La controverse de Sion. Douglas Reed.

La véritable histoire de l’humanité.

  • Chapitre 1 Les Débuts de l'affaire.

    Le véritable début de cette affaire prit place un jour de l’an 458 av. J.-C., date que ce récit atteindra au chapitre six. Ce jour-là, l’insignifiante tribu palestinienne de Juda (précédemment désavouée par les Israélites) produisit une doctrine raciste, dont l’effet perturbateur sur les affaires humaines postérieures dépassa peut-être celui des explosifs ou des épidémies. Ce fut le jour où la théorie de la race supérieure fut mise en place en tant que « Loi ». En ce temps-là, Juda était une petite tribu parmi les peuplessujets du roi de Perse, et ce qu’on connaît aujourd’hui comme « l’Occident » n’était même pas concevable. Maintenant, l’ère chrétienne a presque deux mille ans, et la « civilisation occidentale » qui en est issue est menacée de désintégration. C’est la doctrine née en Juda il y a 2500 ans qui, de l’opinion de l’auteur, a principalement amené cela. Le procédé, de la cause originelle à l’effet actuel, peut être assez clairement retracé, parce que cette période est pour l’essentiel historiquement vérifiable. La doctrine qu’un groupe de fanatiques produisit ce jour-là s’est montrée d’un grand pouvoir sur les esprits humains tout au long de ces vingt-cinq siècles ; d’où son exploit destructeur. Pourquoi elle est née à ce moment particulier, ou même jamais, cela rien ne peut l’expliquer. Cela fait partie des plus grands mystères de notre monde, à moins que la théorie comme quoi chaque action produit une réaction égale opposée ne soit valide dans le domaine de la pensée religieuse ; de sorte que l’impulsion qui, en ces temps reculés, lança de nombreux hommes à la recherche d’un Dieu aimant et universel produisit cette contre-idée violente d’une divinité exclusive et vengeresse. Le juda-ïsme était rétrograde même en 458 av. J.-C., quand les hommes du monde connu commencèrent à détourner leurs regards des idoles et des dieux tribaux et à rechercher un Dieu de tous les hommes, un Dieu de justice et d’amitié entre voisins. Confucius et Bouddha avaient déjà montré ce chemin et l’idée d’un Dieu unique était connue parmi les peuples voisins de Juda. De nos jours on clame souvent que l’homme de foi, chrétien, musulman ou autre, doit présenter ses respects au judaïsme - quelles que soient ses erreurs - sur un terrain incontestable : ce fut la première religion universelle, si bien que dans un sens, toutes les religions universelles descendent de lui. On apprend cela à chaque enfant juif. En vérité, l’idée d’un Dieu unique de tous les hommes était connue bien avant que la tribu de 9 Juda n’ait même pris forme, et le judaïsme était par dessus tout la négation de cette idée. Le Livre des Morts égyptien (dont les manuscrits furent trouvés dans les tombes des rois de 2600 av. J.-C., plus de deux mille ans avant que la « Loi » judaïque ne soit achevée) contient ce passage : « Tu es l’unique, le Dieu des tout premiers commencements du temps, l’héritier de l’immortalité, par toi seul engendré, tu t’es toi-même donné naissance ; tu a créé la terre et a fait l’homme. » Inversement, les Écritures produites dans la Juda des Lévites demandent, « Qui est comparable à toi, Ô Seigneur, parmi les Dieux ? » (l’Exode). La secte qui rejoignit et mata la tribu de Juda prit ce concept émergent d’un Dieu unique de tous les peuples et l’inclut dans ses Écritures uniquement pour le détruire et pour dresser la doctrine basée sur sa négation. Ce concept est nié subtilement, mais avec mépris, et comme la doctrine est basée sur la théorie de la race supérieure, cette négation est nécessaire et inévitable. Une race supérieure, s’il doit y en avoir une, doit elle-même être Dieu. La doctrine qui avait acquis la force de la justice en vigueur en Juda en 458 av. J.-C. était alors et est toujours unique au monde. Elle reposait sur l’assertion, attribuée à la divinité tribale (Jéhovah), que « les Israélites » (en fait, les Judaïtes) étaient son « peuple élu » qui, s’il accomplissait toutes ses « lois et jugements » serait placé au dessus de tous les autres peuples et établi sur une « Terre promise ». De cette théorie, que ce soit par anticipation ou nécessité imprévue, naquirent les théories pendantes de la « captivité » et de la « destruction ». Si Jéhovah devait être adoré, comme il le demandait, dans un certain lieu, sur une terre précise, tous ses adorateurs devaient vivre là-bas. À l’évidence, tous ne pouvaient vivre là-bas, mais s’ils vivaient ailleurs, que ce soit contraints ou par leur propre choix, il devenaient automatiquement « captifs » de « l’étranger » qu’il devaient « chasser » « terrasser » et « détruire ». Étant donné ce principe de base de la doctrine, cela ne faisait aucune différence que les « géôliers » soient des conquérants ou des hôtes accueillants ; leur destinée décrétée devait être la destruction ou l’esclavage.
  • Archives

Chapitre 41 « L’EXTENSION » DE LA REVOLUTION.

Publié par alkali sur mars 25, 2008

Chapitre 41
« L’EXTENSION » DE LA REVOLUTION
La Seconde Guerre mondiale suivit le cours défini par les
Protocoles de 1905, bien plus clairement que la Première. Les
populations aveuglées oeuvrèrent à la vengeance et à la mutuelles, non
pas pour leur propre salut, mais pour la poursuite du plan d’esclavage
généralisé sous le contrôle d’un « gouvernement mondial » despotique.
Les objectifs initialement avancés (« libération », « liberté » et la
destruction des « militarisme », « nazisme », « fascisme », « dictature
totalitaire » et assimilés) ne furent jamais atteints ; au contraire, les
territoires où ces conditions régnaient s’élargirent fortement.
Lénine, dans Collected Works, écrivit : « La guerre mondiale (1914-
191 8) verra l’avènement du communisme en Russie, une seconde
guerre mondiale étendra son emprise jusqu’en Europe, et une troisième
guerre mondiale sera nécessaire pour le rendre mondial », la
proposition centrale de cette prévision fut presque littéralement
réalisée suite à la Seconde Guerre. La révolution étendit son emprise
jusqu’au centre de l’Europe et se retrouva donc dans une position lui
permettant de contrôler militairement l’intégralité de l’Europe, au
moins à l’issue d’une troisième guerre. En 1956, le général américain
Gruenther, qui portait alors le grade de « commandeur suprême des
forces alliées - grade apparemment rendu permanent » par quelque
action obscure d’ « élus dictateurs » durant la guerre - déclara dans un
journal ouest-allemand : « Si nous devions aboutir à une bataille
terrestre, alors nous serions bien évidemment incapables de tenir la
ligne de front européenne actuelle ».
En 1956, cela faisait dix ans que les populations occidentales
s’étaient habituées, du fait des suggestions quasi quotidiennes
émanant de leurs leaders, à l’idée que la guerre avec la « Russie » était
inévitable. C’étaient les conséquences de l’issue de la Guerre ; cette
issue, à nouveau, était le résultat du détounement des actions de
politique intérieure et d’opérations militaires à des fins de destruction
des États-nations et d’asservissement des populations ; et ce
détournement, à son tour, était la conséquence du processus
d’«’invasion de l’Amérique », décrit dans le chapitre précédent.
La force et la richesse de l’Amérique furent décisives au cours de
la Seconde Guerre, et elles permirent d’aboutir à un dénouement
faisant d’une troisième guerre une menace permanente.
Ainsi, l’histoire de l’imbroglio américain au cours de la Seconde
Guerre démontra la puissance du « groupe étranger » qui était arrivé à
diriger Washington, et conféra une réalité palpable au discours d’adieu
441
de George Washington lui-même : « Contre les volontés insidieuses de
l’influence étrangère, (je vous prie de me croire, chers concitoyens), la
jalousie d’un peuple libre doit être constamment éveillée; car l’Histoire
et l’expérience montrent que l’influence étrangère est l’un des ennemis
les plus funestes d’un Gouvernement Républicain ». G. Washington fit
cette déclaration en 1796, alors que le régime de la Terreur avait révélé
la vraie nature de la révolution qui avait lieu en France et que la
présence d’agents conspirateurs était identifiée en Amérique pour la
première fois.
Les archives publiques relatives à la Seconde Guerre démontrent
que la conspiration avait acquis le pouvoir de contrôler les principales
actions de politique nationale américaine, le cours des opérations
militaires ainsi que les mouvement d’armes, de munitions, de stocks et
de fonds. Ses agents conscients étaient nombreux et hauts-placés. La
plupart des dirigeants qui soutinrent ou se soumirent à ces agents
n’avaient peut être pas conscience du but ultime que servaient leurs
actions.
Ce chapitre représente trois ans et demi de l’histoire de la
République, de Pearl Harbour à Yalta. Une grande similitude apparaît
dans la manière dont l’Amérique entra en guerre en 1898 et en 1941.
Dans les deux cas, la provocation nécessaire à l’embrasement des
foules fut fournie, et la difficulté de convaincre le Congrès ou l’
« opinion publique » fut ainsi éludée. En 1898, le Maine fut « coulé par
une mine espagnole » dans le port de la Havane, et la guerre suivit
dans la foulée ; De nombreuses années plus tard, quand le Maine fut
remonté à la surface, on découvrit que sa coque avait explosé suite à
une explosion interne. En 1941, l’attaque de Pearl Harbour par les
japonais « en ce jour qui restera marqué par l’infamie » permit au
président Roosevelt d’annoncer à ses concitoyens que suite à une
attaque complètement inattendue, le pays était « en guerre ». Les
révélations ultérieures démontrèrent que Washington était informé
depuis longtemps d’une attaque imminente, et n’avait pas informé les
forces basées à Pearl Harbour.
Dans ces deux cas, la population demeura indifférente quand les
révélations eurent lieu. (Cela reste d’actualité en 1956, alors qu’un
autre président américain a juré publiquement qu’il ne se « rendra
jamais coupable » d’envoyer son pays à la guerre « sans l’accord du
Congrès », mais en ajoutant que les troupes américaines pourraient
avoir à mener des « opérations guerrières locales pour se protéger »,
sans agrément parlementaire).
Au cours de la Première Guerre, le président Wilson, réélu sur la
promesse de garder son pays hors du conflit, déclara immédiatement
après sa réélection qu’ « un état de guerre existe ». Pendant la Seconde
Guerre, le président Roosevelt fut réélu en 1940 sur la promesse
442
maintes fois répétée que « nous n’enverrons vos fils dans aucune
guerre étrangère.». Son programme électoral incluait, néanmoins, une
clause de cinq mots : « nous ne déploierons pas notre armée de terre,
notre marine ou notre armée de l’air en terre étrangère sauf en cas
d’attaque ». Ces cinq mots furent ajoutés (selon M. Rosenbloom, l’un
des biographes officiels de M. Bernard Baruch) « par le sénateur James
F. Byrnes, qui était tellement proche de Baruch qu’il était parfois
impossible de savoir de qui émanait l’idée que tout deux exprimaient ».
L’importance de cette clause fut prouvée le 7 décembre 1941,
lorsque les Japonais attaquèrent Pearl Harbour. Douze jours plus tard,
M. Henry L. Stimson, secrétaire d’État à la Défense, à l’issue d’une
réunion avec les membres de son cabinet le 25 novembre 1941, nota
dans son journal : « La question est comment devons nous les
manipuler (les Japonais) afin qu’ils initient la première attaque sans que
celle-ci ne soit trop dangereuse pour nous ; c’est un projet difficile ».
