celle-ci contrôle l’économie de
nombreux pays dont les États-Unis, l’Angleterre, la France, l’Égypte et
peut-être même la Suède » (le comte Bernadotte ne contredit pas cette
dernière affirmation). Nokrachi Pacha dit que les Arabes n’espéraient
le médiateur des Nations unies, Ralph Bunche. Leurs documentations reconnaissaient cette
étiquette et ces actions terrorises tant qu’elles ciblaient des représentants britanniques. Ce
groupe est aussi connu sous le nom de groupe Stern (d’après le nom de son premier chef
Avraham Stern), une étiquette acusatrice initialement donnée par les Britanniques qui
continue à être utilisée dans nombre de récits historiques. Le terme groupe Stern était
également utilisé à l’époque.
579
pas échapper à cette domination. Toutefois, que les juifs établissent une
domination économique de toute la Palestine était une chose ; mais ce
que les Arabes n’accepteraient pas, et rejetteraient, serait la tentative
de mettre en place un État sioniste coercitif en ayant recours à la force
et au terrorisme, et ce avec l’assistance du sionisme mondial. Après
cela, le roi Farouk déclara au comte Bernadotte que si la guerre
continuait (elle n’est toujours pas terminée), elle se transformerait en
troisième guerre mondiale ; le comte Bernadotte acquiesça et déclara
que c’était la raison pour laquelle il avait accepté le rôle de médiateur.
Il mentionna aussi que pendant la guerre, il avait eu « le privilège
de secourir environ 20 000 personnes, la plupart des juifs ; j’avais été
moi-même chargé de ce travail ». Il pensait manifestement que cela lui
vaudrait le respect des sionistes, et il avait tort. En quelques jours, il
avait persuadé les Arabes (le 9 juin 194
d’accepter un cessez-le-feu
sans condition, mais il lut alors des propos agressifs à son encontre
tenus par des fanatiques sionistes, parce qu’il « avait imposé la trève
aux juifs ». « Je commençai à réaliser combien ma situation était
délicate… la sympathie à mon encontre se transformerait en suspicion
et en rancune si, au cours de mon travail ultérieur en tant que
médiateur, je manquais d’étudier d’abord les intérêts de la partie juive,
et que je cherchais une solution juste et impartiale au problème ».
L’Irgoun (dont le gouvernement sioniste, par l’intermédiaire du Dr
Goldman à Londres, avait affirmé prendre « l’entière et totale
responsabilité ») rompit alors le cessez-le-feu (18-30 juin 194
en
débarquant des hommes et des armes. Le comte Bernadotte et ses
observateurs « furent incapables d’évaluer le nombre de membres de
l’Irgoun ou la quantité d’armes déployés », parce que le gouvernement
sioniste leur refusa l’accès à la zone. Au cours de la première semaine
de juillet, « la presse juive dirigea de violentes attaques à mon
encontre ». Les méthodes diffamatoires (utilisées contre M. Forrestal)
étaient désormais utilisées, et les efforts du comte Bernadotte pour
secourir des victimes juives durant la guerre furent tournés contre lui ;
on insinua que vers la fin de la guerre, ses négociations avec Heinrich
Himmler, le chef de la gestapo nazi, au sujet de la libération de juifs
furent d’une nature douteuse. « Il était injuste de me calomnier »,
(l’insinuation était que M. Bernadotte était « un nazi »), « mes activités
ayant contribué à sauver la vie d’environ 10 000 juifs ».
Cela avait aussi peu d’importance aux yeux des sionistes que les
efforts, quarante années auparavant, d’Alexandre II et du comte
Stolypine pour « améliorer le sort des juifs » ; L’offense capitale du
comte Bernadotte était son impartialité. Entre le 19 juillet et le 12
août, il dut signifier au Dr Joseph, gouverneur militaire sioniste de
Jérusalem, que d’après les rapports de ses observateurs, « les juifs
étaient le groupe le plus agressif à Jérusalem ». Le 16 septembre, sur
580
la route historique du pacificateur « vers Jérusalem » (c’est le titre de
son livre), le comte Bernadotte signa de fait son propre arrêt de mort ;
ce jour-là, il envoya son « rapport d’étape » de médiateur, depuis
Rhodes à destination des Nations unies, et dans les vingt-quatre
heures qui suivirent, il fut assassiné.
La raison se trouve dans ses propositions. Il acceptait la création
« de facto » de l’État sioniste, mais, partant de cette base, pensait
réconcilier et pacifier grâce à des mesures impartiales, aussi justes
pour chaque partie que la situation donnée le permettait. Son souci
majeur concernait les populations civiles arabes, éloignées de leurs
villages natals par le massacre de Deir Yassin et réfugiées au-delà de
leurs frontières. Jamais rien de pareil n’avait été fait sous la protection
de l’Occident, et le comte Bernadotte venait à peine de sauver des juifs
des griffes d’Hitler. Ainsi, il proposait :
(1) que les frontières de l’État sioniste correspondent à la
« recommandation » des Nations unies du 29 novembre 1947, le
Néguev restant un territoire arabe et les Nations unies s’assurant que
ces frontières soient « respectées et maintenues » ;
(2) que (comme cela avait été « recommandé ») Jérusalem devienne
une zone internationale sous contrôle des Nations unies ;
(3) que les Nations unies « proclament et mettent en oeuvre » le droit
au retour des réfugiés arabes.
Ayant transmis ces propositions le 16 septembre 1948, le comte
Bernadotte, avant que celles-ci n’atteignent New York, prit un vol pour
Jérusalem (le 17 septembre). Accompagné de ses collaborateurs, il se
rendait, sans armes et sans protection, au siège du gouvernement
lorsque leur véhicule fut arrêté par une Jeep occupée par des sionistes
et garée en travers de la route. Clairement, on était autant au courant
de leurs déplacements que du contenu du rapport du comte
Bernadotte ; trois hommes jaillirent de la Jeep, rejoignirent son
véhicule en courant et avec des pistolets-mitrailleurs Sten, l’abattirent
ainsi que le colonel français Serot, observateur en chef à Jérusalem.
Dans une annexe de son journal intime, les survivants décrivent
l’assassinat en détail. Leurs comptes-rendus démontrent l’efficacité de
sa préparation et de son exécution et établissent clairement l’identité
du commanditaire principal. Les meurtriers s’échappèrent sans
encombre, deux à bord de la Jeep et un autre en courant. Aucun ne
fut arrêté ou poursuivi (un rapport, probablement crédible, déclare
qu’un avion attendait les assassins et les transporta en
Tchécoslovaquie communiste). Selon l’enquête israélienne qui en
découla :
« La manière dont le meurtre a été exécuté ainsi que tous les
préparatifs qui s’y rapportent suivent la trame suivante : (a) une
581
décision claire d’assassiner le comte Bernadotte et l’élaboration d’un
plan détaillé pour sa mise en oeuvre ; (b) un réseau d’espionnage
complexe capable de suivre les déplacements du comte pendant ses
séjours à Jérusalem, afin de permettre aux responsables de
l’opération de définir son lieu et sa date ; (c) des hommes ayant de
l’expérience dans ce genre d’activités ou ayant reçu un long
entraînement sur le sujet ; (d) des armes et des moyens de
communication adaptés ainsi qu’un point de chute sür après le
meurtre ; (e) un chef expérimenté et responsable de l’exécution de
l’acte ».
Le nouvel État s’était déclaré « entièrement responsable » de tels
individus. Trois jours plus tard, une agence de presse française reçut
une lettre exprimant des excuses pour le meurtre du colonel Serot, qui
avait été confondu avec le général suédois Lundstrom, chef d’étatmajor
du médiateur et « antisémite » (le général Lundstrom était assis
à une autre place dans la voiture). Cette lettre était signée du « Hazit
Moledeth » ; le rapport de la police israélienne indiqua qu’il s’agissait
du nom de la cellule terroriste secrète au sein du groupe Stern.
Le général Lundstrom annonça (le 18 septembre) que « ces
meurtres délibérés de deux hauts responsables internationaux
constituent une rupture du cessez-le-feu de la plus grande gravité et
une page noire dans l’histoire de la Palestine, et les Nations unies en
exigeront des explications exhaustives ». Une telle demande de la part
des Nations unies était improbable, car (comme ce récit l’a montré)
elles ne réagissent qu’à la pression la plus forte exercée en coulisse.
Elles n’ont (ou n’avaient alors - nul ne peut prédire quelles
extraordinaires transformations l’avenir pourrait amener) aucune
morale par elles-mêmes ; elles fonctionnent comme un oracle, actionné
par un mécanisme caché ; elles ne s’émurent pas du meurtre de leur
médiateur, pas plus que les gouvernements de Washington et de
Londres ne s’émurent de la persécution de M. Forrestal et du meurtre
de Lord Moyne. Elles ignorèrent les propositions du médiateur ; les
sionistes saisirent et conservèrent tous les territoires qu’ils
souhaitaient (Néguev inclus), refusèrent le retour des Arabes, et
proclamèrent qu’ils n’autoriseraient pas que Jérusalem devienne zone
internationale (à ce jour, huit ans plus tard, ils restent inflexibles sur
ces points-là). Les journaux du monde entier publièrent l’éditorial
qu’ils semblaient conserver spécialement pour de telles occasions (« On
a fait un mal incalculable à la cause sioniste… »), et reprirent ensuite
leurs dénonciations quotidiennes de tous ceux qui défendaient la
cause arabe, les accusant d’être « antisémites ». Le Times de Londres
rendit même le comte Bernadotte responsable de son propre meurtre ;
on pouvait y lire que la proposition d’internationaliser Jérusalem
« incita sans aucun doute certains juifs à tuer le comte Bernadotte », et
dans l’acception générale, le mot « inciter » impute une responsabilité.
582
En Israël, quatre mois plus tard, deux dirigeants du groupe Stern
du nom de Yellin et Shmuelevitz furent condamnés par une cour
spéciale à huit et cinq ans de prison pour leur connection avec ce
meurtre. Le président de cette cour, lorsqu’il lut le jugement, dit qu’il
n’y avait « pas de preuve établissant que l’ordre de tuer le comte
Bernadotte provenait de la hiérarchie ». Les deux hommes (selon
l’Agence télégraphique juive) « n’accordèrent guère d’attention au
déroulement du procès, eu égard au fait qu’on s’attendait à ce que le
Conseil d’État accorde une amnistie générale », et quelques heures
après leur condamnation, ils furent libérés et escortés vers la foule qui
les accueillit triomphalement. Le « commandant en chef » de l’Irgoun,
un certain M. Menahem Begin, fit quelques années plus tard une
« tournée triomphale » des villes occidentales, étant par exemple reçu à
Montréal par « la garde d’honneur de la police de Montréal précédée
par des rabbins portant les parchemins de la Loi » (d’après le Jewish
Herald d’Afrique du Sud). Au cours d’une intervention à Tel Aviv
durant la campagne électorale de 1950, M. Begin s’attribua le mérite
de la fondation de l’État sioniste, par le biais de l’événement de Deir
Yassin. Il dit que l’Irgoun avait « occupé Jaffa », territoire que le parti
au pouvoir « était prêt à céder aux Arabes », puis il ajouta :
« L’autre partie de la contribution de l’Irgoun fut Deir Yassin, qui a
entraîné la fuite des Arabes et a fait de la place pour les nouveaux
arrivants. Sans Deir Yassin et la débâcle arabe qui en découla, le
gouvernement actuel ne serait pas en mesure d’intégrer un dixième
des immigrants ».
Au cours des années suivantes, jusqu’à aujourd’hui, M. Begin
continua à proférer des menaces sanguinaires à l’encontre des pays
arabes frontaliers58, pour lesquels la présence des Arabes palestiniens
à l’intérieur de leurs frontières constituait un rappel permanent de
Deir Yassin et de la terrible signification des menaces de Begin.
Pendant cinq ans, la croyance collective fut entretenue selon laquelle
« les terroristes » avaient agi à Deir Yassin sans avoir reçu d’ordre, et
puis en avril 1953, quatre membres de l’Irgoun blessés à Deir Yassin
demandèrent des dédommagements. Le gouvernement israélien, via
son ministère de la Sécurité, refusa cette demande sur la base que
l’attaque n’avait « pas été autorisée », sur quoi le chef de l’Irgoun
58 L’Appel de Guerre de Begin : Jérusalem. Attaquer les Arabes, frapper un point faible après
l’autre, écraser un front après l’autre jusqu’à l’assurance de la victoire… telle était l’essence
du discours que M. Menahem Begin, leader du parti Herout, fit la semaine dernière à
Jérusalem. Il parla du balcon d’un hôtel surplombant le square Zion, rempli de quelques
milliers de personnes. « Nos pertes, en menant une telle action, ne seront pas négligeables,
mais en tout cas, elles seront bien moindres que lorsque nous affrontons les armées arabes
réunies sur le terrain de bataille », dit-il… « aujourd’hui, nos forces de défense sont plus
puissantes que toutes les armées arabes réunies… Moïse a eu besoin de frapper dix fois
pour conduire les Israélites hors d’Égypte ; en une frappe, nous pouvons expulser les
Égyptiens d’Israël », dit-il, en référence à la Bande de Gaza” (Le Zionist Record de
Johannesburg, 20 août 1954).