Les antécédents de cette note remontent au 27 janvier 1941,
lorsque l’ambassadeur des États-Unis à Tokyo avait rapporté à son
gouvernement que « dans le cas d’une détérioration soudaine de la
situation entre les États-Unis et le Japon, les Japonais envisageaient
de mener une attaque surprise contre Pearl Harbour » ; que l’espion
soviétique à Tokyo, le Dr Richard Sorge, informa en octobre 1941 le
gouvernement soviétique que « les Japonais avaient l’intention
d’attaquer Pearl Harbour d’ici six semaines » et fut informé que son
renseignement avait été transmis au président Roosevelt (selon les
confessions de Sorge dans le New York Daily News du 17 mai 1951) ;
que le gouvernement Roosevelt avait livré un quasi-ultimatum au
Japon le 26 novembre 1941 ; que les communications secrètes des
Japonais, de septembre 1941 jusqu’au moment de l’attaque, qui furent
interceptées et décodées par les services secrets des États-Unis,
offraient des preuves incontestables d’une attaque à venir contre Pearl
Harbour, mais ne furent pas transmises aux officiers américains en
poste là-bas ; que le 1er décembre, le chef des renseignements de la
marine, section Extrême-Orient, rédigea une note officielle pour le
commandant en chef de la flotte du Pacifique, précisant que « la guerre
entre le Japon et les États-Unis est imminente » et qui fut annulée par
les autorités supérieures ; que le 5 décembre, le colonel Sadtler des
Communications militaires américaines, fort des informations qu’il
avait reçues, rédigea un document officiel destiné aux officiers
supérieurs : « la guerre avec le Japon est imminente ; éliminez toute
possibilité d’un nouveau Port Arthur » (allusion à l’autre « attaque
surprise » qui avait déclenché le conflit russo-japonais), qui fut
également détruit ; qu’une réponse japonaise, clairement équivalente à
une déclaration de guerre, à l’ultimatum de Roosevelt fut reçue à
Washington le 6 décembre 1941, mais aucun message ne fut envoyé
aux forces basées à Pearl Harbour. Un communiqué spécifiant que
443
« les forces japonaises ont fait à une heure de l’après midi ce jour
(horaire côte Est) une déclaration qui équivaut à un ultimatum… soyez
en état d’alerte » fut enfin diffusé aux environs de midi le 7 décembre
1941 et atteignit le commandement de Pearl Harbour six à huit heures
après l’attaque japonaise.
Aujourd’hui, les archives suggèrent que seuls les Américains
basés à Hawaï furent laissés dans l’ignorance de l’assaut imminent qui
détruisit deux cuirassés deux destroyers (sans compter les nombreux
navires endommagés) et 177 avions, et fit 4575 morts, blessés et
disparus. Une conséquence directe et immédiate fut aussi le désastre
que connut la marine britannique au large de la Malaisie, où les
cuirassés Prince of Wales et Renown furent coulés, emportant avec eux
les vies de nombreuses victimes.
Les leaders politiques qui sont prêts à obtenir l’entrée de leur pays
dans la guerre en facilitant l’attaque d’un ennemi ne peuvent être
considérés comme ayant agi dans l’intérêt national. Le peuple
américain dans son intégralité n’a toujours pas conscience de la vérité
concernant Pearl Harbour, une introduction sinistre qui mena en
droite ligne à un sinistre dénouement.
Huit enquêtes furent diligentées, sept menées par la marine ou
l’armée pendant la guerre et une par le Congrès à la fin de la guerre.
Ainsi, le secret inhérent aux temps de guerre les entourait-il tous et
aucune de ces enquêtes ne fut vraiment publique ou exhaustive. En
outre, toutes furent conduites sous les auspices du parti politique dont
le représentant était président au moment de Pearl Harbour. Les faits
essentiels (que le président savait au moins huit semaines à l’avance,
grâce à l’interception d’un message des Japonais, qu’ « une attaque
surprise » était prévue, et que ces messages interceptés ne furent pas
transmis au commandement de Pearl Harbour pendant une longue
période) furent dissimulés du début à la fin. Le journal du secrétaire
d’État à la Guerre (dont l’extrait lourd de sens est mentionné cidessus)
ne fut pas considéré comme une preuve, et M. Stimson luimême
ne fut pas convoqué en raison de problèmes de santé. Le
contrôle de la presse permit de présenter ce long processus (six mois)
au public d’une manière confuse et trompeuse.
Néanmoins, les trois amiraux directement concernés publièrent
leur version des faits. Le contre-amiral Kimmel, commandant en chef
de la flotte du Pacifique à cette époque, mentionne l’opinion d’un autre
amiral pensant que « le plan du président Roosevelt nécessitait
qu’aucune information ne soit envoyée pour alerter la flotte d’Hawaï »,
que « les individus haut-placés à Washington qui ont volontairement
freiné la transmission de l’alerte vers nos forces basées à Pearl
Harbour sont à jamais inexcusables. Les officiers de Pearl Harbour
n’ont jamais été informés de… la circulaire gouvernementale transmise
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le 26 novembre 1941 aux ambassadeurs japonais, qui mettait un arrêt
effectif à toute possibilité de négociation supplémentaire, et rendait
donc la guerre du Pacifique inévitable. Aucune mention des messages
critiques interceptés, décodés et envoyés aux officiels de Washington
les 6 et 7 décembre 1941 ne fut transmise aux officiers supérieurs de
la marine et de l’armée localisés dans la région d’Hawaï ».
L’amiral de Flotte Halsey, qui était à l’époque l’un des trois haut
gradés responsables de l’amiral Kimmel, déclare : « tous nos
renseignements pronostiquaient une attaque ciblée sur les Philippines
ou le sud de la Malaisie ou les Indes ordientales néerlandaises. Alors
même que le cas de Pearl Harbour fut étudié mais exclus, l’ensemble
des données mis à notre disposition nous orienta vers une autre
direction. Si nous avions eu connaissance du communiqué officiel
japonais et de leur intérêt incessant pour la position et les
déplacements exacts de nos navires à Pearl Harbour » (comme le
précisait le message qui fut dissimulé) « des plus logiquement, nous
aurions focalisé nos réflexions sur la perspective inévitable d’une
attaque sur Pearl Harbour ».
Le contre-amiral Theobald, commandant les destroyers de la flotte
de combat de Pearl Harbour, écrivit en 1954 : « Les règles patriotiques
imposant la confidentialité relative à une certaine ligne de conduite
nationale, afin de la préserver pour une éventuelle répétition ultérieure,
ne s’appliquent pas dans ce cas puisque, à une époque où l’arme
atomique est largement diffusée, faciliter une attaque surprise par
l’ennemi, en tant que méthode permettant de déclencher une guerre, est
impensable ».
(L’amiral voulait probablement dire qu’il espérait qu’une répétition
était « impensable »). Il ajouta : « le fait récurrent dans la vraie histoire
de Pearl Harbour fut la dissimulation répétée d’informations aux yeux
de l’amiral Kimmel et du général Short » (les officiers dirigeant les
forces navales et militaires de Pearl Harbour, à qui l’on donna le rôle
de bouc émissaires) « … jamais auparavant dans l’Histoire connue, un
officier supérieur basé sur les lieux d’un conflit ne s’était vu cacher les
informations démontrant que son pays serait en guerre d’ici quelques
heures et que tous les indices menaient à une attaque surprise contre
ses troupes peu après le crépuscule ».
L’amiral Theobald cite la dernière déclaration de l’amiral Stark
(qui dirigeait en décembre 1941 les opérations navales à Washington et
qui refusa d’informer l’amiral Kimmel de la déclaration de guerre des
Japonais), qui affirme avoir exclusivement suivi les ordres de la haute
hiérachie, « qui ne peut être que le président Roosevelt. La chose la
plus surprenante qu’il fit, pendant cette affaire, fut de cacher ces
informations à l’amiral Kimmel ».
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L’amiral de Flotte Halsey, dans ses écrits de 1953, décrivit l’amiral
Kimmel et le général Short comme étant « de remarquables martyrs
militaires ». Ils furent mis à la retraite, pour cacher au public, au
milieu de la confusion et des secrets de la guerre, la vraie nature des
responsables du désastre de Pearl Harbour, mais ils n’étaient que « les
premiers » martyrs militaires plutôt que « les remarquables » martyrs
militaires, selon l’expression de l’amiral Halsey. Ils furent les premiers
d’une liste, maintenant bien longue, d’officiers américains de la marine
et de l’armée qui firent l’expérience de quelque chose de nouveau dans
l’histoire de leur carrière et de leur pays. Ils découvrirent qu’ils
risquaient le limogeage ou la rétrogradation s’ils oeuvraient à la victoire
en utilisant les meilleures solutions militaires, ou s’ils s’opposaient à
des stratégies venant d’en haut et qui étaient manifestement
préjudiciables à une victoire militaire. Leurs stratégies devaient se
conformer à des plans venant de sphères plus élevées et dont ils ne
pouvaient pas comprendre totalement la nature, mais qui n’était
clairement pas celle de la victoire militaire pour l’intérêt national, qui
leur avait été enseignée dès le début comme la seule et ultime raison
d’être d’un soldat.
Alors, quel était ce plan supérieur, auquel tous les efforts
militaires américains de Pearl Harbour à Yalta devaient se conformer ?
Il s’agissait en fait de « l’extension » de la révolution de Lénine.
L’histoire de ces trois ans et demi ne devient compréhensible qu’à
travers cette grille de lecture.
Au cours de la Première Guerre mondiale, l’entrée en guerre de
l’Amérique coïncida avec la révolution en Russie, et M. House
recommanda immédiatement au président « d’offrir de toutes les
manières possibles notre soutien financier, industriel et moral » à la
nouvelle « démocratie ». Au cours de la Seconde Guerre, l’attaque
d’Hitler contre son complice moscovite eu lieu peu de temps après la
réélection de M. Roosevelt, et avant Pearl Harbour, l’Amérique était
déjà en guerre, car le « soutien financier, industriel et moral » destiné
à l’État révolutionnaire était en préparation, par le biais de « prêtsbails
», et atteignait des montants jusqu’alors inimaginables.44
44 * Les trois formes de soutien énumérées par M. House incluent le soutien « financier ». La
question à laquelle il est le plus difficile de répondre est, combien de fonds furent transférés.
Un nombre incalculable d’ouvrages font allusion à un important soutien financier provenant
des « organismes bancaires de Wall Street » et assimilés, mais je n’en ai cité aucun parce
que je ne pouvais pas vérifier les faits ; de telles transactions, dans tous les cas, sont
quasiment impossibles à retrouver, car elles sont menées avec la plus grande discrétion.
Toutefois, une allusion non négligeable est faite dans une lettre de Lénine lui-même à
Angelica Balabanoff (son émissaire à Stockholm à l’époque où le communisme se « mettait
en place » à Moscou) : « Dépensez des millions, des dizaines de millions s’il le faut. Nous
avons un tas d’argent à notre disposition ». Il n’y a plus de doutes au sujet du soutien
financier allemand accordé aux comploteurs bolcheviques. Les archives du ministère
allemand des Affaires étrangères saisies par les alliés en 1945 incluent un télégramme
446
Pas plus tard qu’en juin 1942, un certain M. Harry Hopkins,
proche de Roosevelt, déclara publiquement à l’adresse de l’État
communiste (au cours d’une grande conférence au Madison Square
Garden) : « Nous sommes résolus à ce que rien ne nous empêche de
partager avec vous tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes ».
Ces mots reflètent une directive présidentielle diffusée auparavant (le 7
mars 1942) au sein des services de l’armée (et rendue publique bien
plus tard) précisant que les munitions devraient être fournies en
priorité à l’Union soviétique, et ce avant de fournir tout autre Allié et
même les forces armées des États-Unis. Le général de division John R.
Deane, chef de la mission militaire américaine à Moscou, décrivit dans
un livre publié en 1947 ses vains efforts pour réduire ce soutien, et
déclara que cette directive venant du président Roosevelt marquait « le
début d’une politique d’apaisement vis-à-vis de la Russie, dont nous
ne nous sommes jamais remis et dont nous payons encore les
conséquences ».
Le terme « apaisement » utilisé par le général Deane était
inadapté, dans la mesure où cette politique alla bien au-delà du simple
« apaisement », et avait manifestement pour objectif d’accroître la
puissance industrielle et militaire de l’État révolutionnaire après la
guerre.
Il ressort explicitement de ce passage que M. Roosevelt avait
l’intention d’accorder à l’État révolutionnaire un soutien plus
important qu’à aucun autre Allié, qu’il soit libre ou occupé, et
implicitement, qu’il était résolu à soutenir les agresseurs de la Pologne
et demeurait indifférent à la « libération » des autres pays menacés. Les
envoyé le 3 décembre 1945 par le ministre des Affaires étrangères allemand, Richard Von
Kuehlmann, au Kaiser et qui précise, « C’est seulement à partir du moment où les
bolcheviques ont reçu un flux financier constant via différents réseaux et sous différents
libellés qu’ils ont été en mesure de créer leur outil principal, la Pravda, qui leur a permis de
mener une propagande musclée et d’élargir notablement la base initialement réduite de leur
parti ». Le ministre des Affaires étrangères, anticipant les illusions qui habiteraient les
politiciens occidentaux au cours de la prochaine génération, ajouta : « Il est totalement dans
notre intérêt d’exploiter la période au cours de laquelle ils sont au pouvoir, cette période
pourrait être éphémère… » (Quelqu’un ajouta un commentaire dans la marge, « il n’est pas
question de soutenir les bolcheviques à l’avenir », une directive qui ne fut pas prise en
compte par Hitler). Les documents allemands incluent un rapport rédigé en août 1915 par
le comte Brockdorff-Rantzau, ambassadeur d’Allemagne à Copenhague, au sujet des
activités d’un « expert de la Russie », un certain Dr Helphand, qui aida à l’organisation du
complot bolchevique. Ce rapport précise que « le Dr Parvus » (pseudonyme de Helphand) « a
fourni à l’organisation une somme permettant de couvrir les dépenses en cours… même les
personnes les plus haut-placées et travaillant pour l’organisation ne réalisent pas que c’est
notre gouvernement qui est derrière tout cela ». Helphand évalua le montant de
l’organisation « complète » de la révolution à « approximativement vingt millions de roubles ».
Berlin mandata Brockdorff-Rantzau pour qu’il fasse une avance, et le reçu de Helphand se
trouve dans les archives : “Ai reçu de l’ambassade d’Allemagne à Copenhague, le 29
décembre 1915, la somme d’un million de roubles en billets de banque russes afin de
promouvoir le mouvement révolutionnaire en Russie ; signé Dr A. Helphand” (Royal Institute
of International Affairs journal, Londres, avril 1956).
447
grandes causes invoquées face aux populations occidentales avait en
fait été abandonnées à partir du moment où elles furent entièrement
plongées dans la guerre, et le projet supranational d’extension de la
révolution, de destruction des États-nations et de matérialisation des
ambitions du gouvernement mondial leur fut substitué. (Je commençài
à développer cette thèse en 1942, et c’est à ce moment-là que mon
élimination de la presse quotidienne commença ; jusqu’alors, j’avais
été un « nom » dans la presse écrite, avec un salaire élevé).
En 1941, la politique de soutien à l’État révolutionnaire était
clairement destinée à générer des effets bien plus importants qu’en
1917. En 1917, le soutien américain ne put avoir un impact que sur
« l’établissement » du communisme en Russie.
En 1941, la situation était totalement différente. Le communisme
était « établi » depuis longtemps. Le soutien, s’il était apporté sans
aucune limitation , tel que promis par M. Hopkins, était destiné à
permettre son « extension », et ce, en accord avec la directive de Lénine.
Le soutien apporté fut si prodigieux qu’il permit au communisme de
« s’étendre » sur une vaste zone géographique, et aussi de se préparer à
une nouvelle guerre ; la perspective de cette troisième guerre,
apparaissant immédiatement après la fin de la seconde, fut à l’époque
décrite aux masses occidentales comme le fruit de la perfidie
soviétique.
Les montants transférés depuis l’Amérique vers l’État
révolutionnaire dépassent quasiment l’entendement. Élu en 1932 afin
d’annuler les « déficits », le président Roosevelt dépensa en 12 ans plus
que tous les précédents présidents réunis, et cela dans une souveraine
irresponsabilité. Aujourd’hui, les dépenses publiques de l’Amérique, 11
ans après sa mort [1956 – NdT] demeurent incompréhensibles même
pour une école de comptables ; c’est un ensemble plein de zéros avec
quelques chiffres répartis parmi ceux-ci. Comparé à cet univers décoré
de zéros, le montant des « prêts-bails » accordés à l’État
révolutionnaire par le président Roosevelt pourrait paraître dérisoire :
$ 9 500 000 000. En fait, des armes et des biens dont le montant
atteint cette valeur furent envoyés, en théorie sur la base d’un achat
ou d’un retour de la marchandise ; il s’agissait du transfert d’un
important trésor, qui quelques décennies auparavant aurait permis à
plusieurs nouveaux États de mettre en place leurs affaires courantes
sans avoir à se soucier de l’avenir.
Ce flux de richesses fut dirigé par un individu, décrit par son
biographe officiel (M. Robert E.Sherwood) comme étant « la seconde
personnalité la plus importante des États-Unis ». M. Harry Hopkins
joua ainsi le rôle du potentat, dans la distribution de matériel de
guerre, rôle initialement occupé par M. Bernard Baruch en 1917.
L’idée initiale vient de M. Baruch, qui demanda avec insistance en
448
1916 qu’ « un homme » soit nommé en tant qu’ « administrateur » du
tout puissant Bureau des industries d’armement qui, lorsque
l’Amérique entra en guerre, sortit du statut précédent de « Commission
consultative » attachée au « Conseil de la Défense » du cabinet
présidentiel
Le cheminement menant à la nomination de M. Hopkins est
révélateur, puisqu’il démontre la méthode et le pouvoir permanents du
groupe qui entoura les présidents américains en mandat au cours des
deux guerres mondiales. En 1919, une Commission d’enquête
parlementaire, dirigée par M. William J. Graham, déclara au sujet de
la « Commission consultative » qui fut à l’origine du groupement de
l’industrie militaire de 1918, qu’elle « joua le rôle de gouvernement
secret des États-Unis… Une commission constituée de sept membres
choisis par le président semble avoir défini tout le système d’achat de
stocks d’armes, planifié une censure de la presse, conçu un système
de contrôle de la nourriture…et en résumé, élaboré quasiment toutes
les actions militaires qui furent ensuite actées par le Congrès, et elle fit
tout cela derrière des portes closes durant des semaines et même des
mois, avant que le Congrès des États-Unis ne déclare la guerre à
l’Allemagne… Il n’y a pas une loi relative à la soit-disant législation sur
la guerre qui ne fut pas au préalable discutée et mise au point par
cette Commission consultative, avant la véritable déclaration de
guerre ».
M. Baruch lui-même, témoignant face à une Commission
parlementaire extraordinaire au sujet des activités ayant eu lieu
pendant la guerre au sein de cette autorité « autocratique » dont il
avait lui-même déclenché la mise en place, déclara : « les décisions
finales étaient de mon ressort… que ce soit l’armée de terre ou bien la
marine qui reçoivent des locomotives… l’administration ferroviaire…
ou les Alliés, ou bien que ce soit le général Allenby qui les obtienne, ou
bien si elles devaient être utilisées en Russie ou en France… J’avais
probablement plus de pouvoir que tout autre individu… » (C’est avec
cet aspect de la Première Guerre à l’esprit que M. Churchill déclara à
M. Baruch en 1939 : « La guerre est imminente… Vous ferez marcher
l’affaire là-bas ». La portée du pouvoir de M. Baruch au cours de la
Première Guerre est encore mieux illustrée par un incident qui eut lieu
en 1919, quand le président Wilson fut ramené en Amérique dans un
état de grande faiblesse. Alors, M. Baruch « devint un des membres du
groupe qui prit les décisions pendant la maladie du président » (M.
Rosenbloom). Ce groupe devint connu sous le nom de « Conseil de
régence », et quand le chef de cabinet du président souffrant, M.
Robert Lansing, secrétaire d’État, convoqua des réunions de cabinet de
son propre chef, le président, depuis son lit de convalescent, le
renvoya - bien qu’il rompit aussi avec d’autres proches, dont M.
House, « Wilson continua à avoir pleinement confiance en Baruch »).
449
Au cours de la Seconde Guerre, le président Roosevelt utilisa son
pouvoir de la même manière que le président Wilson, et mit en place
un « Conseil de la Défense » incluant une « Commission consultative »
(1940), et en 1942, celui-ci fut élargi à un « Bureau de la production
d’armements », pendant du « Bureau des industries d’armement » de
1918. À nouveau, M. Baruch conseilla qu’« un homme » soit nommé à
la tête de cet organe au pouvoir immense, mais dans ce cas précis, ce
n’est pas lui qui fut choisi. Son biographe rapporte qu’il fut déçu, mais
le lecteur ne devrait pas accepter d’emblée cette information.
Dans cet ouvrage, les rares références relatives à M. Baruch
n’illustrent pas l’étendue de son influence. Parmi les meilleurs
observateurs que je connaisse, tous pensaient qu’il fut l’homme le plus
puissant dans l’entourage des présidents américains pendant plus de
quarante ans, jusqu’à aujourd’hui. Son biographe avance qu’il
conseilla chacun des présidents américains (y compris les trois
présidents républicains de 1920, 1924 et 192 8) à partir du président
Wilson, et écrivant en 1952, prédit qu’il « conseillerait » également le
président Eisenhower, et donna même les grandes lignes de la teneur
de ces conseils. La place réelle de M. Baruch dans cette histoire, ou
son estimation par le présent auteur, sera exposée ultérieurement,
lorsque celui-ci fit son apparition publique la plus révélatrice.
Même si M. Baruch se décrivit, avec une justesse manifeste,
comme l’homme le plus puissant en 1917-1918, sa capacité à façonner
les événements et les cartes du monde fut en fait bien moindre que
celui qui occupa son poste pendant la Seconde Guerre, pour la raison
patente que « la détermination de ce que chacun pouvait recevoir »
incluait désormais l’État révolutionnaire établi comme une grande
puissance militaire aux objectifs territoriaux importants et
évidents. Même le groupement de la production militaire devint un
organe secondaire lorsque l’administration du « prêt-bail » fut mise en
place, et M. Harry Hopkins fut nommé « administrateur » et aussi
président du « Comité du protocole soviétique » du président Roosevelt,
avec le pouvoir de « déterminer les quotas d’approvisionnement destinés
à la Russie ». À partir de ce moment, le destin et l’avenir de l’Occident
étaient entre les mains d’un individu connu par un large cercle comme
« Harry the Hop ».