583
présenta une lettre émanant des quartiers généraux officiels sionistes
basés à Jérusalem, qui autorisait l’intervention. Depuis cette dernière,
le signataire était devenu ministre représentant Israël au Brésil.
Dans la ville où se trouvait le siège des « Nations unies », une
solide raison expliquait pourquoi aucune « explication » sur la mort du
comte Bernadotte ne devait être exigée. Lorsque cet événement eut
lieu, les élections présidentielles américaines étaient proches. La
campagne battait son plein, et chacun des deux candidats (M. Truman
et M. Thomas Dewey) considérait le vote sioniste comme indispensable
au succès. Ils luttaient pour l’obtenir, et la Palestine était bien loin de
New York. M. Truman était le mieux engagé, car il avait reconnu le
nouvel État et avait décrit cet acte de reconnaissance comme celui
dont il était le « plus fier ». À une autre occasion, il déclara que cet acte
avait été guidé par « les valeurs humanistes les plus nobles ». Quelques
semaines après l’assassinat [du comte Bernadotte – Ndt] sur la route
de Jérusalem, il fut élu président ; à la fin de l’année, il donna aux
employés de la Maison Blanche un marque-page avec ces mots : « Je
préférerais avoir la paix plutôt qu’être président ».
En 1948, la stratégie électorale conçue par le Colonel House en
1910 avait été transformée en instrument de haute précision contrôlé
par l’internationale sioniste – la commande principale se trouvant dans
l’État de New York. L’ère des machines et des sociétés cotées en bourse
ajouta un nouveau verbe à la langue anglaise : « truquer », ce qui
signifie arranger, ou manipuler. Les experts sont capables de
« truquer » les machines. Un exemple concerne les machines à sous en
Amérique. M. Dupont glisse une pièce dans la fente dans la vague
croyance que la machine est gouvernée par les lois du hasard, et que
s’il est chanceux, tout l’argent qu’elle recèle lui tombera dans les
mains ; en fait, la machine est minutieusement configurée pour qu’une
proportion précisément calculée de l’argent qui y a été introduit
(probablement entre quatre-vingts et quatre-vingt-dix pour cent)
revienne au syndicat du jeu et que le reste revienne en petits gains à
M. Dupont.
Le « trucage » du système électoral américain est le facteur
déterminant des événements du XXe siècle. Un mécanisme conçu
initialement pour permettre à M. Dupont d’exprimer son opinion à
propos de la politique et des partis a été ajusté jusqu’à un tel niveau
de précision, empêchant quasiment toute erreur, que M. Dupont s’est
retrouvé sans voix pour s’exprimer sur la politique du pays ; quelle que
soit la pièce qu’il introduit dans la fente, le groupe des gouvernants
gagne.
Au début, le système électoral lui-même fut peut-être conçu de
manière à faciliter la tâche d’un « groupe extérieur » enclin à dicter le
cours de la politique nationale américaine. Une élection est toujours
584
proche : une élection pour le Congrès chaque seconde, une élection
présidentielle tous les quatre ans. Un membre du Congrès ou un
président n’est pas sitôt élu que les « groupes de pression »
commencent à se rapprocher des prétendants pour les prochaines
élections ; les chefs de parti commencent à se soucier des prochains
votes ; et les aspirants au Sénat, au Congrès et à la Présidence
commencent à ressentir et à répondre à « la pression ». Il n’existe pas
de périodes de repos au cours desquelles la prudence pourrait
prévaloir et ce contrôle disparaître (en 1953, comme nous allons le
voir, même la course pour la mairie de New York induisit un
retournement soudain et majeur de la politique nationale américaine,
le sujet étant « le soutien à Israël ». L’intensification de la « pression » à
échéance répétée, et les mises en garde qui s’ensuivent adressées par
les directeurs de partis à leurs candidats au Congrès ou à la Maison
Blanche, générèrent ces pirouettes, qui font vaciller l’intégralité de
l’édifice politique laborieusement construit par des ministres
consciencieux et des fonctionnaires compétents.
Dans ces circonstances, le nouvel « État » créé en Palestine en
1948 n’a jamais été, et ne pourra jamais être, un « État », quel que soit
le sens que l’Histoire a donné a ce mot. C’était le poste avancé d’une
organisation internationale qui bénéficiait d’un accès privilégié aux
gouvernement, aux parlements et aux ministères des Affaires
étrangères des pays occidentaux (et plus particulièrement au
gouvernement, au parlement et au ministère des Affaires étrangères
des États-Unis, qui pendant les années 50 étaient le pays le plus
puissant de la planète), et dont la fonction principale consistait à
exercer un contrôle sur la république américaine, et non de trouver
« un foyer » pour les juifs du monde. Les perspectives induites par cet
état de fait étaient une implication croissante de l’Amérique dans une
situation explosive au Levant, créée artificiellement et portant en elle la
menace d’une guerre mondiale.
Fin 1948, trente-et-un ans après le premier triomphe du double
complot (la déclaration Balfour et la révolution bolchevique), l’État
sioniste avait été mis en place. M. Truman, le pionnier de la
« reconnaissance », avait été prévenu par ses représentants en charge
que la partition obtenue par la force à Deir Yassin mènerait à une
troisième guerre mondiale ; tous les dirigeants occidentaux avaient
reçu les mêmes recommandations de la part de leurs conseillers dans
le domaine. Aucun des « politiciens de premier plan » concernés ne
pouvait avoir de doutes sur les conséquences futures qu’induirait leur
soutien au sionisme, et leurs déclarations publiques à ce sujet ne
pouvaient refléter ni les informations confidentielles dont ils
disposaient, ni leurs convictions personnelles. Les hommes politiques
américains des années 40 et 50, comme M. Léopold Amery et M.
Winston Churchill au cours des décennies précédentes, étaient
585
manifestement victimes de la croyance selon laquelle, pour quelque
raison non révélée, la « politique », concernant cette question
spécifique, ne pourrait jamais être « modifiée ». L’asservissement des
gouvernements de Londres et de Washington, et l’identité des
esclavagistes, même aujourd’hui (1956), ne sont pas connus des
peuples américain et britannique (pourtant, la menace désormais
apparente d’une nouvelle guerre mondiale déclenchée en Palestine
sioniste et se répandant dans les pays alentours les touche pour la
première fois). Dans le reste du monde, cela est compris depuis
longtemps. Par exemple, dès les années 20, le maharadjah du
Cachemire demanda à Sir Arthur Lothian (d’après le récit de ce
diplomate) « pourquoi le gouvernement britannique était-il en train
d’établir une « Yehudi ka Raj » (la Loi des juifs) en Inde. Je contestai
cette description, mais il insista sur la véracité des faits, déclarant que
Lord Reading, le vice-roi, était juif, que le secrétaire d’État, M. Edwin
Montague, était juif, que le haut commissaire, Sir William Meyer, était
juif, et de quelle preuve supplémentaire avais-je besoin ? » Ainsi, il y a
trente ans, un maharadjah indien du bout du monde vit-il clairement
la véritable forme que prendraient les événements qui allaient se
produire dans le monde occidental.
J’ai cité précédemment la déclaration du Premier ministre
égyptien au comte Bernadotte, selon laquelle « la puissance
économique juive contrôlait l’économie… des États-Unis, de
l’Angleterre, de la France, de l’Égypte elle-même… » Au cours des sept
dernières années, les dirigeants de tous les États arabes ont accusé
ouvertement et à plusieurs reprises le gouvernement américain d’être
devenu le simple instrument des ambitions sionistes, et se sont référés
à leur propre expérience en guise de preuve.
De l’autre côté de la planète, les effets du « trucage » de la machine
électorale à New York se firent ressentir à travers leur autre
manifestation : le soutien à la révolution. À cause de revirements
similaires dans la politique d’État américaine, Tchang Kaï-chek, le
dirigeant chinois, dut quitter la Chine continentale (où le communisme
s’établit avec le soutien des Américains) pour l’ïle de Formose, où une
fois là-bas, il bénéficia à nouveau du soutien américain. M. Tex
McCrary, un présentateur américain bien connu, lui rendit visite et
rapporta aux millions d’auditeurs new-yorkais : « Je fus extrêmement
gêné lorsque j’entendis : “Nous avons appris à ne jamais faire
confiance à l’Amérique pendant plus de dix-huit mois d’affilée, entre
les élections” ».
Cette mainmise sur la politique d’État américaine, de par le
contrôle de la machine électorale, mena en 1952 à un acte
paroxystique de vengeance talmudique - vengance portée cette fois
contre la moitié de l’Allemagne que la partition avait laissée « libre ».
586
Cette partie de l’Allemagne fut obligée de payer un tribut à l’État
sioniste - État mis en place trois ans après la défaite de l’Allemagne au
cours de la Seconde Guerre mondiale !
Après la Première Guerre, les puissances occidentales victorieuses
tentèrent d’extorquer un tribut (« des réparations »), mais échouèrent ;
ce qui fut reçu était surtout le résultat de jeux comptables, car cela fut
annulé par les prêts américains et britanniques. Après la Seconde
Guerre mondiale, la révolution extorqua un tribut à l’Allemagne de
l’Est annexée, en se servant directement. Les puissances occidentales
victorieuses ne firent aucune demande de « réparation » en leur nom
propre, mais l’extorquèrent pour Sion.
Alors que les années passaient, les mises en garde d’hommes
responsables basés au Moyen-Orient atteignaient à nouveau le
département d’État. Ses conseillers sur le terrain ne cessaient de
rappeler que les sept États arabes n’avaient jamais accepté l’acte de
1948, qu’ils se considéraient toujours en état de guerre avec l’État
intrus, et qu’ils tenaient les États-Unis pour responsables du
financement des armes qui étaient utilisées contre eux.
Ainsi, naquit l’idée, sept ans après la fin de la guerre, d’obliger la
partie « libre » de l’Allemagne à payer des « réparations » à un État qui
n’existait même pas pendant la Seconde Guerre mondiale ; le
patronage permanent du nouvel État allait être assuré, et la véritable
source de ce soutien, dissimulée. En coulisse, cette idée s’était
ébruitée depuis longtemps, alors on lui offrit (comme pour le procès de
Nuremberg) une réalisation symbolique, la veille des fêtes juives de
Yamim Noraïm [ou « jours redoutables » - NdT] de 1952 - ou, pour
paraphraser le magazine new-yorkais Time : « Au cours de la dernière
semaine de l’année juive 5711 ». Cela constitua le thème central des
festivités juives qui suivirent, un journal juif soulignant qu’il s’agissait
du « plus beau cadeau de Nouvel An qu’on puisse imaginer pour le
peuple juif ».
Le chancelier d’Allemagne de l’Ouest occupée, le Dr Adenauer -
« blanc comme un linge » - informa le Bundestag à Bonn de
« l’obligation de s’amender moralement et financièrement ». Son
ministre de la Justice, le Dr Dehler, tint un autre discours au cours
d’une conférence à Cobourg : « L’accord avec Israël a été conclu sur le
désir des Américains, parce que les États-Unis, au vu du ressenti des
nations arabes, ne peuvent continuer à soutenir l’État d’Israël de la
même manière qu’avant ».
Les élections présidentielles de 1952 étaient alors imminentes. Le
gouvernement d’Allemagne de l’Ouest fut contraint de payer, sur une
durée de 12 à 14 ans, la somme de 822 millions de dollars à Israël,
principalement sous forme de marchandises. Le tableau résultant de
587
cette transaction rappelle d’une façon plutôt frappante le résumé fait
par Stehelin au sujet de passages de la Kabbale décrivant l’apothéose
messianique : « Mais regardons un peu la manière dont les juifs sont
censés vivre sur leur ancienne terre sous l’administration du Messie.
Tout d’abord, les nations païennes, dont ils tolèrent à peine l’existence,
devront leur construire des maisons et des villes, leur cultiver des
terres et leur planter des vignes, et tout cela, sans même attendre quoi
que ce soit en échange de ce labeur ». Ce scénario n’est pas très
différent de celui qu’on a présenté aux contribuables britanniques,
américains et allemands, qui sont soumis à différentes formes de
contrainte (dissimulées dans les deux premiers cas, et déclarées dans
le troisième) eu égard au tribut versé au sionisme.