Ce n’est qu’au cours du XXe siècle que M. Hopkins aurait pu
occuper un poste aussi haut-placé ; auparavant, l’opinion publique
informée par une presse libre et impartiale l’aurait difficilement toléré,
dans la mesure où il ne disposait d’aucune qualification lui permettant
de gérer des dossiers importants, en particulier dans le domaine des
affaires étrangères. Même son biographe, pourtant bien disposé à
l’égard d’un collègue de la Maison Blanche (environnement respectable
au sein duquel M. Hopkins, d’après son propre journal, se comporta à
450
une certaine occasion comme un maquereau auprès d’un certain M.
Molotov, notable communiste en visite), se demandait comment cette
homme, « dont les origines sont si obscures et qui est si peu préparé
aux grandes responsabilités », avait pu devenir « conseiller spécial du
président ».
À ce sujet, un chercheur contemporain ne pourrait découvrir qui
« choisit » M. Hopkins pour ce poste. Toutefois, il trouvera qu’au cours
de sa jeunesse M. Hopkins avait ingurgité le même type d’idées (celles
de « Louis Blanc et des révolutionnaires de 1848 ») que celles que M.
House découvrit au cours de sa jeunesse texane. M. Hopkins avait
étudié auprès d’un défenseur de la cause communiste, appartenant à
la Société fabienne de Londres (qui soutenait que les États-nations
devaient disparaître au profit des « États-Unis du Monde ») et auprès
d’un enseignant juif d’origine bohémienne et russe qui avait été un
disciple de Tolstoï, le héros des bolcheviques. À nouveau, apparaît ce
phénomène de transmission d’ « idées ». À priori, ce sont ces éléments
qui permirent à M. Sherwood de le qualifier de « chouchou inévitable de
Roosevelt ». Auparavant, il avait été connu pour ses rôles de
« nettoyeur », de collecteur de fonds et de « petit frère des riches ».
L’Université d’Oxford lui décerna l’un des doctorats les plus douteux
de son histoire et les commentaires faussement flatteurs de M.
Churchill à son propos, notés dans ses souvenirs de guerre, laissent
un sentiment étrange.
Quand M. Hopkins entama sa présidence du Comité du protocole
soviétique initié par le président Roosevelt, il découvrit que certains
membres n’avaient pas du tout confiance en la politique de soutien
illimité accordé à l’État révolutionnaire. Il leur adressa cet ordre
impérieux :
« Les États-Unis font des choses qu’ils ne feraient pas pour
d’autres Nations unies sans avoir toutes les informations à leur sujet.
Cette décision d’agir sans disposer de toutes les informations a été
prise… après les délibérations requises… Aucun amendement ne’a été
apporté à la politique menée actuellement, mais sa modification a
constamment été demandée par différentes personnes. Il a proposé
que ces demandes de modification ne soient plus prises en compte »
(1942).
Ainsi, l’État révolutionnaire, via M. Hopkins, se révéla être le
« chouchou inévitable de Roosevelt ». Dans ce passage, le mystère que
j’avais souligné au sujet des ministres britanniques et du sionisme
réapparaît : la « politique » a été « fixée » et ne peut être modifiée. Qui
participa à la « délibération » de cette politiqie, et qui décida qu’elle ne
devait pas être réévaluée quelles que soient les circonstances, fait
partie des secrets de M. Hopkins, et tout cela se déroula à nouveau
« derrière des portes closes », en ce qui concernait les peuples
451
entraînés dans cette histoire. Le sénateur Robert E. Taft, leader du
Parti républicain, protesta en vain lorsqu’il vit ce qui se tramait :
« comment peut-on gober l’idée que la Russie se batte pour des
principes démocratiques… pour répandre les quatre libertés dans le
monde [référence aux quatre libertés présentées dans le discours de
Franklin D. Roosevelt le 6 janvier 1941 – NdT], nous allons fournir des
avions et des chars à la Russie communiste. Mais aucun autre pays
n’est plus responsable de la guerre actuelle et de l’agression
allemande ». Une violente campagne médiatique fut immédiatement
déclenchée dans la presse et continua jusqu’à la mort du sénateur
Taft. La situation actuelle des cartes du monde ainsi que son état
justifient son message d’alerte, et ceux qui aujourd’hui lisent la
déclaration de M. Hopkins, citée plus haut, peuvent deviner que l’issue
de la guerre fut déterminée par ces activités secrètes menées en 1942
et auparavant.
Pour ce qui est « des avions et des chars », respectivement 15 000
et 7000 unités furent données. Une flotte de 581 navires fut également
cédée (127 unités furent rendues pendant une période étalée sur de
nombreuses années, et en 1956, les Soviétiques proposèrent d’en
payer 31 ; les navires restants, plus de 300, furent déclarés perdus,
coulés ou inutilisables). Une flotte marchande fut également offerte.
Cela représente seulement une petite partie du transfert total de
biens qui prit de nombreuses formes. Le gouvernement américain n’a
jamais publié les détails de ces livraisons. Le fait qu’elles soient
connues, et que la plupart d’entre elles étaient visiblement destinées à
renforcer les capacités industrielles et militaires de l’État
révolutionnaire après la fin de la guerre, est dû à l’un de ces incidents
qui aident les historiens, bien que, étant donnée la situation actuelle
des médias, ils n’atteignent plus le public et ne produisent pas par
conséquent de résultats bénéfiques.
En mai 1942, un capitaine dénommé George Racey Jordan
produisit un rapport de mission depuis le fameux aéroport de Newark
dans le New Jersey. Il fut soldat appelé pendant la Première Guerre et
n’oublia jamais le conseil que lui donna un sergent en 1917, au
Texas : « Garde tes yeux et tes oreilles bien ouverts, ferme ta grande
gueule, et garde une copie de tout ». La postérité doit à ces cinq
derniers mots le livre le plus étonnant (à mon avis) de la Seconde
Guerre mondiale.
Le capitaine Jordan reçut l’instruction de faire ses rapports
auprès du « dépôt n°8 des Nations unies », alors que c’est l’aéroport de
Newark qui était mentionné dans ses instructions. L’organisation
dénommée « Nations unies » fut créée trois années plus tard, il
s’agissait d’une anticipation, révélant le projet des hommes qui
entouraient le président. Le capitaine Jordan, quand il fit son rapport
452
de service en tant qu’officier de transmission, ne se doutait pas du
pouvoir dont les Soviétiques disposaient en Amérique, mais il le
comprit rapidement à travers trois événements. En mai 1942, sur la
piste d’atterrissage, après qu’un avion de ligne d’American Airlines eut
éraflé le carter moteur d’un bombardier à moyen rayon d’action en
attente d’être livré en prêt-bail au gouvernement soviétique, un officier
soviétique demanda avec colère qu’American Airlines soit interdite sur
ce grand aéroport américain. Lorsque cette demande fut refusée, l’
officier soviétique dit qu’il allait « appeler M. Hopkins » et quelques
jours plus tard, un ordre provenant du bureau de l’aviation civile des
États-Unis interdisait toutes les compagnies civiles américaines sur
l’aéroport.
Alors le Capitaine Jordan commença à tenir un journal très
complet, et put démontrer grâce à celui-ci (quand il découvrit comme
le reste du monde la réalité des « bombes atomiques ») qu’au cours de
l’année 1942, près de quinze millions de dollars de graphite, de tubes
d’aluminium, de cadmium et de thorium (tous les matériaux
nécessaires à la création d’un réacteur nucléaire) furent envoyés au
gouvernement soviétique depuis Newark. À cette époque, le « Projet
Manhattan » (fabrication de la première bombe atomique) était supposé
être totalement secret, à tel point que son responsable, le général de
division Leslie R. Groves, attesta ultérieurement que, sans son accord
personnel, son service aurait refusé de transmettre des documents
même au président Roosevelt. En 1942, lorsqu’il nota ces informations
dans son journal, le capitaine Jordan n’avait aucune idée de la
manière dont ces matériaux seraient utilisés, étant donné qu’il n’avait
jamais entendu parler du « Projet Manhattan » ou de la « bombe
atomique ».
Son expérience suivante concernant l’autorité exercée par les
officiers soviétiques eut lieu lorsque l’un d’entre eux prit ombrage en
voyant une étoile rouge sur un avion appartenant à l’entreprise
pétrolière Texaco, et menaça d’ « appeler Washington » et de la faire
enlever. Le Capitaine Jordan eut des difficultés à expliquer que
l’entreprise pétrolière Texaco utilisait l’emblème de son État (l’ « État de
l’étoile solitaire ») depuis de nombreuses années, bien avant la
révolution de 1917 !
À partir de ce moment, le capitaine Jordan commença à réaliser
que tout ce matériel destiné à l’État communiste ne faisait pas le
moins du monde partie de l’accord central de prêt-bail (« Le
gouvernement des États-Unis continuera de fournir à l’URSS des
moyens de défense, des services de défense et des informations de
défense dans la mesure où le président…autorisera leur transfert »)
mais incluait beaucoup d’équipements qui n’avaient rien à voir avec la
« défense », et tout en commun avec le renforcement de l’Union
453
soviétique d’après-guerre. Il nota, par exemple, la fourniture
« de tracteurs et d’équipements agricoles, d’usines de fabrication
d’aluminium, d’ateliers de fabrication de wagons, d’équipements de
fonderie d’acier » et de nombreux autres biens similaires. Ces envois
(qui, selon un témoin enthousiaste, « aideront à “fordiser” notre pays »)
sont listés dans les décomptes globaux qui constituent les seuls
documents issus du gouvernement américain qui fassent mention de
ces transferts. Le « vingt-et-unième rapport au Congrès sur les
opérations de prêt-bail » du président Truman fait état dans le chapitre
intitulé « Non militaire » de la somme faramineuse de 1 674 586
milliards de dollars pour des équipements agricoles et de 3 040 423
milliards de dollars pour des équipements et des produits industriels.
En 1943, la perte de nombreux convois maritimes entraîna l’envoi
croissant de matériel inclus dans le Prêt-bail par avion, un aéroport
américain dédié à ces mouvements de marchandises fut mis en place à
Great Falls dans le Montana, et le capitaine Jordan fut transféré sur ce
lieu en tant qu’ « expéditeur dans le cadre du Prêt-bail ». À nouveau,
son ordre de mission provenant de l’armée de l’air des États-Unis le
désignait comme « représentant des Nations unies », bien qu’aucun
organisme de ce nom n’existât, et il découvrit qu’une directive
présidentielle l’attendait, intitulée « rotation d’avions russes », et
précisant que « … la modification, l’équipement et la rotation des avions
Russes sont absolument prioritaires, avant même les avions de l’armée
de l’air des U.S.A ». Il fit alors et pour la troisième fois l’expérience du
pouvoir des Soviétiques : l’officier soviétique avec qui il était en relation
estima que son grade de capitaine était insuffisant, et demanda sa
promotion au rang de major ; lorsque les feuilles de chêne dorées
[NdT : insigne relatif au grade de major – NdT] arrivèrent comme
convenu, elles furent épinglées aux épaulettes du major Jordan par le
colonel Kotikov, événement probablement sans précédent dans
l’histoire militaire de l’Amérique.
C’est alors que le major Jordan remarqua qu’un nombre étonnant
de valises noires, fermées par des cordes et protégées par des sceaux,
empruntaient son « ascenseur vers Moscou ». Ses doutes étaient
désormais grands et il tira profit d’une opportunité favorable (et du
seul pouvoir qui lui restait, celui de donner ou de retirer l’autorisation
de vol des avions du Prêt-bail pilotés par des Américains pour leur
dernier convoi vers Fairbanks en Alaska) pour esquiver des agents
armés de la police secrète soviétique, pénétrer dans un avion et ouvrir
approximativement dix-huit valises parmi les cinquante entreposées. Il
prit quelques notes sur le contenu des valises ouvertes.