Les populations occidentales ne furent pas informées de la
manière dont on extorqua le paiement de ce tribut ; cela leur fut
présenté comme une décision indépendante prise par le gouvernement
ouest-allemand, une décision suscitée par un grand élan de
compassion. Les lecteurs juifs, eux, furent aussi bien informés que
l’auditoire du Dr Dehler à Coburg. Deux citations l’illustrent : l’Agence
télégraphique juive « a révélé que le gouvernement des États-Unis
d’Amérique avait joué un rôle très important en poussant l’Allemagne
de l’Ouest à faire des réparations décentes aux juifs ; le gouvernement
britannique a également apporté sa contribution, mais dans une
moindre mesure », et le Zionist Herald de Johannesburg
déclara : « L’accord avec l’Allemagne n’aurait pas été possible sans le
soutien actif et très efficace du gouvernement des États-Unis à
Washington et du bureau du haut-commissaire des États-Unis en
Allemagne ». L’intégralité de la presse arabe rapporta la même chose,
et un journaliste de presse américain qui essayait de pénétrer dans un
camp de réfugiés arabes fut interdit d’accès au motif suivant : « Quel
intérêt avons-nous à parler avec vous ? Nous, les Arabes, savons très
bien qu’en Amérique, aucun journal n’ose dire toute la vérité sur la
question palestinienne ».
En Angleterre, la version officielle fut communiquée au Parlement
par Lord Reading, sous-secrétaire aux Affaires étrangères et fils du
vice-roi mentionné dans l’épisode de la question posée par le
maharadjah du Cachemire à Sir Arthur Lothian trente années plus tôt.
La déclaration de Lord Reading fut suscitée par la tactique habituelle
consistant en une « question », à cette occasion formulée par un
confrère socialiste, Lord Henderson, qui commença par dire que « plus
de six millions de juifs [avaient été] menés à la mort ». L’intérêt de la
réponse de Lord Reading demeure entier ; il déclara que les paiements
que l’Allemagne de l’Ouest verseraient à Israël seraient : « de l’ordre
d’une tentative de réparation morale, plus encore que matérielle », et
qu’ils seraient « basés sur le coût estimé lié à la réinstallation en Israël
des juifs chassés d’Europe par les nazis ».
588
Cette déclaration réaffirme implicitement le principe selon lequel
le seul crime nazi moralement répréhensible fut le traitement des
juifs ; nul ne suggéra jamais que l’Allemagne de l’Ouest devait
participer aux frais de réinstallation des Polonais, des Tchèques et de
toutes les autres victimes. L’intérêt spécifique de cette déclaration
réside dans l’allusion à des « réparations morales » ; lorsque celles-ci
furent réglées, près d’un million d’Arabes avaient été « chassés » de
Palestine par les sionistes, et leur demande de retour sur leurs terres
avait été systématiquement, et même dédaigneusement rejetée.
Le passage le plus caractéristique de cette déclaration typique est
probablement celui qui fait référence à « la réinstallation en Israël des
juifs chassés d’Europe par les nazis ». Israël est le seul endroit au
monde où la démographie juive peut être connue avec précision. Selon
les statistiques du gouvernement israélien, elle était de l’ordre de
1 400 000 en 1953, et dans ce chiffre, se trouvaient seulement 63 000
juifs (moins de cinq pour cent) originaires d’Allemagne et d’Autriche. Ces
63 000 personnes étaient les seuls habitants d’Israël dont on aurait pu
dire, par de grands efforts d’imagination, qu’ils avaient été chassés
d’Europe et réinstallés en Israël. Les flux majeurs vinrent de Pologne,
de Roumanie, de Hongrie et de Bulgarie et ce, quelque temps après la
fin de la guerre (et il est certain qu’ils ne furent pas « chassés »,
puisque dans ces pays, ils étaient protégés par des lois spécifiques et
bénéficiaient de la priorité concernant les postes dans la fonction
publique) ; ils vinrent également d’Afrique du Nord.
Il n’existait aucun fondement moral justifiant d’extorquer un
tribut aux Allemands de l’Ouest pour le remettre à l’État sioniste, et si
un seul avait jamais existé, eu égard aux 63 000 émigrants
précédemment cités, il avait depuis longtemps été annulé par
l’« expulsion » par les sionistes de près d’un million d’Arabes. Cette
affaire est unique dans l’histoire de l’Occident et prouve seulement à
quel point les gouvernements américain et britannique sont soumis au
sionisme.
L’Allemagne de l’Ouest fut contrainte de prendre en charge une
large part des coûts d’armement et de développement du nouvel État ;
avec cela, la probabilité d’un autre confit majeur augmenta, et les
perspectives pour les Arabes s’assombrirent encore plus. L’État
sioniste était soutenu dans tous les domaines, et les fruits de ce
soutien apparurent immédiatement. La mise sous « pression » du
gouvernement ouest-allemand dans cette affaire fut le dernier acte
marquant de la politique d’État américaine sous la présidence de M.
Truman, dont le mandat touchait à sa fin59.
59 En complément de cette affaire ouest-allemande : à Vienne, les grandes puissances
occidentales (agissant à cette occasion en parfait accord avec l’État soviétique) en profitèrent
pour humilier la petite Autriche (la première victime d’Hitler) en opposant leur véto à une loi
589
d’amnistie et de restitution qui aurait pu bénéficier à des non-juifs. Le gouvernement
autrichien (supposé être à nouveau « souverain » à ce moment-là) protesta par écrit auprès
du Haut-commissaire américain, l’accusant particulièrement de se soumettre aux ordres
provenant « d’émigrants autrichiens » qui faisaient partie de son personnel en tant que
« conseillers aux affaires juives ». Aucun rapport explicite concernant cet épisode n’atteignit
les lecteurs des journaux britanniques ou américains.
sionistes. La partition de la Palestine avait été finalisée par le recours à
la force. En même temps, cet événement révéla - aux Arabes, si pas
encore à l’Occident - la nature de « l’abîme auquel mène le terrorisme »,
tel que mentionné par le Dr Weizmann. À partir du 9 avril 1948,
l’Occident lui-même se retrouva au bord de cet abîme, creusé par les
actes de deux générations de politiciens.
Ainsi, la situation changea-t-elle complètement entre le 19 mars
1948, quand le gouvernement américain décida que la partition était
« inapplicable » et renversa sa politique, et le 9 avril 1948, quand le
terrorisme rendit effective la partition. Le Dr Weizmann devait toujours
être hanté par ses peurs, mais maintenant que le territoire prévu pour
établir l’État juif avait été nettoyé, il ne voulait pas, ou ne pouvait pas,
quitter cet « abîme ». L’objectif était désormais de déclencher un
second renversement de la politique américaine, d’obtenir une
reconnaissance de ce qui avait été réalisé au moyen du terrorisme, et à
cette fin , le Dr Weizmann, une fois de plus, investit toute son énergie.
Au moment du premier renversement de la politique américaine, il
avait été convoqué d’urgence à Lake Success depuis Londres, par
courrier, télégramme et téléphone, et le jour précédant l’annonce
officielle de ce renversement, il s’entretenait à nouveau à huis clos avec
le Président Truman. Alors que les jours passaient et que les nouvelles
de Deir Yassin apparaissaient brièvement dans les médias, il oeuvra
infatigablement à sa tâche suprême : obtenir la « reconnaissance » de
l’État juif mis en place par les terroristes à Deir Yassin.
L’énergie déployée par le Dr Weizman était extraordinaire. Il
assiégea à lui tout seul toutes les « Nations unies » (bien sûr, il était
reçu partout comme le représentant d’un nouveau type de
superpuissance mondiale). Par exemple, il entretenait des « relations
étroites » avec les délégués de l’Uruguay et du Guatemala, qu’il
appelait « les vaillants et fidèles défenseurs » du sionisme, ainsi qu’avec
le secrétaire général des Nations unies, qui à l’époque était un certain
M. Trygve Lie, un Norvégien. À la mi-avril, alors que la vague de Deir
Yassin lui montait jusqu’aux cou, l’Assemblée générale des Nations
unies se réunit. Clairement, le vote américain allait être décisif, et le
Dr Weizmann fait remarquer qu’il « commençai[t] à être préoccupé par
la perspective de reconnaissance de l’État juif par l’Amérique ». En
d’autres termes, la politique américaine, élaborée via le processus
constitutionnel d’échanges entre le Chef de l’exécutif et les membres
566
compétents de son cabinet, allait être encore une fois renversée sur la
demande de Chaim Weizmann.
À nouveau, les dates ont une grande importance. Le 13 mai 1948,
le Dr Weizmann rencontra le président Truman ; la course à la
candidature pour la présidence se profilait, suivie des élections
présidentielles quelques mois plus tard, c’était donc le moment idéal
pour exercer une « pression irrésistible ». Le Dr Weizmann informa le
président Truman que le mandat britannique prendrait fin le 15 mai et
qu’un gouvernement provisoire reprendrait la gestion de « l’État juif ».
Il insista pour que les États-Unis le reconnaissent « rapidement », ce
que le président s’empressa de faire avec zèle.
Le 14 mai (heure palestinienne), les sionistes de Tel Aviv
proclamaient la création de leur nouvel État. Quelques minutes plus
tard, « une information officieuse » atteignait Lake Success, affirmant
que le président Truman l’avait reconnu. Les délégués américains (qui
n’avaient pas été informés) « étaient incrédules », mais « après de
nombreuses hésitations », ils prirent contact avec la Maison Blanche et
en reçurent les instructions du Dr Weizmann, transmises par
l’intermédiaire du président. Le Dr Weizmann se rendit immédiatement
à Washington en tant que président du nouvel État, et le président
Truman accueillit son invité, annonçant par la suite que le moment de
la reconnaissance fut « le moment de sa vie dont il est le plus fier ».
Huit ans plus tard, le président Truman décrivit dans ses
mémoires les circonstances qui amenèrent « le moment de sa vie dont
il est le plus fier », et il semble approprié de citer ici son compte-rendu.
Décrivant la période de six mois (depuis le « vote de la partition » en
novembre 1947 jusqu’à la « reconnaissance » en avril 1948), il écrit :
« Le Dr Chaim Weizmann… me rendit visite le 19 novembre, et
quelques jours plus tard, je reçus une lettre de sa part ». Ensuite, M.
Truman cite cette lettre, datée du 27 novembre ; dans celle-ci, le Dr
Weizmann fait référence à des « rumeurs » selon lesquelles « nos
hommes ont exercé des pressions excessives et abusives sur certaines
délégations » (des Nations unies), et, parlant en son nom, il déclare que
« ces accusations n’ont aucun fondement ». M. Truman commente :
« Les faits prouvent que non seulement, il y avait des pressions autour
des Nations unies sans pareil à tout ce qui s’était jamais vu auparavant,
mais encore, la Maison Blanche subissait elle aussi un harcèlement
incessant. Je pense n’avoir jamais vu autant de pressions et de
propagande ciblant la Maison Blanche qu’à cette époque-là. L’opiniâtreté
de certains dirigeants extrémistes du sionisme – animés par des
desseins politiciens et proférant des menaces politiques - me perturbait et
m’irritait. Certains suggéraient même que nous exercions des pressions
sur des nations souveraines afin qu’elles aillent dans le sens d’un vote
favorable à l’Assemblée générale [des Nations unies] ».
567
Les « menaces politiques » mentionnées dans cet extrait font
manifestement référence à la campagne pour la réélection de M.
Truman, qui approchait ; c’est la seule interprétation raisonnable de ce
passage. M. Truman (selon le Dr Weizmann) promit, durant l’entretien
du 19 novembre, « de contacter immédiatement la délégation
américaine », et ensuite le vote américain fut donné, le 29 novembre,
soutenant la « recommandation » d’une partition de la Palestine. Ainsi,
la colère du président Truman (tel que mentionné dans son récit de
1956) concernant les méthodes employées ne retarda aucunement le
moment auquel il leur céda en 1947 (si cela n’avait pas été rendu
évident, le lecteur de ses Mémoires pourrait en retirer une
interprétation différente).
M. Truman (en 1956) nota les conséquences de la « solution » (la
recommandation d’une partition) qu’il soutint en novembre 1947 :
« chaque jour, de nouveaux actes de violence en Terre sainte étaient
rapportés ». Il remarqua également que sa capitulation de novembre et
le déni du Dr Weizmann concernant une « pression excessive »
n’eurent aucun effet au cours des mois qui suivirent : « La pression
juive sur la Maison Blanche ne diminua pas au cours des jours suivant le
vote des Nations unies pour la partition. Des individus et des groupes me
demandaient, généralement sur un ton plutôt querelleur et passionné,
d’arrêter les Arabes, de faire cesser le soutien britannique aux Arabes,
de mobiliser des soldats américains, de faire ceci, cela et son contraire »
(ceci illustre la description de Disraeli concernant « le monde […] dirigé
par des personnages très différents de ce que peuvent imaginer ceux
qui ne sont pas dans les coulisses »).
Le président chercha refuge dans l’isolement : « Comme la
pression augmentait, il me sembla nécessaire de donner des directives
selon lesquelles je ne souhaitais plus être approché par aucun porteparole
de la cause extrémiste sioniste. Je me sentais tellement
déstabilisé que je refusai de rencontrer le Dr Weizmann, qui était revenu
aux États-Unis et avait demandé à s’entretenir avec moi ». En 1956, M.
Truman considérait manifestement le report d’un entretien avec le Dr
Weizmann comme une mesure tellement drastique qu’elle méritait
d’être consignée dans les annales. Il reçut ensuite la visite (le 13 mars
194
souffrances subies par le peuple juif au-delà de nos frontières » (cette
visite eut lieu moins d’un mois avant le massacre de Deir Yassin), et
qui l’implora de recevoir le Dr Weizmann, ce que le président Truman
fit immédiatement (le 18 mars).
C’était le jour qui précédait l’annulation du soutien américain à la
recommandation de partition (le 19 mars). M. Truman raconte que
lorsque le Dr Weizmann le quitta (le 18 mars), « je sentis qu’il avait
parfaitement compris ma politique, et je pensai savoir ce qu’il voulait ».
568
M. Truman ne fait pas mention des semaines sanguinaires qui
suivirent (il ne mentionne pas Deir Yassin), sauf par une déclaration
indirecte comme quoi « les spécialistes du Proche-Orient au sein du
département d’État étaient, presque tous sans exception, hostiles à
l’idée d’un État juif… Je suis désolé de dire que certains d’entre eux
versaient également dans l’antisémitisme ». Son récit reprend son
cours deux mois plus tard (le 14 mai, après Deir Yassin et son bain de
sang), en déclarant : « La partition ne se déroulait pas exactement de la
manière pacifique que j’avais espérée, mais le fait est que les juifs
contrôlaient le territoire où vivait leur peuple… Maintenant que les
juifs étaient prêts à proclamer l’État d’Israël, je décidai de réagir
immédiatement et de déclarer la reconnaissance américaine de cette
nouvelle nation. Environ trente minutes plus tard, exactement onze
minutes après que l’État d’Israël eut été proclamé, Charlie Ross, mon
attaché de presse, annonça aux médias la reconnaissance de facto du
gouvernement provisoire israélien par les États-Unis. On me rapporta
que pour certains cadres du département d’État, cette nouvelle fut une
vraie surprise ».
Dans ses Mémoires, M. Truman ne rappelle pas sa déclaration de
1948 selon laquelle ce fut « le moment de sa vie dont [il est] le plus
fier » ; il n’explique pas non plus pourquoi il éprouva ce sentiment -
après de nombreux mois de « pression » et de « menaces politiques »
subies par une Maison Blanche assiégée, à tel point qu’il avait été à un
moment donné obligé de se dédire - ne serait-ce que pendant une
période brève - même devant le Dr Weizmann ! Pour les besoins de ce
récit, il sort désormais quasiment de l’histoire, ayant rempli son rôle. Il
fut élu président six mois après son moment le plus glorieux, et à
l’heure où ce livre est rédigé, il semble prêt à vivre vingt ans de plus,
homme sémillant et quelque peu exubérant sur lequel les
conséquences des actes auxquels son nom est associé semblent avoir
eu aussi peu d’effet que la furie d’un cyclone océanique sur un
bouchon qui flotte. (En 1956, il rejoignit le groupe de ceux ayant
obtenu un diplôme honorifique de la vénérable université d’Oxford, où
une enseignante éleva une voix solitaire et ignorée contre l’octroi de ce
titre au dirigeant dont le nom est surtout connu pour avoir été associé
à l’ordre de larguer des bombes atomiques sur Nagasaki et Hiroshima).
Après que le président Truman eut fièrement reconnu ce qui avait
été fait en Palestine entre novembre 1947 et mai 1948, les discussions
aux « Nations unies » devinrent insignifiantes, et le Dr Weizmann (qui
dans sa lettre du 27 novembre 1947 adressée au président Truman
avait énergiquement nié le recours à « une pression excessive ») se
remit à l’ouvrage pour obtenir d’autres reconnaissances, afin que la
question ne fasse plus débat. Il apprit qu’à Londres, M. Bevin « faisait
pression sur les dominions britanniques… afin qu’ils refusent la
569
reconnaissance », et il montra immédiatement qui était le plus grand
expert pour ce qui est d’exercer la « pression ».
D’un point de vue historique, ce moment fut capital, parce qu’il
montra pour la première fois que le sionisme, qui avait si
profondément divisé la communauté juive, avait divisé l’Empire
britannique, ou Commonwealth ; ce qu’aucune menace de guerre ou
danger n’avait jamais accompli, « la pression irrésistible exercée sur la
politique internationale » l’accomplit habilement. Tout à coup, Sion
révéla sa suprématie dans des capitales aussi éloignées de la scène
centrale qu’Ottawa, Canberra, Le Cap ou Wellington.
Ceci donna la preuve d’un superbe travail d’équipe et d’une
excellente synchronisation ; l’organisation secrète devait avoir produit
des miracles, en quelques décennies, pour obtenir l’obéissance, au
moment décisif, des « politiciens de premier plan » au Canada, en
Australie, en Afrique du Sud et en Nouvelle-Zélande. Ces pays étaient
éloignés de la Palestine ; ils n’avaient aucun intérêt à semer les germes
d’une nouvelle guerre mondiale au Moyen-Orient ; leur proportion de
juifs était faible. Pourtant, leur soumission fut instantanée. La
puissance mondiale était en action.
L’importante signification de ce qui se produisit pourrait
nécessiter une explication pour les lecteurs non-britanniques. Les
liens entre la Grande-Bretagne et les nations d’outre-mer qui en
dépendent, bien qu’intangibles et ne reposant sur aucune contrainte,
avaient fait preuve dans les situations de crise d’une force mystérieuse
aux yeux des profanes. Une anecdote pourrait l’illustrer.
Le général de brigade néo-zélandais George Clifton rapporte que
lorsqu’il fut capturé en 1941 dans le Sahara occidental, il fut présenté
au maréchal Rommel, qui demanda : « Pourquoi vous, les Néo-
Zélandais combattez-vous ? Il s’agit d’une guerre européenne, pas de
la vôtre ! Etes vous ici pour le divertissement ? »
Le général de brigade Clifton fut perplexe à l’idée d’expliquer
quelque chose qui lui semblait tellement naturel : « Réalisant qu’il était
tout à fait sérieux et sincère dans son questionnement, et n’ayant
jamais essayé auparavant de mettre des mots sur ce qui, pour nous,
était une évidence, c’est-à-dire que si la Grande-Bretagne combattait,
alors nous combattions aussi, je levai la main, les doigts joints, et dit :
“Nous sommes unis. Si vous attaquez l’Angleterre, vous attaquez aussi
la Nouvelle-Zélande, et l’Australie et le Canada aussi. Le
Commonwealth britannique combat ensemble” ».
Cela était vrai, eu égard aux individus, mais ce n’était plus vrai eu
égard aux « politiciens de premier plan ». À travers eux, la conspiration
venant de Russie avait trouvé le défaut de la cuirasse. La « pression » à
Wellington (et dans les autres capitales) fut aussi puissante et efficace
570
que celle exercée à la Maison Blanche. Dans ce cas spécifique (la
Nouvelle-Zélande), un personnage emblématique de cette époque et de
ce groupe de serfs était un certain M. Peter Fraser, Premier ministre de
Nouvelle-Zélande. Nul n’aurait pu avoir moins de raisons d’haïr, ou
même de savoir quoi que ce soit sur les Arabes, mais il était leur
ennemi implacable, parce qu’il était devenu, pour une raison ou pour
une autre, un esclave de plus du sionisme. Ce pauvre garçon d’écurie
écossais, qui se rendit de l’autre côté de la planète et y trouva gloire et
fortune, attrapa apparemment ce virus au cours de ses jeunes années
influençables passées à Londres (alors que ces idées s’y répandaient
parmi les jeunes hommes politiques ambitieux) et l’emmena avec lui
dans ce nouveau pays, si bien que des années plus tard, il employa
toute son énergie et le pouvoir de sa fonction à la destruction de gens
inoffensifs en Palestine ! Lorsqu’il mourut en 1950, un journal sioniste
écrivit à son propos :
« C’était un sioniste convaincu…il était très occupé par la direction de
la délégation de son pays aux Nations unies lors de l’Assemblée
générale à Paris, mais il accorda beaucoup de temps et d’attention au
problème de la Palestine… assistant chaque jour aux réunions du
Comité politique lorsque la question palestinienne était abordée. Il ne
quitta pas un instant la salle, aucun détail ne lui échappa… C’était le
seul Premier ministre au sein du Comité, et il le quitta dès que le dossier
palestinien fut bouclé… À plusieurs reprises, Peter Fraser se retrouva à
voter contre le Royaume-Uni, mais cela lui était égal… Il resta un ami
jusqu’à son dernier jour ».
Un individu animé de cette ambition atypique pensait
certainement très différemment du général de brigade Clifton et de ses
semblables, et s’il avait connu le point de vue de son Premier ministre,
le brigadier général Clifton aurait eu beaucoup plus de mal à trouver
quoi répondre au maréchal Rommel. Comme il accordait tellement
d’énergie au sionisme, on ne pouvait attendre de M. Fraser qu’il ait à
coeur l’intérêt de son pays, et la Nouvelle-Zélande entra dans la
Seconde Guerre mondiale sans aucune préparation, si bien qu’en
1941, lorsqu’il rencontra à Port-Saïd des combattants survivants néozélandais
revenant de Crête et de Grèce, il les trouva « hagards, mal
rasés, salis par les combats, beaucoup d’entre eux blessés, tous dans
un sale état physique et mental, tous tourmentés par la perte de tant
de bons “camarades” ; M. Fraser était en partie responsable de cela »
(général de brigade Clifton). Avec cet homme comme Premier ministre,
la reconnaissance rapide par la Nouvelle-Zélande de ce qui avait été
fait en Palestine était assurée, même si les Néo-Zélandais n’en savaient
pas grand-chose.
En Afrique du Sud, le Dr Weizmann, dans sa stratégie de
déstabilisation de M. Bevin, se tourna immédiatement vers le général
Smuts, dont le lecteur a fait la connaissance bien plus tôt dans ce
571
récit. Par hasard, je me trouvais en Afrique du Sud à ce moment-là.
Un émissaire bien connu du sionisme prit en urgence un vol depuis
New York, et lorsque j’appris son arrivée par la presse, je devinai ce qui
allait suivre. (Cet homme parla devant un auditoire sioniste, déclarant
que « les juifs n’ont pas à se sentir retenus par les frontières que les
Nations unies pourraient établir, quelles qu’elles soient » ; la seule
objection à cette déclaration dont je puisse témoigner vint d’un
dissident juif, qui dit que de tels mots présageaient mal d’une paix
future).
Le général Smuts reçut ce visiteur venu des airs et annonça
immédiatement la « reconnaissance », uniquement pris de vitesse par
le président Truman et le dictateur soviétique Staline (qui sur ce point
étaient tous deux parfaitement d’accord) : il s’agit là, je crois, du
dernier acte politique du général Smuts, puisqu’il perdit les élections
deux jours plus tard. Son fils l’avait fortement mis en garde contre la
reconnaissance, soutenant qu’elle lui ferait perdre des voix. Le général
Smuts balaya ce conseil (ce qui est pertinent, d’un point de vue
électoraliste, puisque ses adversaires étaient sans aucun doute prêts à
surenchérir pour obtenir les voix sionistes, et il n’y avait pas d’électeur
arabe en Afrique du Sud).
La renommée du général Smuts dans tout le Commonwealth (et
son impopularité auprès de ses compatriotes boers) reposait
entièrement sur la croyance collective qu’il était l’architecte de la
« réconciliation entre les Anglais et les Boers » ainsi qu’un fervent
supporter du concept de grande famille. Sur cette question, il
abandonna le gouvernement de Londres en difficulté avec une
obéissance absolue, fruit d’une discipline inculquée pendant des
années. Je réalisai à cette époque une vieille ambition, qui était de le
rencontrer. Il atteignait alors la fin de sa vie, et quitte désormais lui
aussi ce récit ; mais avant de mourir, à l’instar du Dr Weizmann, il
avait vu « l’abîme » qu’il avait aidé à creuser : « au coeur du problème
palestinien » (dit-il à son fils plus tard au cours de cette année 194
« se trouve une tragédie qui est à notre porte… Il n’est pas étonnant que
la Grande-Bretagne soit écoeurée et fatiguée par toute cette affaire.
L’échec en Palestine ne sera pas seulement un échec britannique.
D’autres nations ont également joué un rôle, y compris l’Amérique, et
elles ont aussi échoué. La Palestine… représente l’un des grands
problèmes de notre monde, et peut avoir d’immenses conséquences
sur l’avenir de celui-ci… Nous avons pensé laisser les Arabes et les
Juifs se battre entre eux, mais nous ne pouvons pas faire cela. Le
Pouvoir est en marche, et la Palestine se trouve sur sa route ».