Au milieu d’une grande quantité de documents, de plans, de
courriers et de dessins, il fit deux découvertes qui, des années plus
tard, cadrent bien avec la situation de l’espionnage et du complot qui
454
éclata au grand jour suite aux différentes révélations ayant eu lieu sur
la période 1948-1956. L’une des découvertes était un ensemble de
dossiers à onglet du département d’État. L’un était intitulé, « De Hiss »,
et un autre, « De Sayre ». Le major Jordan n’avait jamais entendu ces
noms, mais il s’agissait du chef du département d’État qui plus tard
fut condamné (Alger Hiss) et d’un autre responsable du département
d’État impliqué dans la même affaire. Ces dossiers contenaient des
copies de transmissions secrètes provenant des attachés
diplomatiques américains en service à Moscou, envoyés à Washington
par valise diplomatique, et retournées sous forme de copies à ceux à
qui le secret devait être caché.
La découverte la plus importante continue d’affecter tous les
Occidentaux, autant aujourd’hui que lorsqu’elle fut révélée. Il s’agissait
d’une lettre adressée à Mikoyan, commissaire soviétique au Commerce
extérieur. Le major Jordan en nota un extrait : « … ai eu de grandes
difficultés à le soutirer de Groves » (le responsable du projet de bombe
atomique). La lettre était signée « H. H. ». Étaient jointes une carte de
l’usine nucléaire de Oak Ridge dans le Tennessee, et la copie carbone
d’un rapport, estampillé « Harry Hopkins », contenant une quantité de
mots tellement étranges aux yeux du major Jordan qu’il écrivit
également une note à leur sujet, ayant l’intention d’en découvrir le
sens. Parmi ces mots, figuraient les termes « cyclotron », « proton » et
« deutéron », et des phrases comme « l’énergie produite par fission » et
« des murs de cinq pieds d’épaisseur, constitués d’eau et de plomb,
afin de contrôler les projections de neutrons ». M. Hopkins, comme
démontré précédemment, était « le chouchou inévitable de Roosevelt »,
« le conseiller spécial du président », « le seconde homme le plus
important des États-Unis ».
(Au cours des quelques années qui suivirent la Seconde Guerre,
les dirigeants américains et anglais affirmèrent au public que leur
meilleure protection contre une nouvelle guerre, et la défense la plus
efficace face à une « agression soviétique », étaient de se munir de la
bombe atomique. Le 23 septembre 1949, l’Union soviétique fit exploser
une bombe atomique, ne surprenant en rien ceux qui avaient suivi
l’affaire avec attention. Alors, le major Jordan ne put se contenir plus
longtemps et contacta un sénateur, qui fut suffisamment ému pour
convaincre le célèbre animateur radio Fulton Lewis de révéler cette
histoire. Elle fut ainsi rendue publique à travers ce média et ensuite
sous la forme d’un livre, et elle fut l’objet de deux audiences du
Congrès en décembre 1949 et en mars 1950. La presse, unie comme
un seul homme, déforma les accusations les plus graves contenues
dans l’affaire, et, comme dans tous les exemples de ce type, aucune
décision véritablement curative ne fut prise, aucune action efficace ne
fut appliquée afin d’éviter qu’une situation similaire ne se reproduise
au cours de la prochaine guerre).
455
En 1944, le major Jordan, plus soucieux que jamais, essaya de
rencontrer l’officier de liaison en charge du Prêt-bail au sein du
département d’État, mais il fut interpellé par un responsable
subalterne qui lui dit : « Les officiers qui sont trop indiscrets sont
susceptibles de se retrouver sur une île quelque part dans les mers du
Sud ». Peu de temps après, sa mission à White Falls fut arrêtée. Son
livre contient la liste complète des envois réalisés dans le cadre du
Prêt-bail, à laquelle il eut accès et qu’il put copier en raison de son
statut d’officier de liaison. Cette liste faisait mention de tous les
produits chimiques, métaux et minéraux nécessaires à la fabrication
d’une pile atomique, qui furent transférés, et certains de ces
composants peuvent être également utilisés pour la fabrication de la
bombe à hydrogène ; il s’agit de bérylium, de cadmium, de cobalt en
minerai ou en concentré (15,2 tonnes), de cobalt sous forme métallique
et de déchets contenant du cobalt (366 tonnes), d’uranium sous forme
métallique (1 kg), de tubes d’aluminium (5790 tonnes), de graphite
(3350 tonnes), de thorium, de nitrate d’uranium, d’oxyde uranouranique,
d’aluminium et d’alliages (166 000 tonnes), de barres
d’aluminium (6230 tonnes), de plaques d’aluminium (56 300 tonnes),
de lingots et barres en bronze et en laiton (34 700 tonnes), de câbles
en bronze et en laiton (7320 tonnes), de plaques en bronze et en laiton
(243 000 tonnes), de câbles isolés en cuivre (181 000 tonnes), etc.
Ces listes incluent également les « approvisionnements russes
exclusivement liés à l’après-guerre » (d’après le général Groves), tels
que raffinerie de pétrole, équipements et pièces de forge ($ 53 856 071),
tours, perceuses de précision, équipements pour conserveries,
équipements pour laiteries industrielles, machines pour scieries,
machines pour l’industrie textile, machines de puissance
($ 60 313 833), équipements de fonderie, équipements pour centrale
électrique, équipements et matériels de télécommunication
($ 32 000 000), générateurs ($ 222 020 760), équipements
cinématographiques, appareils et équipement radiophonique
($ 52 072 805), 9594 wagons de transport de marchandise, 1168
locomotives à vapeur ($ 101 075 116), navires marchands
($ 123 803 879), camions ($ 508 367 622), et ainsi de suite.
Parmi les dons les plus importants visiblement dédiés au
renforcement industriel de l’Union soviétique d’après-guerre, les notes
du major Jordan incluent une usine de réparation d’instruments de
précision ($ 550.000), deux usines agroalimentaires ($ 6 924 000), trois
unités de production de gaz ($ 21 390 000), une raffinerie de pétrole
avec machinerie et équipement ($ 29 050 000), 17 machines à vapeur
et trois centrales hydro-électriques ($ 273 289 000).
Les listes des biens soviétiques reproduites par le major Jordan
laissent penser qu’un vent d’hystérie affecta M. Hopkins et ses
456
partenaires dans leur dynamique de dons, dans la mesure où ces listes
incluent des objets pour lesquels aucune explication rationnelle ne
peut être trouvée, par exemple : lunettes ($ 169 000), dents ($ 956),
9126 montres avec pierres précieuses ($ 143 922), 2820 kg de savon,
$ 400 de rouge à lèvres, 1410 litres d’alcool, $ 57 444 de leurres pour
la pêche, $ 161 046 de lanternes magiques, $ 4352 d’objets de « fêtes
foraines », 6010 kg de papier carbone, deux « pianos neufs », $ 60 000
d’instruments de musique et (un objet qui évoque des visions du
« leader bien-aimé », l’ « Oncle Joe » cher à M. Roosevelt et M.
Churchill), « une pipe », évaluée à dix dollars !
Le passé de M. Hopkins en tant que collecteur de fonds
professionnel et intervenant bénévole semble se refléter dans les
donations de $ 88.701.103, étalés sur quatre ans, à des fins de
« soutien ou charité » ; ceux qui ont visité la Russie soviétique peuvent
essayer d’imaginer cet argent distribué au peuple par les
commissaires ! Ce n’était pas la fin des dons pécuniaires sous les
termes du « Prêt-bail ». En 1944, M. Henry Morgenthau junior,
secrétaire au Trésor de M. Roosevelt, ainsi que son secrétaire
assistant, M. Harry Dexter White (dont les activités d’agent pour les
Soviétiques furent ultérieurement révélées), commandèrent l’expédition
vers le gouvernement soviétique de copies des plaques d’impression de
billets appartenant au Trésor des États-Unis afin d’imprimer des
billets à destination des forces occupant l’Allemagne après la guerre.
Cela signifiait que les billets imprimés par le gouvernement soviétique
pour ses troupes étaient payés par le gouvernement américain,
puisqu’aucune distinction n’était faite entre les différents billets
imprimés. Fin 1946, les protestations du public obligèrent le
gouvernement américain à arrêter de payer ses propres troupes avec
ces billets, empêchant ainsi l’utilisation de ces devises par le
gouvernement soviétique, le gouvernement militaire des États-Unis en
Allemagne découvrit alors qu’il avait financé approximativement 250
millions de dollars de plus que le montant total des billets imprimés par
son propre département des Finances. (Le gouvernement soviétique
ignora une demande de paiement pour la modeste somme de $ 18 000,
prix des plaques et du matériel qui lui avaient été fournis, et qui lui
avaient permis de soutirer directement $ 250 millions au Trésor des
États-Unis).
Ainsi, pendant quatre à cinq ans, un transfert illimité de matériel
de guerre, de biens pour l’industrie d’après-guerre, et de dons de
diverses natures eut lieu à destination de l’État révolutionnaire, et
l’interdiction de « re-négocier » cette politique venait du plus haut
niveau. De plus, les « préférences » et les « priorités » de cette politique,
par rapport au besoin des Américains et des Alliés, furent
explicitement ordonnées depuis ce même niveau.
457
Il y avait deux autres moyens de « soutenir » et d’aider l’
« expansion » de l’État révolutionnaire : (1) l’organisation d’opérations
militaires ; (2) l’orientation des politiques d’État au cours de
conférences de dirigeants, ayant pour thème ces opérations militaires.
La politique de fourniture d’armes et de richesse en faveur de l’État
révolutionnaire était menée d’une manière tellement ferme, voire
fanatique, qu’il était logique de s’attendre à ce que la même politique
fût poursuite par le biais d’opérations militaires et des conférences en
découlant. En fait, cela se produisit comme les observateurs
perspicaces de l’époque l’avaient annoncé et conformément à ce que le
bilan de la guerre démontre désormais pleinement. Ceci était
également le résultat d’une large prise de pouvoir en coulisse, au coeur
de la République américaine, par les méthodes d’invasion décrites
dans le chapitre précédent.
La démarche de détournement de toutes les opérations militaires
en faveur de l’État révolutionnaire, qui avait déclenché la guerre en
complicité avec Hitler au cours de l’attaque concertée de la Pologne,
débuta juste après Pearl Harbour. Ce fut un échec alors, mais ce fut
un succès total au cours des dernières étapes de la guerre, comme ses
fruits le prouvent. Le rôle majeur dans ce processus fut joué par le
personnage le plus énigmatique de la Seconde Guerre, le général
George C. Marshall, chef des troupes de l’armée des États-Unis. C’est à
lui que le sénateur Joseph MacCarthy attribua, dans son discours du
14 juin 1951 (un réquisitoire bien documenté qui constitue une source
de référence majeure dans ce domaine) « l’évitement systématique et
planifié de la victoire, qui commença bien avant la fin de la Seconde
Guerre mondiale », et le fait que l’Amérique, détenant le pouvoir de
faire basculer la balance, s’engagea, entre les politiques prônées par M.
Churchill d’une part et par le dictateur soviétique Staline d’autre part,
« de manière quasi systématique en faveur de la ligne soviétique ».