Il parla ainsi en privé, mais pas en public. Apparemment, les
politiciens, comme les clowns au cirque, sentent qu’ils doivent
toujours porter leur masque en public : à l’instar de M. Truman, il fit
572
sans tarder ce que le Dr Weizmann lui ordonnait, et en 1949, devant
un auditoire sioniste, il déclara même qu’il était « heureux d’avoir
contribué, au cours de ma vie, à au moins une chose qui ait réussi ».
La retraite par rapport à Londres se changea en débâcle. Le Dr
Weizmann raconte que le représentant de la Nouvelle-Zélande, Sir Carl
Berendsen, « obtint alors le soutien de l’Australie », et rapidement, les
« politiciens [canadiens] de premier plan » lui emboîtèrent le pas.
Lorsque les dominions britanniques suivirent M. Truman et le
généralissime Staline, les Ètats plus petits se hâtèrent d’accorder leur
« reconnaissance » ; ils ne pouvaient refuser d’avancer là où les grands
s’étaient pressés, et ainsi, « l’État juif « se concrétisa-t-il « de facto »,
son acte fondateur étant le massacre de Deir Yassin.
Bien qu’il en devint le président, il s’agit en vérité du moment où
le Dr Chaim Weizmann se retire de la scène, après cinquante ans
d’une activité essentiellement conspiratrice, qui inclut la capitulation
de tous les dirigeants occidentaux et laissa la « tragédie », comme un
enfant abandonné, sur le pas de la porte de la communauté
occidentale. Je ne saurais guère où trouver une existence aussi
fascinante, et un autre écrivain pourrait même la décrire en termes
héroïques. À mes yeux, elle semble avoir été orientée à des fins
destructrices, et le Dr Weizmann, dont la mort était proche lorsqu’il
atteignit la victoire, découvrit que celle-ci était une coupe d’amertume,
peut être même une coupe mortelle.
En tous les cas, j’en juge ainsi d’après son livre, dont la dernière
partie est la plus passionnante. Il fut publié en 1949, de sorte que
l’auteur aurait pu, au moins, mener son récit jusqu’au point
maintenant atteint par celui-ci. Il ne le fit pas. Il termina son récit en
1947. Pourquoi fit-il ce choix ?
Je pense que la réponse est évidente. En 1946 , il avait averti
l’Organisation sioniste mondiale contre la « terreur », avait décrit
« l’abîme » auquel « le mal ancien » menait inévitablement, et avait été
remercié en conséquence. Puis, il était devenu président du nouvel
État mis en place grâce à la « terreur ». Je pense qu’il souhaitait mettre
par écrit ses avertissements à la communauté juive, et qu’il ne put se
décider à parler des actes de terreur et d’assassinats grâce auxquels le
nouvel État était né, si bien qu’il fit mine de terminer le manuscrit
avant que ces faits ne se produisent.
Il établit la date de clôture de la rédaction au 30 novembre 1947,
le lendemain de son triomphe à Lake Success (lorsque le président
Truman, sur sa sollicitation, appela la délégation américaine afin
qu’elle vote pour la partition). Manifestement, il souhaitait que le livre
se termine sur cette note. Le retournement de la politique américaine,
et les actes contre lesquels il avait prononcé des avertissements,
573
eurent lieu juste après, et comme le livre ne devait pas être publié
avant 1949, il disposait de beaucoup de temps pour exprimer son
opinion sur ces événements. Tout ce qu’il fit fut de rajouter un
épilogue dans lequel il n’aborda même pas l’étape déterminante de
Deir Yassin - la réponse méprisante à ses avertissements. De plus, il
se mit à nouveau en quatre pour dire que cet épilogue était terminé en
août 1948 ; ce qui le dispensa de faire référence au prochain acte
terroriste, l’assassinat du comte Bernadotte, qui eut lieu en septembre
1948. Manifestement, le Dr Weizmann se rétractait. Il s’était associé à
ce massacre et à ce meurtre en acceptant et en conservant la
présidence du nouvel État.
C’est pour cette raison que ses précédentes mises en garde sont
d’une grande importance ; il aurait pu les retirer avant publication. Par
exemple, il accusa « les terroristes » (entre les mains desquels il mit
l’avenir de la Palestine, et pas seulement de la Palestine) d’essayer de
« forcer la main de Dieu ». Cela était sans conteste l’hérésie du
sionisme, de tous ceux qui le soutenaient - qu’ils soient juifs ou gentils
- depuis le tout début, et du Dr Weizmann plus que tout autre. Il
ajoute : « Les groupes terroristes en Palestine constituaient un grave
danger pour l’avenir entier de l’État juif ; en fait, leur comportement était
proche de l’anarchie ». C’était l’anarchie, et non pas proche de
l’anarchie, de même que l’effort de toute une vie du Dr Weizmann était
anarchique. Même dans cet argument, ce n’est pas le dégoût moral qui
l’animait ; sa plainte ne portait pas sur la nature destructrice de
l’anarchie en tant que telle, mais simplement sur le fait qu’elle était
inopportune, « parce que les juifs détiennent des otages dans le monde
entier ».
Le lendemain même de son triomphe à Lake Success, il revint à
son nouveau thème : « Il ne doit pas y avoir une loi pour les Juifs et
une autre pour les Arabes… On doit donner aux Arabes le sentiment
que la décision des Nations unies est définitive et que les Juifs ne
s’introduiront pas dans les territoires situés au-delà des frontières qui
leur ont été assignées. Cette peur existe chez de nombreux Arabes, et
cette peur doit être éliminée par tous les moyens possibles… Ils
doivent voir dès le départ qu’au sein de l’État juif, leurs frères sont
traités exactement comme les citoyens juifs… Nous ne devons pas
nous prosterner devant des dieux païens. Les prophètes ont toujours
puni le peuple juif avec la plus grande sévérité pour cette inclination,
et à chaque fois qu’il retourna au paganisme, à chaque fois qu’il revint
en arrière, il fut puni par l’inflexible dieu d’Israël… Je suis certain que
le monde jugera l’État juif à la façon dont il traitera les Arabes ».
Tu le dis56 ! À cette occasion, le Dr Weizmann revêtit la robe d’un
prophète israélite, ou peut-être la couronne du roi Knut ordonnant aux
56 Allusion à la réplique de Jésus à Ponce Pilate - Matthieu, XXVII-11 - NdT
574
vagues de s’écarter. Lorsque ces mots furent publiés, les Arabes
avaient déjà été expulsés de leur terre natale, les juifs s’étaient
« introduits » dans les territoires situés au-delà des frontières
précédemment « recommandées », et les Arabes n’étaient pas « traités
exactement comme les citoyens juifs », mais étaient devenus des
fugitifs sans foyer et sans ressources. Le Dr Weizmann prétendait ne
pas savoir tout cela ! Il ignora tout ce qui avait eu lieu et déclara que
cela ne devait pas avoir lieu. On aurait du mal à surpasser une telle
démonstration d’hypocrisie, même dans le domaine de la politique.
L’explication probable est qu’il n’arrivait toujours pas à se décider à
dénoncer ce qui avait été commis mais, comme sa mort approchait, il
ressentait le besoin d’attirer l’attention sur ses conséquences. Des
conséquences que, dès le début, l’oeuvre de toute sa vie était destinée à
produire, si cette oeuvre aboutissait. Finalement, il cria « En
arrière toute ! », mais en vain.
Un plus grand homme que lui hurla son horreur et lia les
conséquences aux actes, qu’il n’eut pas peur de nommer. Le Dr Judah
Magnes se situait dans la ligne directe des Israélites dissidents de
jadis. Il était né en Amérique en 1877, et, comme le Dr Weizmann,
avait consacré sa vie au sionisme, mais d’une manière différente.
C’était un sioniste religieux, et non politique, et il n’avait pas la
présomption de « forcer la main de Dieu ». Dès le début, il avait oeuvré
à la création d’un État judéo-arabe binational, et avait attaqué le
chauvinisme sioniste dès sa première manifestation. Il devint
« président honoraire de l’université Hébraïque de Jérusalem en 1925
(après s’être violemment opposé au Dr Weizmann au sujet de la
pompeuse cérémonie de pose de la première pierre en 1918), puis la
présida à partir de 1935 ; en 1948, il se trouvait à Jérusalem. Il fut
consterné par l’apparition du « mal ancien sous une forme nouvelle et
horrible », et fit un discours d’adieu déplorant et condamnant les
sionistes ainsi que les dirigeants occidentaux :
« Les réfugiés ne devraient jamais être instrumentalisés et brandis
tels une carte maîtresse par les hommes politiques. Il est déplorable,
et même incroyable, qu’après tout ce que les juifs d’Europe ont
traversé, un problème de réfugiés arabes soit créé en Terre sainte ».
Il mourut juste après cette déclaration, et je n’ai pas réussi à
connaître les circonstances de sa disparition ; dans les ouvrages juifs,
les mentions relatives à cet événement sont souvent laconiques et
ressemblent à celles concernant l’effondrement et la mort soudaine du
Dr Herzl. Par exemple, une de ces allusions (dans la préface du livre
écrit par le rabbin Elmer Berger en 1951) dit qu’ « il est mort d’une
crise cardiaque ».
Avec le Dr Magnes, c’était un autre pacifiste juif qui rejoignait le
groupe des hommes responsables qui depuis cinquante ans tentaient
575
vainement de maintenir l’Occident (et les juifs) hors de l’emprise de la
conspiration talmudique de Russie. Il créa puis quitta une
organisation, l’Association Ihud, qui parle encore en son nom, et même
depuis Jérusalem. Son porte-parole à Jérusalem, le mensuel NER,
déclara en décembre1955 :
« Finalement nous devrons révéler ouvertement la vérité :
Fondamentalement, nous n’avons aucun droit d’empêcher le retour
des réfugiés palestiniens sur leurs terres… Quel combat Ihud devraitil
mener ? Transformer la poudrière permanente (qu’est l’État d’Israël,
selon le ministre Pinhas Lavon) en une terre de paix. Et quelles armes
Ihud doit-il utiliser ? L’arme de la vérité… Nous n’avions pas le droit
d’occuper une maison arabe sans en payer d’abord le prix ; de même
pour les champs et les vergers, les magasins et les usines. Nous
n’avons absolument aucun droit de coloniser et de concrétiser le
sionisme au détriment d’autrui. C’est du vol, c’est du banditisme…
Nous faisons à nouveau partie des pays très riches, mais nous
n’avons pas honte de voler les biens des fellahin ».
Actuellement, ce point de vue est encore peu répandu au sein de
la communauté juive (à ce sujet, le Dr Albert Einstein avait la même
opinion : « Ma perception de la nature profonde du judaïsme est
incompatible avec la notion d’un État juif entouré de frontières, d’une
armée et de quantité de pouvoirs temporels, même s’ils sont limités ;
j’ai peur des dégâts internes que le judaïsme devra endurer », 1950),
mais c’est le seul point de vue qui offre à la communauté juive l’espoir
d’échapper définitivement au sionisme des Khazars. Aujourd’hui, il est
probable, si ce n’est certain, que cette libération ne pourra avoir lieu
qu’après la tribulation finale au cours de laquelle l’aventure abjecte en
Palestine devra impliquer les multitudes occidentales, y compris les
juifs parmi celles-ci.
Un dernier point doit être signalé au sujet de la création « de
facto » de l’État sioniste ; à savoir, qu’il est l’enfant de la révolution. La
révolution permit aux juifs de « devenir majoritaires en Palestine »,
conformément à ce que les auteurs britanniques de la déclaration
Balfour de 1917 avait souhaité, et cette transformation en Palestine
n’aurait pu être réalisée d’aucune autre manière, puisqu’aucun autre
grand groupe de juifs n’aurait pu être amené à se rendre là-bas. Ce
mouvement de masse n’était possible que pour les juifs de l’Est, qui
vivaient depuis des siècles dans la stricte application des règles
talmudiques, et la manière dont ils furent transférés en Palestine a été
décrite ici. En 1951, les statistiques du gouvernement israélien
montraient qu’au sein de la « majorité » qui avait été constituée
(approximativement 1 400 000 juifs), 1 061 000 personnes étaient
nées à l’étranger, et parmi celles-ci, 577 000 venaient des pays
communistes situés au-delà du Rideau de Fer, pays où les non-juifs
n’avaient pas le droit de se déplacer ne serait-ce que d’une ville à une
576
autre sans autorisation de la police ou de quelqu’autre autorité.
(L’essentiel des 484 000 restants étaient des juifs nord-africains ou
asiatiques qui arrivèrent après l’établissement de l’État, et donc ne
participèrent pas à sa violente appropriation).
Par conséquent, les envahisseurs étaient des juifs de l’Est
d’origine tataro-mongole, mais leur nombre seul n’aurait pas suffi à
assurer la victoire. Ils avaient besoin d’armes pour cela. Pendant la
guerre, le général Wavell avait informé M. Churchill que les juifs, si on
le leur permettait, pourraient « battre les Arabes », et manifestement, il
basait ce jugement sur les armes que, comme il le savait, les sionistes
avaient accumulées. À cette époque, il ne pouvait s’agir que d’armes
britanniques ou américaines, obtenues clandestinement depuis les
arsenaux des armées alliées localisées en Afrique du Nord et au
Moyen-Orient (comme il a été montré précédemment, les dirigeants de
Londres et Washington, bien qu’ils ne l’approuvassent pas
officiellement, fermèrent les yeux sur ce procédé). Le général Wavell,
bien que son opinion se révélât correcte, surestimait peut-être à
l’époque la puissance sioniste, ou sous-estimait la résistance arabe,
car les sionistes, après l’événement, n’attribuèrent pas leur succès aux
armes qu’ils avaient obtenues des Alliés. Au contraire, ils pensèrent
qu’ils devaient leur victoire, obtenue après six mois de combats (entre
le vote pour la « partition » et Deir Yassin) aux armes qu’ils avaient
reçues de la révolution. Le Rideau de Fer, qui s’était ouvert pour
laisser passer les envahisseurs de la Palestine, s’était réouvert pour
permettre qu’une quantité substantielle d’armes leur soit livrée.
Ce fut la première conséquence majeure de l’ordre donné par le
général Eisenhower - sous la direction du président Roosevelt -
d’arrêter les forces alliées à l’ouest de la ligne Berlin-Vienne, et de
permettre que la Tchécoslovaquie revienne aux Soviétiques ; les armes
venaient de ce pays annexé, où le grand arsenal Skoda, suite à cet
ordre, était simplement passé des nazis aux communistes. Quelques
semaines après que le président Truman eut reconnu l’État sioniste, le
New York Herald Tribune publia ce reportage en provenance d’Israël :
« Le prestige russe s’est extrêmement accru au sein de toutes les
familles politiques… De par son soutien constant à la cause
israélienne au sein des Nations unies, l’Union soviétique a augmenté
son crédit auprès des sympathisants de gauche, de droite et des
modérés. Fait peu connu et peut être encore plus important pour une
nouvelle nation combattant pour son existence : la Russie a fourni
une aide matérielle lorsqu’une aide matérielle était nécessaire… La
Russie a ouvert ses arsenaux militaires à Israël. Les juifs ont réalisé
certains de leur achats les plus importants et probablement les plus
volumineux auprès de la Tchécoslovaquie, nation satellite de l’Union
soviétique. Certaines livraisons d’armes tchèques à Israël à des
moments critiques de la guerre ont joué un rôle capital… Lorsque les
577
troupes juives ont défilé la semaine dernière le long de la rue Allenby
à Tel Aviv, de nouveaux fusils tchécoslovaques sont apparus à
l’épaule des soldats d’infanterie » (5 août 1948).
À cette époque, en Occident, la presse sioniste et celle contrôlée
par les sionistes commença à assimiler explicitement « antisémitisme »
à « anticommunisme » (l’attribution au communisme d’origines juives
et d’un leadership juif avait été depuis longtemps dénoncée comme
étant la caractéristique de « l’antisémite »). Par exemple, en juin 1946,
le journal juif de Chicago Sentinel avait déjà déclaré : « Nous
reconnaissons l’anti-soviétisme pour ce qu’il est réellement… Avezvous
jamais entendu parler, où que ce soit dans le monde, d’
antisémites qui n’étaient pas également anti-soviétiques ?… Nous
reconnaissons nos ennemis. Reconnaissons également nos amis, le
peuple soviétique ». Dans les écoles du nouvel État lui-même, le
drapeau de la révolution était hissé et son hymne entonné chaque
premier mai, reconnaissance ostensible d’une affinité, si ce n’est d’une
filiation. En janvier 1950, le correspondant du Times de Londres à Tel
Aviv rapporta que la Tchécoslovaquie fournissait encore des armes à
l’État sioniste.
Voilà pour la naissance d’ « Israël » et les souffrances qu’elle
infligea aux autres. Aucun enfant issu de l’illégitimité politique ne fut
jamais soutenu à sa naissance par autant de parrains ; les
« reconnaissances » affluaient, et partout les pacifistes étaient
déconfits. M. Bevin continua son mandat pendant quelques années,
puis démissionna peu avant sa mort ; le général Marshall et M.
Forrestal furent éliminés à la première occasion, manifestement pour
décourager ceux qui auraient pu prendre leur propre devoir trop au
sérieux.
En quelques semaines, le nouvel État fit un nouveau pas vers
« l’abîme » du « mal ancien ». Les « Nations unies », ayant accepté post
facto la partition de l’Europe et recommandé la partition de la
Palestine, montrèrent un intérêt tardif pour la « paix » et firent appel
au comte suédois Folke Bernadotte pour qu’il se rende en Palestine
jouer le rôle de médiateur entre les deux parties. Le comte Bernadotte
s’était toujours consacré à apaiser les souffrances humaines, et en
particulier à l’aide et au sauvetage des victimes juives au cours de la
Seconde Guerre mondiale. Il oeuvra sous la bannière croisée (la Croix
rouge) et fut tué à l’endroit même où la Croix devint pour la première
fois symbole de foi et d’espoir. Aucun acte ne peut être plus atroce que
le meurtre, commis par l’une des parties en conflit, d’un pacifiste et
médiateur reconnu, et quatre mois après sa création, l’État sioniste
ajouta ce second acte symbolique à son histoire57.
57 Il fut assassiné par des membres du groupe clandestin juif Lehi. Le Lehi était décrit
comme une organisation terroriste par les autorités britanniques, le Yichouv traditionnel et
578
Le comte Bernadotte (comme M. Forrestal) tenait un journal, qui
fut publié après sa mort. Il relate qu’après avoir accepté sa mission
pour la paix, il passa par Londres et reçut la visite du Dr Nahun
Goldman, alors vice-président de l’Agence juive et représentant de
l’État sioniste, qui lui dit : « l’État d’Israël est désormais en mesure
d’assumer l’entière et totale responsabilité des actes commis par le
groupe Stern et les membres de l’Irgoun ».
Il s’agissait des bandes de meurtriers dont le massacre de Deir
Yassin avait déclenché l’évacuation du territoire au profit des sionistes,
et avait implicitement été « reconnu » par l’Occident. C’étaient les
« activistes » contre lesquels le Dr Weizmann avait émis des
avertissements au Congrès sioniste de 1946. Deir Yassin avait montré
qu’ils avaient le pouvoir, par des actes terroristes calculés, de modifier
totalement le cours des affaires internationales, quels que soient les
propos des dirigeants sionistes, des hommes politiques occidentaux ou
des « Nations unies ».
Ils détiennent ce pouvoir aujourd’hui, en 1956, et continueront à
le détenir. À tout instant, ils peuvent précipiter le monde dans une
nouvelle guerre, car on les a placés à l’endroit le plus explosif du globe,
très justement qualifié de « poudrière » par un secrétaire d’État
américain, un ministre des Affaires étrangères britannique et le
Premier ministre sioniste en personne. Jusqu’au moment où le Dr
Nahum Goldman fit au comte Bernadotte la déclaration citée
précédemment, on avait entretenu le mensonge selon lequel ils étaient
hors du contrôle des dirigeants sionistes « responsables », qui
déploraient de tels actes. L’affirmation rassurante du Dr Goldman
avait probablement pour objectif de convaincre le comte Bernadotte
que son travail de médiation ne serait pas gratuitement détruit par un
acte tel que celui de Deir Yassin. Les terroristes assassinèrent alors le
comte Bernadotte lui-même, et par la suite (comme on le montrera), le
gouvernement israélien assuma la responsabilité de ces actes et de
ceux qui les avaient commis.
Après avoir entendu ces propos rassurants, le comte Bernadotte
entama sa mission de pacification. En Égypte, il rencontra le Premier
ministre, Nokrachi Pacha, qui déclara « reconnaître la portée de la
puissance économique juive, puisque celle-ci contrôle l’économie de
nombreux pays dont les États-Unis, l’Angleterre, la France, l’Égypte et
peut-être même la Suède » (le comte Bernadotte ne contredit pas cette
dernière affirmation). Nokrachi Pacha dit que les Arabes n’espéraient
le médiateur des Nations unies, Ralph Bunche. Leurs documentations reconnaissaient cette
étiquette et ces actions terrorises tant qu’elles ciblaient des représentants britanniques. Ce
groupe est aussi connu sous le nom de groupe Stern (d’après le nom de son premier chef
Avraham Stern), une étiquette acusatrice initialement donnée par les Britanniques qui
continue à être utilisée dans nombre de récits historiques. Le terme groupe Stern était
également utilisé à l’époque.
579
pas échapper à cette domination. Toutefois, que les juifs établissent une
domination économique de toute la Palestine était une chose ; mais ce
que les Arabes n’accepteraient pas, et rejetteraient, serait la tentative
de mettre en place un État sioniste coercitif en ayant recours à la force
et au terrorisme, et ce avec l’assistance du sionisme mondial. Après
cela, le roi Farouk déclara au comte Bernadotte que si la guerre
continuait (elle n’est toujours pas terminée), elle se transformerait en
troisième guerre mondiale ; le comte Bernadotte acquiesça et déclara
que c’était la raison pour laquelle il avait accepté le rôle de médiateur.
Il mentionna aussi que pendant la guerre, il avait eu « le privilège
de secourir environ 20 000 personnes, la plupart des juifs ; j’avais été
moi-même chargé de ce travail ». Il pensait manifestement que cela lui
vaudrait le respect des sionistes, et il avait tort. En quelques jours, il
avait persuadé les Arabes (le 9 juin 194
sans condition, mais il lut alors des propos agressifs à son encontre
tenus par des fanatiques sionistes, parce qu’il « avait imposé la trève
aux juifs ». « Je commençai à réaliser combien ma situation était
délicate… la sympathie à mon encontre se transformerait en suspicion
et en rancune si, au cours de mon travail ultérieur en tant que
médiateur, je manquais d’étudier d’abord les intérêts de la partie juive,
et que je cherchais une solution juste et impartiale au problème ».
L’Irgoun (dont le gouvernement sioniste, par l’intermédiaire du Dr
Goldman à Londres, avait affirmé prendre « l’entière et totale
responsabilité ») rompit alors le cessez-le-feu (18-30 juin 194
débarquant des hommes et des armes. Le comte Bernadotte et ses
observateurs « furent incapables d’évaluer le nombre de membres de
l’Irgoun ou la quantité d’armes déployés », parce que le gouvernement
sioniste leur refusa l’accès à la zone. Au cours de la première semaine
de juillet, « la presse juive dirigea de violentes attaques à mon
encontre ». Les méthodes diffamatoires (utilisées contre M. Forrestal)
étaient désormais utilisées, et les efforts du comte Bernadotte pour
secourir des victimes juives durant la guerre furent tournés contre lui ;
on insinua que vers la fin de la guerre, ses négociations avec Heinrich
Himmler, le chef de la gestapo nazi, au sujet de la libération de juifs
furent d’une nature douteuse. « Il était injuste de me calomnier »,
(l’insinuation était que M. Bernadotte était « un nazi »), « mes activités
ayant contribué à sauver la vie d’environ 10 000 juifs ».
Cela avait aussi peu d’importance aux yeux des sionistes que les
efforts, quarante années auparavant, d’Alexandre II et du comte
Stolypine pour « améliorer le sort des juifs » ; L’offense capitale du
comte Bernadotte était son impartialité. Entre le 19 juillet et le 12
août, il dut signifier au Dr Joseph, gouverneur militaire sioniste de
Jérusalem, que d’après les rapports de ses observateurs, « les juifs
étaient le groupe le plus agressif à Jérusalem ». Le 16 septembre, sur
580
la route historique du pacificateur « vers Jérusalem » (c’est le titre de
son livre), le comte Bernadotte signa de fait son propre arrêt de mort ;
ce jour-là, il envoya son « rapport d’étape » de médiateur, depuis
Rhodes à destination des Nations unies, et dans les vingt-quatre
heures qui suivirent, il fut assassiné.
La raison se trouve dans ses propositions. Il acceptait la création
« de facto » de l’État sioniste, mais, partant de cette base, pensait
réconcilier et pacifier grâce à des mesures impartiales, aussi justes
pour chaque partie que la situation donnée le permettait. Son souci
majeur concernait les populations civiles arabes, éloignées de leurs
villages natals par le massacre de Deir Yassin et réfugiées au-delà de
leurs frontières. Jamais rien de pareil n’avait été fait sous la protection
de l’Occident, et le comte Bernadotte venait à peine de sauver des juifs
des griffes d’Hitler. Ainsi, il proposait :
(1) que les frontières de l’État sioniste correspondent à la
« recommandation » des Nations unies du 29 novembre 1947, le
Néguev restant un territoire arabe et les Nations unies s’assurant que
ces frontières soient « respectées et maintenues » ;
(2) que (comme cela avait été « recommandé ») Jérusalem devienne
une zone internationale sous contrôle des Nations unies ;
(3) que les Nations unies « proclament et mettent en oeuvre » le droit
au retour des réfugiés arabes.