Au vu des conséquences majeures induites par les interventions
du général Marshall, les circonstances de sa promotion initiale sont
intéressantes. Le président Roosevelt le nomma chef des troupes en
1939, supérieur hiérarchique de vingt généraux de division et de
quatorze généraux de brigade (six ans plus tôt, sa nomination au grade
de général, violemment décriée par l’inspecteur général, avait été
bloquée par celui qui était à l’époque chef d’état-major, le général
Douglas MacArthur). L’une des premières actions entreprises par le
général Marshall fut, en 1941, de demander au sénateur James F.
Byrnes (un proche de M. Bernard Baruch) de proposer un
amendement à un projet de loi militaire qui permettrait au chef d’étatmajor
de passer outre la règle de l’ancienneté et de nommer des
officiers plus jeunes qu’il considérerait comme disposant de « capacités
exceptionnelles ». L’amendement du sénateur Byrnes fut adopté,
sachant qu’ « en temps de guerre ou d’état d’urgence national… tout
458
officier de l’armée régulière peut être promu temporairement à un
grade supérieur… », et fort de ce droit, le général Marshall effectua
4088 promotions au cours de l’année 1941 - parmi les promus, le
colonel Dwight Eisenhower, âgé alors de cinquante ans, qui n’avait
alors aucune expérience de combat ou de commandement mais allait
devenir en l’espace de trois ans le commandant suprême des forces
alliées. Le duo constitué du général Marshall et du général Eisenhower
fut essentiel quant à l’orientation de l’issue de la guerre en 1945.
En décembre 1941, juste après Pearl Harbour et l’entrée en guerre
de l’Amérique, les propagandistes soviétiques basés à Moscou et à
l’Ouest commencèrent à bruyamment encourager une invasion
immédiate de l’Europe par les Alliés occidentaux. Lorsque peu de
temps après Pearl Harbour M. Churchill rencontra M. Roosevelt, il
obtint un accord global stipulant qu’une invasion avant 1943, au plus
tôt, était militairement impossible. Dès avril 1942, le général
Eisenhower, conformément aux instructions du général Marshall, avait
préparé un plan d’invasion devant avoir lieu en 1942, et on avait
persuadé M. Roosevelt d’envoyer un télégramme allant dans ce sens à
M. Churchill (The Hinge of Fate [Le Tournant du Destin – NdT]). Le
général Marshall et M. Hopkins se rendirent à Londres, où M.
Churchill leur dit que l’hécatombe qui aurait lieu sur les côtes
françaises suite à une invasion précipitée et irraisonnée était
probablement « la seule manière possible de perdre la guerre » (M.
Sherwood)
Le général Marshall, eu égard à son grade, était supposé avoir la
légitimité d’être considéré comme le meilleur stratège des États-Unis.
Ce qu’il proposa était qu’en fait, le seul Allié solide engagé dans le
conflit, à ce moment là, se suicide et que la guerre soit perdue, en tout
cas pour l’Angleterre. M. Churchill déclara que si une telle tentative
était menée, la Manche serait transformée en une « rivière de sang des
Alliés », mais en réalité, les trois quart de ce sang auraient été
britanniques ; le chef des forces américaines basées dans les îles
britanniques, à qui ultérieurement l’on demanda quels effectifs ils
pourrait fournir, « souligna que tout ce sur quoi l’on pouvait compter
était la 34e division alors localisée en Irlande ». Le général Clark ajouta
que même cette division manquait de soutien anti-aérien, de chars et
d’entraînement (les premières troupes américaines à s’engager dans les
combats, en Afrique du Nord fin 1942, montrèrent leur manque de
préparation). M. Hanson W. Baldwin, l’important critique militaire
américain, écrivit plus tard, « rétrospectivement, il est maintenant
évident que notre projet d’invasion de l’Europe occidentale durant
l’année 1942 était grotesque ».
Malgré tout cela, le général Marshall, de retour à Washington,
proposa au président Roosevelt que les États-Unis se retirent de la
459
guerre en Europe si les Britanniques n’acceptaient pas son plan (d’après
le secrétaire Stimson). Le général Marshall fut envoyé à nouveau en
Angleterre pour rencontrer M. Churchill (il refusa brusquement de
séjourner à Chequers) [Chequers est la résidence secondaire des
premiers ministres britanniques, il s’agit d’un château situé dans le
Buckinghamshire - NdT]. Son plan s’effondra suite au rapport envoyé
d’Irlande par le général Mark Clark, qui spécifiait qu’il ne pourrait
fournir qu’une division sous-entraînée et sous-équipée. Mais la
proposition et la menace avaient été émises, et toute la suite du conflit
doit être analysée en gardant à l’esprit ces actions initiées par l’officier
le plus haut-gradé des États-Unis.
Au printemps 1942, les Allemands avaient encore 1 300 000
soldats en France et aux Pays-Bas, et les Alliés occidentaux n’avaient
pas de force comparable à leur opposer, même s’ils avait disposé d’une
supériorité aérienne, de navires de débarquement, de véhicules
amphibies, et d’entraînement aux techniques d’invasion. M. Roosevelt
dut abandonner le dangereux projet, et l’Angleterre, pour la troisième
fois durant cette guerre, survécut à une menace mortelle. La guerre
continua en 1942 et en 1943, alors que les armées britanniques, et
plus tard les armées américaines, écrasaient les Allemands en Afrique
du Nord - c’est alors que le tournant décisif dans cette guerre fut pris.
Les Alliés occidentaux étaient prêt à frapper ; comment et où allaient
ils frapper ? À ce moment, la seconde brillante décision du général
Marshall détermina l’issue de la guerre.
Le compte rendu de M. Churchill, et les récits émanant de toutes
les autres autorités, convergent sur le point qu’il fut cohérent du début
à la fin, en tout cas concernant cette question majeure. Parmi les
dirigeants occidentaux, il était le seul à disposer d’une longue
expérience militaire et politique, et il vit clairement que la guerre
n’apporterait ni une vraie victoire ni la paix si l’État révolutionnaire,
l’agresseur du début du conflit, était autorisé à avancer profondément
au coeur du territoire européen. Il souhaitait que les opérations
militaires soient menées de manière à ce qu’il ne puisse pas s’étendre
au-delà de ses frontières naturelles.
Dans cette controverse, son opposant majeur se révéla plus être le
général Marshall que le président Roosevelt, dont l’état de santé au
cours de la dernière année de la guerre l’empêcha peut être d’avoir les
idées claires, à moins qu’il n’ait simplement été la victime de la
pression qui l’entourait. M. Churchill souhaitait attaquer au sud et au
nord et occuper les Balkans et les pays d’Europe de l’Est avant qu’ils
ne passent du joug hitlérien à celui de l’Armée rouge ; cette politique
aurait mené à une vraie victoire, aurait donné au monde une
perspective de paix pour le reste du XXe siècle et aurait largement
atteint les objectifs « initiaux » de la guerre, parmi lesquels la
460
« libération » était le plus important. Le général Marshall était résolu à
concentrer l’attaque sur la France et à laisser toute l’Europe de l’Est,
l’Europe Centrale et les Balkans à l’État révolutionnaire, et M.
Roosevelt, qu’il fût lucide ou non, poursuivit cette politique jusqu’au
tragique dénouement que le monde constata à Yalta, où la « défaite fut
arrachée de la gueule de la victoire »
Les combats continuèrent pendant dix-huit mois, mais les dès
étaient jetés, comme les faits le prouvèrent, à la première conférence
de Québec en août 1943, lorsque les armées anglo-américaines, après
avoir totalement conquis l’Afrique du Nord, étaient revenues en Europe
et étaient en passe de repousser les armées allemandes hors de l’Italie.
À Québec, sous la pression du général Marshall, il fut décidé de retirer
les troupes d’Italie pour un second débarquement en France,
complémentaire du débarquement principal en Normandie. Cela
signifiait l’arrêt des forces alliées du général d’armées Alexander en
Italie (qui après la prise de Rome étaient devenues une « formidable
machine de guerre…aux perspectives illimitées » - général Clark),
arrêtant la progression là-bas, et surtout abandonnant toute idée de
poussée à travers l’Adriatique, qui aurait porté les armées alliées
jusqu’à Vienne, Budapest et Prague. Cela aurait totalement modifié la
situation d’après–guerre à l’avantage de l’Occident et de la paix ; si le
lecteur jette un coup d’oeil à une carte, le problème lui sautera aux
yeux. Au moment où une vraie « victoire » était à portée de main, elle
fut abandonnée au profit d’une invasion du Sud de la France,
entraînant une dispersion des forces militaires aux conséquences
encore plus préjudiciables que la dispersion des armées britanniques
vers la Palestine pendant la Première Guerre.
Le débarquement complémentaire dans le Sud n’apporta aucun
avantage militaire justifiant ce choix, qui était visiblement politique ;
pendant la conférence de Québec, le document sur lequel le général
Marshall basa son argumentaire en faveur de cette décision le
démontre. Il était intitulé « La position russe », et fut attribué à « une
évaluation provenant d’un très haut niveau au sein de l’organe
militaire des États-Unis » (M. Sherwood), ce qui veut dire le général
Marshall lui-même. Il mentionnait que : « La Russie aura une position
dominante en Europe pendant l’après-guerre… Puisque la Russie est
l’élément-clé dans cette guerre, elle doit recevoir tous les soutiens
possibles, et tous les efforts doivent être entrepris pour obtenir ses
faveurs. Ainsi, puisqu’elle dominera sans aucun doute l’Europe après
la défaite de l’Axe, il est d’autant plus essentiel de développer et de
conserver les meilleures relations possibles avec la Russie ».
Ici, la « politique » de fond mise en place au sujet des
approvisionnements via le Prêt-bail réapparait dans le domaine des
opérations militaires ; elle consistait en une soumission
461
inconditionnelle aux objectifs et intérêts suprêmes des Soviétiques.
Staline s’était opposé à la percée à travers les Balkans, et avait argué
que « la seule manière d’attaquer directement le coeur de l’Allemagne
était de passer par le coeur de la France » ; l’ « évaluation militaire de
haut niveau » présentée à Québec mettait en fait le plan de Staline en
avant. Ce document, comme le lecteur pourra le constater, présentait
à deux reprises des hypothèses comme étant des faits, nommément,
qu’après la guerre « La Russie aura une position dominante en
Europe… elle dominera sans aucun doute l’Europe ». C’était
précisément cette question qui, en 1943, devait encore être décidée par
encore deux années d’opérations militaires, et la politique de M.
Churchill avait pour objectif d’éviter cette perspective qui était
présentée comme un fait accompli. Il souhaitait voir les Soviétiques
victorieux mais il ne voulait pas les voir « dominer » l’Europe. Il fut
dépassé, et à ce moment de 1943, en raison de décisions politiques
prises dans le secret, la guerre fut politiquement perdue pour les
Occidentaux.
Ce fut l’intervention la plus importante du général Marshall. M.
Churchill, bien qu’il ne critiquât jamais le général Marshall, y fait
implicitement allusion dans ses mémoires de guerre, et il pleura
l’opportunité manquée dans Triomphe et Tragédie. Le général Mark
Clark, qui en 1943 commandait les forces américaines en Italie, écrivit
en 1950 :
« Si nous transférions nos forces d’Italie en France, il était clair pour
Staline… que nous abandonnerions l’Europe Centrale. « Anvil » (nom
de code du débarquement dans le Sud de la France) nous mena dans
une impasse. Il est aisé de comprendre pourquoi Staline soutint
Anvil… Après la chute de Rome, l’armée de Kesselring aurait pu être
détruite si nous avions été capables de lancer toutes nos forces dans
une ultime bataille. De l’autre côté de l’Adriatique se trouvaient la
Yougoslavie…et au-delà de la Yougoslavie, Vienne, Budapest et
Prague…
Après la chute de Rome, nous poursuivîmes un objectif erroné,
autant d’un point de vue politique que stratégique… si nous avions
évité cette erreur grossière qui nous éloigna des Balkans et les fit
tomber sous le contrôle de l’Armée rouge, la campagne de la
Méditerranée aurait pu être la plus décisive de toutes dans l’histoire
de l’après-guerre. Une campagne qui aurait pu modifier toute la
teneur des relations entre le Monde occidental et la Russie soviétique
fut amenée à disparaître… le retrait de la campagne d’Italie fut l’un
des ratés politiques majeurs du conflit ».