Ayant transmis ces propositions le 16 septembre 1948, le comte
Bernadotte, avant que celles-ci n’atteignent New York, prit un vol pour
Jérusalem (le 17 septembre). Accompagné de ses collaborateurs, il se
rendait, sans armes et sans protection, au siège du gouvernement
lorsque leur véhicule fut arrêté par une Jeep occupée par des sionistes
et garée en travers de la route. Clairement, on était autant au courant
de leurs déplacements que du contenu du rapport du comte
Bernadotte ; trois hommes jaillirent de la Jeep, rejoignirent son
véhicule en courant et avec des pistolets-mitrailleurs Sten, l’abattirent
ainsi que le colonel français Serot, observateur en chef à Jérusalem.
Dans une annexe de son journal intime, les survivants décrivent
l’assassinat en détail. Leurs comptes-rendus démontrent l’efficacité de
sa préparation et de son exécution et établissent clairement l’identité
du commanditaire principal. Les meurtriers s’échappèrent sans
encombre, deux à bord de la Jeep et un autre en courant. Aucun ne
fut arrêté ou poursuivi (un rapport, probablement crédible, déclare
qu’un avion attendait les assassins et les transporta en
Tchécoslovaquie communiste). Selon l’enquête israélienne qui en
découla :
« La manière dont le meurtre a été exécuté ainsi que tous les
préparatifs qui s’y rapportent suivent la trame suivante : (a) une
581
décision claire d’assassiner le comte Bernadotte et l’élaboration d’un
plan détaillé pour sa mise en oeuvre ; (b) un réseau d’espionnage
complexe capable de suivre les déplacements du comte pendant ses
séjours à Jérusalem, afin de permettre aux responsables de
l’opération de définir son lieu et sa date ; (c) des hommes ayant de
l’expérience dans ce genre d’activités ou ayant reçu un long
entraînement sur le sujet ; (d) des armes et des moyens de
communication adaptés ainsi qu’un point de chute sür après le
meurtre ; (e) un chef expérimenté et responsable de l’exécution de
l’acte ».
Le nouvel État s’était déclaré « entièrement responsable » de tels
individus. Trois jours plus tard, une agence de presse française reçut
une lettre exprimant des excuses pour le meurtre du colonel Serot, qui
avait été confondu avec le général suédois Lundstrom, chef d’étatmajor
du médiateur et « antisémite » (le général Lundstrom était assis
à une autre place dans la voiture). Cette lettre était signée du « Hazit
Moledeth » ; le rapport de la police israélienne indiqua qu’il s’agissait
du nom de la cellule terroriste secrète au sein du groupe Stern.
Le général Lundstrom annonça (le 18 septembre) que « ces
meurtres délibérés de deux hauts responsables internationaux
constituent une rupture du cessez-le-feu de la plus grande gravité et
une page noire dans l’histoire de la Palestine, et les Nations unies en
exigeront des explications exhaustives ». Une telle demande de la part
des Nations unies était improbable, car (comme ce récit l’a montré)
elles ne réagissent qu’à la pression la plus forte exercée en coulisse.
Elles n’ont (ou n’avaient alors - nul ne peut prédire quelles
extraordinaires transformations l’avenir pourrait amener) aucune
morale par elles-mêmes ; elles fonctionnent comme un oracle, actionné
par un mécanisme caché ; elles ne s’émurent pas du meurtre de leur
médiateur, pas plus que les gouvernements de Washington et de
Londres ne s’émurent de la persécution de M. Forrestal et du meurtre
de Lord Moyne. Elles ignorèrent les propositions du médiateur ; les
sionistes saisirent et conservèrent tous les territoires qu’ils
souhaitaient (Néguev inclus), refusèrent le retour des Arabes, et
proclamèrent qu’ils n’autoriseraient pas que Jérusalem devienne zone
internationale (à ce jour, huit ans plus tard, ils restent inflexibles sur
ces points-là). Les journaux du monde entier publièrent l’éditorial
qu’ils semblaient conserver spécialement pour de telles occasions (« On
a fait un mal incalculable à la cause sioniste… »), et reprirent ensuite
leurs dénonciations quotidiennes de tous ceux qui défendaient la
cause arabe, les accusant d’être « antisémites ». Le Times de Londres
rendit même le comte Bernadotte responsable de son propre meurtre ;
on pouvait y lire que la proposition d’internationaliser Jérusalem
« incita sans aucun doute certains juifs à tuer le comte Bernadotte », et
dans l’acception générale, le mot « inciter » impute une responsabilité.
582
En Israël, quatre mois plus tard, deux dirigeants du groupe Stern
du nom de Yellin et Shmuelevitz furent condamnés par une cour
spéciale à huit et cinq ans de prison pour leur connection avec ce
meurtre. Le président de cette cour, lorsqu’il lut le jugement, dit qu’il
n’y avait « pas de preuve établissant que l’ordre de tuer le comte
Bernadotte provenait de la hiérarchie ». Les deux hommes (selon
l’Agence télégraphique juive) « n’accordèrent guère d’attention au
déroulement du procès, eu égard au fait qu’on s’attendait à ce que le
Conseil d’État accorde une amnistie générale », et quelques heures
après leur condamnation, ils furent libérés et escortés vers la foule qui
les accueillit triomphalement. Le « commandant en chef » de l’Irgoun,
un certain M. Menahem Begin, fit quelques années plus tard une
« tournée triomphale » des villes occidentales, étant par exemple reçu à
Montréal par « la garde d’honneur de la police de Montréal précédée
par des rabbins portant les parchemins de la Loi » (d’après le Jewish
Herald d’Afrique du Sud). Au cours d’une intervention à Tel Aviv
durant la campagne électorale de 1950, M. Begin s’attribua le mérite
de la fondation de l’État sioniste, par le biais de l’événement de Deir
Yassin. Il dit que l’Irgoun avait « occupé Jaffa », territoire que le parti
au pouvoir « était prêt à céder aux Arabes », puis il ajouta :
« L’autre partie de la contribution de l’Irgoun fut Deir Yassin, qui a
entraîné la fuite des Arabes et a fait de la place pour les nouveaux
arrivants. Sans Deir Yassin et la débâcle arabe qui en découla, le
gouvernement actuel ne serait pas en mesure d’intégrer un dixième
des immigrants ».
Au cours des années suivantes, jusqu’à aujourd’hui, M. Begin
continua à proférer des menaces sanguinaires à l’encontre des pays
arabes frontaliers58, pour lesquels la présence des Arabes palestiniens
à l’intérieur de leurs frontières constituait un rappel permanent de
Deir Yassin et de la terrible signification des menaces de Begin.
Pendant cinq ans, la croyance collective fut entretenue selon laquelle
« les terroristes » avaient agi à Deir Yassin sans avoir reçu d’ordre, et
puis en avril 1953, quatre membres de l’Irgoun blessés à Deir Yassin
demandèrent des dédommagements. Le gouvernement israélien, via
son ministère de la Sécurité, refusa cette demande sur la base que
l’attaque n’avait « pas été autorisée », sur quoi le chef de l’Irgoun
58 L’Appel de Guerre de Begin : Jérusalem. Attaquer les Arabes, frapper un point faible après
l’autre, écraser un front après l’autre jusqu’à l’assurance de la victoire… telle était l’essence
du discours que M. Menahem Begin, leader du parti Herout, fit la semaine dernière à
Jérusalem. Il parla du balcon d’un hôtel surplombant le square Zion, rempli de quelques
milliers de personnes. « Nos pertes, en menant une telle action, ne seront pas négligeables,
mais en tout cas, elles seront bien moindres que lorsque nous affrontons les armées arabes
réunies sur le terrain de bataille », dit-il… « aujourd’hui, nos forces de défense sont plus
puissantes que toutes les armées arabes réunies… Moïse a eu besoin de frapper dix fois
pour conduire les Israélites hors d’Égypte ; en une frappe, nous pouvons expulser les
Égyptiens d’Israël », dit-il, en référence à la Bande de Gaza” (Le Zionist Record de
Johannesburg, 20 août 1954).
583
présenta une lettre émanant des quartiers généraux officiels sionistes
basés à Jérusalem, qui autorisait l’intervention. Depuis cette dernière,
le signataire était devenu ministre représentant Israël au Brésil.
Dans la ville où se trouvait le siège des « Nations unies », une
solide raison expliquait pourquoi aucune « explication » sur la mort du
comte Bernadotte ne devait être exigée. Lorsque cet événement eut
lieu, les élections présidentielles américaines étaient proches. La
campagne battait son plein, et chacun des deux candidats (M. Truman
et M. Thomas Dewey) considérait le vote sioniste comme indispensable
au succès. Ils luttaient pour l’obtenir, et la Palestine était bien loin de
New York. M. Truman était le mieux engagé, car il avait reconnu le
nouvel État et avait décrit cet acte de reconnaissance comme celui
dont il était le « plus fier ». À une autre occasion, il déclara que cet acte
avait été guidé par « les valeurs humanistes les plus nobles ». Quelques
semaines après l’assassinat [du comte Bernadotte – Ndt] sur la route
de Jérusalem, il fut élu président ; à la fin de l’année, il donna aux
employés de la Maison Blanche un marque-page avec ces mots : « Je
préférerais avoir la paix plutôt qu’être président ».
En 1948, la stratégie électorale conçue par le Colonel House en
1910 avait été transformée en instrument de haute précision contrôlé
par l’internationale sioniste – la commande principale se trouvant dans
l’État de New York. L’ère des machines et des sociétés cotées en bourse
ajouta un nouveau verbe à la langue anglaise : « truquer », ce qui
signifie arranger, ou manipuler. Les experts sont capables de
« truquer » les machines. Un exemple concerne les machines à sous en
Amérique. M. Dupont glisse une pièce dans la fente dans la vague
croyance que la machine est gouvernée par les lois du hasard, et que
s’il est chanceux, tout l’argent qu’elle recèle lui tombera dans les
mains ; en fait, la machine est minutieusement configurée pour qu’une
proportion précisément calculée de l’argent qui y a été introduit
(probablement entre quatre-vingts et quatre-vingt-dix pour cent)
revienne au syndicat du jeu et que le reste revienne en petits gains à
M. Dupont.
Le « trucage » du système électoral américain est le facteur
déterminant des événements du XXe siècle. Un mécanisme conçu
initialement pour permettre à M. Dupont d’exprimer son opinion à
propos de la politique et des partis a été ajusté jusqu’à un tel niveau
de précision, empêchant quasiment toute erreur, que M. Dupont s’est
retrouvé sans voix pour s’exprimer sur la politique du pays ; quelle que
soit la pièce qu’il introduit dans la fente, le groupe des gouvernants
gagne.
Au début, le système électoral lui-même fut peut-être conçu de
manière à faciliter la tâche d’un « groupe extérieur » enclin à dicter le
cours de la politique nationale américaine. Une élection est toujours
584
proche : une élection pour le Congrès chaque seconde, une élection
présidentielle tous les quatre ans. Un membre du Congrès ou un
président n’est pas sitôt élu que les « groupes de pression »
commencent à se rapprocher des prétendants pour les prochaines
élections ; les chefs de parti commencent à se soucier des prochains
votes ; et les aspirants au Sénat, au Congrès et à la Présidence
commencent à ressentir et à répondre à « la pression ». Il n’existe pas
de périodes de repos au cours desquelles la prudence pourrait
prévaloir et ce contrôle disparaître (en 1953, comme nous allons le
voir, même la course pour la mairie de New York induisit un
retournement soudain et majeur de la politique nationale américaine,
le sujet étant « le soutien à Israël ». L’intensification de la « pression » à
échéance répétée, et les mises en garde qui s’ensuivent adressées par
les directeurs de partis à leurs candidats au Congrès ou à la Maison
Blanche, générèrent ces pirouettes, qui font vaciller l’intégralité de
l’édifice politique laborieusement construit par des ministres
consciencieux et des fonctionnaires compétents.
Dans ces circonstances, le nouvel « État » créé en Palestine en
1948 n’a jamais été, et ne pourra jamais être, un « État », quel que soit
le sens que l’Histoire a donné a ce mot. C’était le poste avancé d’une
organisation internationale qui bénéficiait d’un accès privilégié aux
gouvernement, aux parlements et aux ministères des Affaires
étrangères des pays occidentaux (et plus particulièrement au
gouvernement, au parlement et au ministère des Affaires étrangères
des États-Unis, qui pendant les années 50 étaient le pays le plus
puissant de la planète), et dont la fonction principale consistait à
exercer un contrôle sur la république américaine, et non de trouver
« un foyer » pour les juifs du monde. Les perspectives induites par cet
état de fait étaient une implication croissante de l’Amérique dans une
situation explosive au Levant, créée artificiellement et portant en elle la
menace d’une guerre mondiale.