Le général Mark Clark (un brillant soldat américain qui fut par la
suite relégué à des postes de commandement secondaires et
démissionna de l’armée) parle de « ratés » et d’« erreurs », mais les
documents cités plus haut ainsi que de nombreuses autres sources
qui sont désormais accessibles démontrent que la décision n’était ni
462
un raté ni une erreur au sens habituel de ces mots, c’est-à-dire un
mauvais choix dû à une évaluation erronée des conséquences. Les
conséquences furent prévues et voulues, il n’y a aucun doute làdessus.
La décision était politique, et non pas militaire, et elle fut prise
par les hommes qui entouraient le président. C’était, dans le domaine
militaire, une analogie parfaite avec les décisions prises au sujet des
opérations de Prêt-bail : subordonner toute autre considération à
l’intérêt de l’État révolutionnaire.
Ainsi, la guerre, qui aurait pu être terminée (probablement en
1944) grâce à la libération des pays envahis par Hitler, laissant l’État
soviétique à l’intérieur des frontières russes naturelles ou un peu audelà,
et l’Europe dans un état de stabilité, continua en 1944 et
jusqu’en 1945, tandis qu’on accorda un répit aux armées allemandes
localisées en Italie et que le débarquement inutile dans le Sud de la
France n’apporta aucune puissance supplémentaire au débarquement
principal qui eut lieu en Normandie.
La tournure que prit la guerre au cours de ses dix derniers mois
fut celle dictée par le gouvernement soviétique, et elle fut superposée à
la stratégie militaire des Occidentaux, via son agent au sein du
gouvernement américain, l’homme connu sous le nom de Harry Dexter
White. Celui-ci étant décédé, il ne peut témoigner, mais il est
habituellement décrit par les autorités les plus fiables que je connaisse
comme étant l’auteur du plan, visant à la destruction de l’Allemagne et
à l’abandon de l’Europe à la « domination » soviétique, qui passa à la
postérité sous le nom de « Plan Morgenthau ».
Dans l’ombre de ce plan (comme nous allons le voir), les armées
occidentales avancèrent progressivement jusqu’aux frontières de
l’Allemagne. Jusqu’au dernier moment, M. Churchill (qui avait
auparavant été défait par le général Marshall dans sa tentative de voir
l’aile droite des armées alliées déferler dans les Balkans, pour frapper
au « ventre mou45 » de l’ennemi) lutta pour tirer profit de ce qui avait
été perdu suite à une grande offensive de dernière minute menée par
l’aile gauche vers Berlin et au-delà. Cette histoire est narrée dans ses
mémoires et dans celles du général Eisenhower.
Le général Eisenhower y décrit son refus quant à la proposition du
général d’armée Montgomery de mener une attaque massive jusqu’à
Berlin, fin 1944. Il considérait que ce projet était trop risqué, ou
déraisonnable ; plus tôt dans son livre il reproche gentiment à
Montgomery d’être trop prudent. Il mena au cours des mois suivants
une progression globale dispersée qui laissa le temps à l’Armée rouge
de mettre la main sur l’Europe, et en mars 1945 (alors que la
45 L’Italie telle que surnommée par Churchill, qui la considérait comme le point faible de
l’Axe - NdT
463
conférence de Yalta était terminée, que l’intention des Soviétiques
d’annexer la Roumanie et la Pologne plutôt que de les libérer était déjà
révélée, et que le président Roosevelt faisait part à Staline de ses
protestations officielles par télégramme), le général Eisenhower
télégraphia directement son plan au dictateur soviétique, intitulant
son message « Message personnel pour le maréchal Staline ». Cet
communication avec Staline avant même qu’elle ne soit validée par les
dirigeants alliés déclencha les furieuses protestations de M. Churchill,
qui essaya jusqu’à la fin de sauver ce qui pouvait encore être sauvé du
fiasco en préparation, en insistant à ce qu’au moins Vienne, Prague et
Berlin soient prises.
Ses démarches furent vaines. Le général Marshall, à Washington,
notifia Londres qu’il approuvait totalement le « concept stratégique » du
général Eisenhower et sa « procédure de communication avec les
Russes ». À partir de ce moment là, le déploiement des Alliés à l’Ouest
fut, en fait, conçu pour obtenir l’approbation des Soviétiques, et les
conseils britanniques furent ignorés. Le général Eisenhower avait
directement informé Staline le 28 mars qu’il s’arrêterait juste avant
Vienne. Le 14 avril, il informa les chefs d’états-majors qu’il s’arrêterait
soixante dix miles avant Berlin au niveau de l’Elbe, et ajouta : « Si vous
le voulez bien, je me propose d’en informer le maréchal Staline » ;
comme les objections britanniques avait été écartées, ces cinq
premiers mots n’avaient qu’un rôle formel. Il restait Prague, capitale de
la Tchécoslovaquie occupée. Le général Eisenhower conseilla à Staline
d’avancer jusqu’à Prague « si la situation le nécessitait » ; il disposait
de forces substantielles en attente au niveau de la frontière tchèque.
Staline répondit (9 mai 1945), exigeant que le général Eisenhower «
s’abstienne de faire progresser les forces alliées au-delà de… la ligne
constituée par les villes de Karlsbad, Pilsen et Budweis ». Le général
Eisenhower ordonna immédiatement au général Patton de s’arrêter sur
cette ligne.
Ainsi, « l’horrible partition » de l’Europe fut mise en place ; au
sujet de cette situation, M. Churchill ajouta le commentaire laconique
suivant, « ça ne pourra pas durer ». Cinq années plus tard, le général
Eisenhower déclara qu’il était le seul responsable de ces trois décisions
fatales : « Je dois clarifier un point. Votre question semble sousentendre
que la décision de ne pas prendre Berlin était une décision
politique. Au contraire, il y a une seule personne au monde
responsable de cette décision. Je suis cette personne. Personne d’autre
ne fut impliqué ne serait ce que dans les plus infimes détails ».
Cette déclaration fut faite en réponse à une question posée lors
d’un dîner de l’Association du Barreau de la ville de New York, le 3
mars 1949 ; L’interlocuteur dit « l’impression générale est que si notre
armée avait pris Berlin… et Prague, la situation pendant la période
464
d’après-guerre aurait pu être différente… Si nos dirigeants politiques…
s’étaient abstenus d’interférer avec votre application des procédures
militaires normales qui consistent à conquérir autant de territoires que
vos armées le permettent… ne pensez vous pas que la situation
d’après-guerre aurait été différente ? »
La déclaration du général Eisenhower ne pouvait pas être vraie,
même s’il y croyait. L’ordre d’arrêter la progression des Alliés jusqu’à
ce que l’Armée rouge prenne le contrôle de l’Allemagne et de l’Europe
Centrale, avec ses trois principales capitales, découlait clairement de
la « politique » qui, manifestement, animait le Prêt-bail : celle de
privilégier les demandes des Soviétiques par rapport à celles des autres
Alliés, et même par rapport aux besoins de l’Amérique. À ce sujet, le
capitaine Harry C. Butcher, qui était le biographe et le conseiller
personnel du général Eisenhower pour les affaires navales, déclara
précisément que lorsque le général Eisenhower (malgré les
protestations de M. Churchill) initia des communications directes avec
Moscou à propos de la ligne d’arrêt de la progression alliée, la question
de « l’occupation des frontières et des territoires avait été discutée bien
au-dessus de la sphère des quartiers généraux militaires ». Les actions
du général Eisenhower suivirent clairement un plan politique prédéfini
acté au plus haut niveau ; quand il devint président, les conséquences
de ce plan étaient déjà totalement visibles, et il put se sentir « hanté »
par l’exemple du président Roosevelt (comme le président Roosevelt fut
toujours « hanté » par celui du président Wilson).
M. Churchill fit (le 11 mai 1953) le discours de conclusion relatif
au bilan de la Seconde Guerre, et qui constitua le second grand
« désenchantement » pour des troupes qui se croyaient victorieuses :
« Si notre recommandation avait été appliquée par les États-Unis après
l’armistice avec l’Allemagne, les Alliés occidentaux n’auraient pas
quitté le front que leur armées avaient atteint - et ce dans le respect
des lignes d’occupation convenues - avant qu’un accord ne soit conclu
avec la Russie au sujet des nombreux différents concernant l’occupation
des territoires ennemis, dont l’Allemagne ne représente, évidemment,
qu’une portion. Notre proposition ne fut pas retenue, et une grande
partie de l’Allemagne fut cédée à l’occupation soviétique sans qu’aucun
accord global ne soit conclu entre les trois puissances victorieuses ».
Ainsi, la politique suivie en termes de transfert d’armes, de
richesse et de biens, et en termes de gestion des opérations militaires
pendant la Seconde Guerre mondiale, servit l’ « extension » de la
révolution. Restait une autre manière de faire avancer à travers la
guerre le processus d’extension de la révolution : la capitulation de la
politique menée par les dirigeants des États occidentaux, au plus haut
niveau, au cours des pourparlers et des conférences tenus par ces
derniers, à mesure que la situation militaire se concrétisait.
465
Les sentiments du lecteur pourraient être inutilement tourmentés
si l’histoire de toutes ces conférences (Atlantique, Le Caire,
Casablanca, Téhéran, Yalta) lui était contée. Le contraste, entre les
premières déclarations pleines de grandes ambitions et l’acceptation
finale de toutes les abominations initialement dénoncées, est démontré
suffisamment douloureusement dans une brève description de la
première rencontre (la charte de l’Atlantique) et de la dernière (la
conférence de Yalta).
La charte de l’Atlantique fut précédée par le troisième discours
d’investiture du président Roosevelt, le 6 janvier 1941, où il déclara à
une Amérique qui n’était pas encore en guerre qu’il « espérait un
monde fondé sur quatre libertés essentielles : la liberté d’expression, la
liberté de culte, la liberté de moyens et la liberté de paix ».
Ainsi, la charte de l’Atlantique du 14 août 1941, fruit des efforts
conjoints de M. Churchill et du président Roosevelt, reprenait une
phraséologie dont les lecteurs des Protocoles de 1905 étaient depuis
longtemps familiers (on se demande si les « élus dictateurs » les ont
jamais lus). Cette charte présente « certains principes de base », censés
gouverner les « politiques respectives » de l’Amérique et de la Grande-
Bretagne, sur lesquelles le deux signataires « reposent leur espoir d’un
avenir meilleur pour le monde » ; le premier principe spécifie « aucune
expansion territoriale ou autre », le suivant, « aucune modification de
frontière qui ne serait pas en accord avec les souhaits librement
exprimés des peuples concernés ». Le troisième, « le droit de tous les
peules de choisir le type de gouvernement dont ils dépendront ; et le
souhait de voir droits souverains et gouvernement indépendant rendus
à tous les peuples qui en aurait été privés par la force ».