Fin 1948, trente-et-un ans après le premier triomphe du double
complot (la déclaration Balfour et la révolution bolchevique), l’État
sioniste avait été mis en place. M. Truman, le pionnier de la
« reconnaissance », avait été prévenu par ses représentants en charge
que la partition obtenue par la force à Deir Yassin mènerait à une
troisième guerre mondiale ; tous les dirigeants occidentaux avaient
reçu les mêmes recommandations de la part de leurs conseillers dans
le domaine. Aucun des « politiciens de premier plan » concernés ne
pouvait avoir de doutes sur les conséquences futures qu’induirait leur
soutien au sionisme, et leurs déclarations publiques à ce sujet ne
pouvaient refléter ni les informations confidentielles dont ils
disposaient, ni leurs convictions personnelles. Les hommes politiques
américains des années 40 et 50, comme M. Léopold Amery et M.
Winston Churchill au cours des décennies précédentes, étaient
585
manifestement victimes de la croyance selon laquelle, pour quelque
raison non révélée, la « politique », concernant cette question
spécifique, ne pourrait jamais être « modifiée ». L’asservissement des
gouvernements de Londres et de Washington, et l’identité des
esclavagistes, même aujourd’hui (1956), ne sont pas connus des
peuples américain et britannique (pourtant, la menace désormais
apparente d’une nouvelle guerre mondiale déclenchée en Palestine
sioniste et se répandant dans les pays alentours les touche pour la
première fois). Dans le reste du monde, cela est compris depuis
longtemps. Par exemple, dès les années 20, le maharadjah du
Cachemire demanda à Sir Arthur Lothian (d’après le récit de ce
diplomate) « pourquoi le gouvernement britannique était-il en train
d’établir une « Yehudi ka Raj » (la Loi des juifs) en Inde. Je contestai
cette description, mais il insista sur la véracité des faits, déclarant que
Lord Reading, le vice-roi, était juif, que le secrétaire d’État, M. Edwin
Montague, était juif, que le haut commissaire, Sir William Meyer, était
juif, et de quelle preuve supplémentaire avais-je besoin ? » Ainsi, il y a
trente ans, un maharadjah indien du bout du monde vit-il clairement
la véritable forme que prendraient les événements qui allaient se
produire dans le monde occidental.
J’ai cité précédemment la déclaration du Premier ministre
égyptien au comte Bernadotte, selon laquelle « la puissance
économique juive contrôlait l’économie… des États-Unis, de
l’Angleterre, de la France, de l’Égypte elle-même… » Au cours des sept
dernières années, les dirigeants de tous les États arabes ont accusé
ouvertement et à plusieurs reprises le gouvernement américain d’être
devenu le simple instrument des ambitions sionistes, et se sont référés
à leur propre expérience en guise de preuve.
De l’autre côté de la planète, les effets du « trucage » de la machine
électorale à New York se firent ressentir à travers leur autre
manifestation : le soutien à la révolution. À cause de revirements
similaires dans la politique d’État américaine, Tchang Kaï-chek, le
dirigeant chinois, dut quitter la Chine continentale (où le communisme
s’établit avec le soutien des Américains) pour l’ïle de Formose, où une
fois là-bas, il bénéficia à nouveau du soutien américain. M. Tex
McCrary, un présentateur américain bien connu, lui rendit visite et
rapporta aux millions d’auditeurs new-yorkais : « Je fus extrêmement
gêné lorsque j’entendis : “Nous avons appris à ne jamais faire
confiance à l’Amérique pendant plus de dix-huit mois d’affilée, entre
les élections” ».
Cette mainmise sur la politique d’État américaine, de par le
contrôle de la machine électorale, mena en 1952 à un acte
paroxystique de vengeance talmudique - vengance portée cette fois
contre la moitié de l’Allemagne que la partition avait laissée « libre ».
586
Cette partie de l’Allemagne fut obligée de payer un tribut à l’État
sioniste - État mis en place trois ans après la défaite de l’Allemagne au
cours de la Seconde Guerre mondiale !
Après la Première Guerre, les puissances occidentales victorieuses
tentèrent d’extorquer un tribut (« des réparations »), mais échouèrent ;
ce qui fut reçu était surtout le résultat de jeux comptables, car cela fut
annulé par les prêts américains et britanniques. Après la Seconde
Guerre mondiale, la révolution extorqua un tribut à l’Allemagne de
l’Est annexée, en se servant directement. Les puissances occidentales
victorieuses ne firent aucune demande de « réparation » en leur nom
propre, mais l’extorquèrent pour Sion.
Alors que les années passaient, les mises en garde d’hommes
responsables basés au Moyen-Orient atteignaient à nouveau le
département d’État. Ses conseillers sur le terrain ne cessaient de
rappeler que les sept États arabes n’avaient jamais accepté l’acte de
1948, qu’ils se considéraient toujours en état de guerre avec l’État
intrus, et qu’ils tenaient les États-Unis pour responsables du
financement des armes qui étaient utilisées contre eux.
Ainsi, naquit l’idée, sept ans après la fin de la guerre, d’obliger la
partie « libre » de l’Allemagne à payer des « réparations » à un État qui
n’existait même pas pendant la Seconde Guerre mondiale ; le
patronage permanent du nouvel État allait être assuré, et la véritable
source de ce soutien, dissimulée. En coulisse, cette idée s’était
ébruitée depuis longtemps, alors on lui offrit (comme pour le procès de
Nuremberg) une réalisation symbolique, la veille des fêtes juives de
Yamim Noraïm [ou « jours redoutables » - NdT] de 1952 - ou, pour
paraphraser le magazine new-yorkais Time : « Au cours de la dernière
semaine de l’année juive 5711 ». Cela constitua le thème central des
festivités juives qui suivirent, un journal juif soulignant qu’il s’agissait
du « plus beau cadeau de Nouvel An qu’on puisse imaginer pour le
peuple juif ».
Le chancelier d’Allemagne de l’Ouest occupée, le Dr Adenauer -
« blanc comme un linge » - informa le Bundestag à Bonn de
« l’obligation de s’amender moralement et financièrement ». Son
ministre de la Justice, le Dr Dehler, tint un autre discours au cours
d’une conférence à Cobourg : « L’accord avec Israël a été conclu sur le
désir des Américains, parce que les États-Unis, au vu du ressenti des
nations arabes, ne peuvent continuer à soutenir l’État d’Israël de la
même manière qu’avant ».
Les élections présidentielles de 1952 étaient alors imminentes. Le
gouvernement d’Allemagne de l’Ouest fut contraint de payer, sur une
durée de 12 à 14 ans, la somme de 822 millions de dollars à Israël,
principalement sous forme de marchandises. Le tableau résultant de
587
cette transaction rappelle d’une façon plutôt frappante le résumé fait
par Stehelin au sujet de passages de la Kabbale décrivant l’apothéose
messianique : « Mais regardons un peu la manière dont les juifs sont
censés vivre sur leur ancienne terre sous l’administration du Messie.
Tout d’abord, les nations païennes, dont ils tolèrent à peine l’existence,
devront leur construire des maisons et des villes, leur cultiver des
terres et leur planter des vignes, et tout cela, sans même attendre quoi
que ce soit en échange de ce labeur ». Ce scénario n’est pas très
différent de celui qu’on a présenté aux contribuables britanniques,
américains et allemands, qui sont soumis à différentes formes de
contrainte (dissimulées dans les deux premiers cas, et déclarées dans
le troisième) eu égard au tribut versé au sionisme.
Les populations occidentales ne furent pas informées de la
manière dont on extorqua le paiement de ce tribut ; cela leur fut
présenté comme une décision indépendante prise par le gouvernement
ouest-allemand, une décision suscitée par un grand élan de
compassion. Les lecteurs juifs, eux, furent aussi bien informés que
l’auditoire du Dr Dehler à Coburg. Deux citations l’illustrent : l’Agence
télégraphique juive « a révélé que le gouvernement des États-Unis
d’Amérique avait joué un rôle très important en poussant l’Allemagne
de l’Ouest à faire des réparations décentes aux juifs ; le gouvernement
britannique a également apporté sa contribution, mais dans une
moindre mesure », et le Zionist Herald de Johannesburg
déclara : « L’accord avec l’Allemagne n’aurait pas été possible sans le
soutien actif et très efficace du gouvernement des États-Unis à
Washington et du bureau du haut-commissaire des États-Unis en
Allemagne ». L’intégralité de la presse arabe rapporta la même chose,
et un journaliste de presse américain qui essayait de pénétrer dans un
camp de réfugiés arabes fut interdit d’accès au motif suivant : « Quel
intérêt avons-nous à parler avec vous ? Nous, les Arabes, savons très
bien qu’en Amérique, aucun journal n’ose dire toute la vérité sur la
question palestinienne ».
En Angleterre, la version officielle fut communiquée au Parlement
par Lord Reading, sous-secrétaire aux Affaires étrangères et fils du
vice-roi mentionné dans l’épisode de la question posée par le
maharadjah du Cachemire à Sir Arthur Lothian trente années plus tôt.
La déclaration de Lord Reading fut suscitée par la tactique habituelle
consistant en une « question », à cette occasion formulée par un
confrère socialiste, Lord Henderson, qui commença par dire que « plus
de six millions de juifs [avaient été] menés à la mort ». L’intérêt de la
réponse de Lord Reading demeure entier ; il déclara que les paiements
que l’Allemagne de l’Ouest verseraient à Israël seraient : « de l’ordre
d’une tentative de réparation morale, plus encore que matérielle », et
qu’ils seraient « basés sur le coût estimé lié à la réinstallation en Israël
des juifs chassés d’Europe par les nazis ».
588
Cette déclaration réaffirme implicitement le principe selon lequel
le seul crime nazi moralement répréhensible fut le traitement des
juifs ; nul ne suggéra jamais que l’Allemagne de l’Ouest devait
participer aux frais de réinstallation des Polonais, des Tchèques et de
toutes les autres victimes. L’intérêt spécifique de cette déclaration
réside dans l’allusion à des « réparations morales » ; lorsque celles-ci
furent réglées, près d’un million d’Arabes avaient été « chassés » de
Palestine par les sionistes, et leur demande de retour sur leurs terres
avait été systématiquement, et même dédaigneusement rejetée.
Le passage le plus caractéristique de cette déclaration typique est
probablement celui qui fait référence à « la réinstallation en Israël des
juifs chassés d’Europe par les nazis ». Israël est le seul endroit au
monde où la démographie juive peut être connue avec précision. Selon
les statistiques du gouvernement israélien, elle était de l’ordre de
1 400 000 en 1953, et dans ce chiffre, se trouvaient seulement 63 000
juifs (moins de cinq pour cent) originaires d’Allemagne et d’Autriche. Ces
63 000 personnes étaient les seuls habitants d’Israël dont on aurait pu
dire, par de grands efforts d’imagination, qu’ils avaient été chassés
d’Europe et réinstallés en Israël. Les flux majeurs vinrent de Pologne,
de Roumanie, de Hongrie et de Bulgarie et ce, quelque temps après la
fin de la guerre (et il est certain qu’ils ne furent pas « chassés »,
puisque dans ces pays, ils étaient protégés par des lois spécifiques et
bénéficiaient de la priorité concernant les postes dans la fonction
publique) ; ils vinrent également d’Afrique du Nord.
Il n’existait aucun fondement moral justifiant d’extorquer un
tribut aux Allemands de l’Ouest pour le remettre à l’État sioniste, et si
un seul avait jamais existé, eu égard aux 63 000 émigrants
précédemment cités, il avait depuis longtemps été annulé par
l’« expulsion » par les sionistes de près d’un million d’Arabes. Cette
affaire est unique dans l’histoire de l’Occident et prouve seulement à
quel point les gouvernements américain et britannique sont soumis au
sionisme.
L’Allemagne de l’Ouest fut contrainte de prendre en charge une
large part des coûts d’armement et de développement du nouvel État ;
avec cela, la probabilité d’un autre confit majeur augmenta, et les
perspectives pour les Arabes s’assombrirent encore plus. L’État
sioniste était soutenu dans tous les domaines, et les fruits de ce
soutien apparurent immédiatement. La mise sous « pression » du
gouvernement ouest-allemand dans cette affaire fut le dernier acte
marquant de la politique d’État américaine sous la présidence de M.
Truman, dont le mandat touchait à sa fin59.
59 En complément de cette affaire ouest-allemande : à Vienne, les grandes puissances
occidentales (agissant à cette occasion en parfait accord avec l’État soviétique) en profitèrent
pour humilier la petite Autriche (la première victime d’Hitler) en opposant leur véto à une loi
589
d’amnistie et de restitution qui aurait pu bénéficier à des non-juifs. Le gouvernement
autrichien (supposé être à nouveau « souverain » à ce moment-là) protesta par écrit auprès
du Haut-commissaire américain, l’accusant particulièrement de se soumettre aux ordres
provenant « d’émigrants autrichiens » qui faisaient partie de son personnel en tant que
« conseillers aux affaires juives ». Aucun rapport explicite concernant cet épisode n’atteignit
les lecteurs des journaux britanniques ou américains.