L’abandon de ces nobles intentions suivit au cours des
conférences de Casablanca et de Téhéran de 1943 (Staline était
présent à Téhéran, et fut cité dans la « déclaration » comme « se
consacrant… à l’élimination de la tyrannie et de l’esclavage, de
l’oppression et de l’intolérance »), et connut son point d’orgue en février
1945 à Yalta, seulement trois ans et demi après la « charte de
l’Atlantique ».
Au moment de cette conférence, les armées anglo-américaines en
Europe étaient mises en attente, afin que l’Armée rouge se déploie en
profondeur au coeur de l’Europe. La déchéance de la diplomatie
occidentale (si le mot n’est pas trop doux) depuis sa grandeur passée
fut brutalement mise en lumière par la conférence de Yalta, et
l’examen des archives pourrait réveiller chez les occidentaux
d’aujourd’hui une nostalgie de l’époque où les plénipotentiaires et les
ambassadeurs, portant leur costumes protocolaires et conscients de
leurs responsabilités, se rencontraient dans la dignité pour améliorer
la situation des nations après une guerre : en comparaison avec le
466
congrès de Vienne ou de Berlin, la conférence de Yalta ressemble en
quelque sorte à un concert enfumé dans un bistrot.
Comme le dictateur soviétique refusait de quitter ses terres, les
dirigeants occidentaux le rencontrèrent en Crimée. Lorsque l’on
négocie avec des Orientaux, il s’agit dès le début d’une capitulation.
Le président américain et son confident, M. Hopkins, étaient
moribonds, et dans le cas de M. Roosevelt, cela était manifeste de par
les images diffusées par les médias et vues par la population. Je me
souviens des cris d’exclamation qui s’élevèrent du public au cours
d’une projection à laquelle je participais. Certains des plus hauts
dignitaires étaient accompagnés de leurs proches, ainsi cet événement
prit-il l’apparence d’une excursion en famille, une escapade plutôt
plaisante loin des contraintes pesantes de la guerre. Mais l’élément de
loin le plus terrible est que les invités furent exposés à (et nombre
d’entre eux furent victime de) l’une des plus anciennes ruses de
négociation connue de l’astucieuse civilisation asiatique :
l’étourdissement par l’alcool. Un des hauts dignitaires, le général de
division Laurence S. Kuter, qui représentait l’armée de l’air des Etats-
Unis, déclara :
« Le petit déjeuner débuta par un verre de cognac de taille moyenne…
du cognac de Crimée. Après les toasts d’ouverture et le cognac, il y
eut plusieurs services de caviar accompagné de vodka… Puis un
assortiment de tranches de viandes froides … avec du vin blanc…
Pour terminer, de petites pommes fermes de Crimée et avec celles-ci
un champagne demi-sec de Crimée… Le plat final de ce petit déjeuner
consistait en des verres hauts et fins remplis de thé bouillant avec
lesquels des verres à liqueur remplis de cognac furent servis ». Il
s’agissait seulement du petit déjeuner ! Comment un homme avec le
ventre plein des substances décrites ci-dessus peut-il prendre des
décisions rationnelles ou logiques au sujet de la prospérité des États-
Unis d’Amérique… Elliott Roosevelt, qui accompagnait son père à la
conférence, déclara que « presque tout le monde était ivre ».
Concernant le repas qui eut lieu le soir, M. Charles E. Bohlen, qui
participa en tant qu’adjoint au secrétaire d’État et interprète auprès
du président Roosevelt, déclara que « le maréchal Staline se comporta
en hôte, l’atmosphère du dîner fut des plus cordiale, et en tout,
quarante-cinq toasts furent bus ».
En plus de tout cela, le président Roosevelt mourant arriva à Yalta
en tant que signataire du « Plan Morgenthau », conçu par un agent
soviétique au sein même de son département d’État (M. Harry Dexter
White) ; et il était accompagné par un autre agent soviétique,
démasqué et condamné ultérieurement, M. Alger Hiss de son
département d’État, qui à cet instant critique était le conseiller spécial
du président pour les « affaires politiques ». Par conséquent, le
gouvernement soviétique était représenté sur deux des trois côtés de
cette table, et le résultat de la conférence en fut sa conclusion logique.
467
Jusqu’au tout début de la rencontre, M. Churchill poursuivit son effort
pour sauver l’ Europe Centrale et les Balkans du destin auquel ils
avaient été abandonnés à Yalta. Lorsqu’il rencontra à Malte le
président Roosevelt, qui était en route pour Yalta, il proposa une fois
de plus des opérations militaires à partir de la Méditerranée ; le
général Marshall, dans la lignée de sa menace de 1942, annonça alors
que « si le plan britannique était approuvé… il exliquerait à
Eisenhower qu’il ne disposait plus d’autre choix que d’être relevé de
ses fonctions » (M. Sherwwod).
Un mois avant la rencontre de Yalta, M. Churchill envoya un
télégramme au président Roosevelt : « À ce jour, je pense que la fin de
la guerre pourrait bien se révéler comme étant plus décevante que ne
le fut la précédente ». Bien du chemin avait été parcouru depuis les
« heures de gloire » de 1940, année durant laquelle il était devenu
Premier ministre et avait écrit : « Le pouvoir détenu au cours d’une
crise nationale, quand un homme pense savoir quels ordres doivent
être donnés, est une bénédiction ». Il connaissait désormais le peu de
pouvoir dont disposent les « élus dictateurs » et ne pouvait espérer, au
mieux, que sauver une infime partie des ruines de la victoire, qui à ce
moment-là était en train d’être rejetée alors qu’elle était sur le point
d’être remportée.
Ce qu’il savait, et qu’il rapporta au président Roosevelt, fut
totalement ignoré par les populations tourmentées. Ce contrôle total de
la presse, dont les Protocoles se prévalent avec arrogance, empêcha la
vérité de les atteindre, et elles furent progressivement emportées par
une puissante vague d’enthousiasme brûlant pour la grande « victoire »
qu’elles étaient en train de gagner. Le « pouvoir » de M. Churchill ne
pouvait changer cela. Quelques mois auparavant (le 23 août 1944), il
avait demandé à son ministre de l’Information : « Y a-t-il eu un arrêt de
la médiatisation des faits relatifs à l’agonie de Varsovie, qui semblent,
d’après les journaux, avoir été quasiment supprimés ? » (Triomphe et
Tragédie). Cette demande semble sincère, et dans ce cas, M. Churchill
ignorait ce que tout journaliste indépendant aurait pu lui dire, que de
tels faits étaient « quasiment supprimés ». Il ne nota pas la réponse
qu’il obtint, si réponse il y eut.
L’ « agonie » à laquelle M. Churchill fait référence concerne la
rébellion héroïque de l’armée polonaise clandestine, commandée par le
général Bors, contre les Allemands alors que l’Armée rouge
s’approchait de Varsovie. La progression de l’armée soviétique fut
immédiatement stoppée sur ordre de Moscou, et Staline refusa que les
avions britanniques et américains utilisent les aéroports soviétiques
afin de porter secours aux Polonais. M. Churchill déclara : « Je n’en
crus quasiment pas mes yeux lorsque je lus sa réponse cruelle », et il
raconte qu’il pressa le président Roosevelt d’ordonner l’utilisation des
468
aéroports par les avions américains, car Staline « n’aurait jamais osé
les faire abattre ». M. Roosevelt refusa, et les Polonais furent
abandonnés aux griffes des troupes SS de Hitler, qui rasèrent
Varsovie, tuèrent 200 000 habitants et déportèrent les 350 000
survivants. Le 1er octobre, après huit semaines de résistance, Radio
Varsovie émit ce dernier message : « C’est la cruelle vérité ; nous avons
été encore plus maltraités que les alliés d’Hitler, plus maltraités que
l’Italie, plus maltraités que la Roumanie, plus maltraités que la
Finlande… Dieu est juste et dans son omnipotence, il punira tous les
responsables des terribles blessures infligées à la nation polonaise »
(ces mots rappellent le message tchèque « nous léguons notre
souffrance à l’Ouest » après que la Tchécoslovaquie fut abandonnée en
1939 à Hitler).
Le pouvoir gagné par la révolution au sein de l’Ouest infesté fut
suffisant pour empêcher la publication de tels faits pendant la Seconde
Guerre, et la requête de M. Churchill auprès de son ministre de
l’Information s’évanouit dans les airs. L’ « agonie de Varsovie » fut
rendue publique trois ans exactement après que M. Roosevelt eut
signé la « déclaration de principes » précisant qu’il souhaitait « voir
droits souverains et gouvernement indépendant rendus à tout peuple
qui en aurait été privé par la force ».
Tel était l’arrière-plan de la conférence de Yalta, où, au cours de
son premier échange avec Staline, le président Roosevelt, un homme
qui était à l’article de la mort, dit au dictateur soviétique qu’il « était
encore plus assoiffé de sang allemand qu’il ne l’était il y a un an, et
qu’il espérait que le maréchal Staline proposerait à nouveau un toast à
l’exécution de 50 000 officiers de l’armée allemande ». Le terme « à
nouveau » fait allusion à la conférence de Téhéran de décembre 1943,
au cours de laquelle Staline avait proposé un tel toast, et M. Churchill
avait vertement protesté et quitté la pièce. Le président Roosevelt avait
alors suggéré que seulement 49 500 soient exécutés, et son fils, Elliott,
d’humeur joviale, avait fait part de son espoir d’en voir des centaines
de milliers abattus au cours des combats ; « Oncle Joe », rose de
plaisir, s’était alors levé pour embrasser Elliott Roosevelt.
À travers cette suggestion, M. Roosevelt souhaitait ennuyer M.
Churchill (qu’il en était apparemment venu à considérer comme un
ennemi, en 1945) ; à Téhéran, il avait dit à son fils Elliott : « le
problème est que le Premier ministre pense trop à l’après-guerre et à la
position que l’Angleterre y occupera ; il a peur de laisser les Russes
devenir trop puissants »), et il clarifia cela auprès de Staline en lui
disant qu’il « allait maintenant lui faire part d’une indiscrétion, car il
ne souhaitait pas en parler devant le Premier ministre Churchill ».
Parmi les choses qui ne furent pas dites en face de M. Churchill,
figurait celle-ci : « Le président a dit qu’il pensait que les armées se
469
rapprochaient suffisamment pour prendre contact, et il espérait que le
général Eisenhower pourrait communiquer directement avec le
commandement soviétique plutôt que par l’intermédiaire des chefs d’étatmajor
à Londres et à Washington, comme cela fut fait dans le passé » (4
février 1945).
Ceci explique le sort de Vienne, Berlin et Prague ; en mars, avril et
mai, le général Eisenhower, dans les messages qu’il envoya comme
convenu directement à Moscou, ce dont M. Churchill s’était plaint,
proposait son plan de progression et acceptait d’arrêter les forces
alliées à l’ouest de ces capitales.
Staline ne réitéra pas sa proposition de faire exécuter 50 000
Allemands. Les enregistrements de Yalta suggèrent qu’il montra
quelque réserve à l’égard des propositions que lui fit M. Roosevelt en
privé (et qui incluait la proposition d’abandon de Hong-Kong par les
Britanniques), l’image qui apparaît de lui dans ces archives est celle
d’un homme plus digne, et pour tout dire au moins plus scrupuleux
que le président ! Les explications pourraient être, d’une part, que la
déclaration de M. Roosevelt était tellement froide et cynique qu’elle
produisit un sentiment de dégoût chez le lecteur ; d’autre part, même
Staline hésita peut-être à croire que le président américain irait aussi
loin qu’il le prétendait en soutenant l’expansion soviétique et suspecté
peut-être un piège, de sorte qu’il fit alors preuve de plus de réserve
qu’à l’accoutumée. Dans tous les cas, celui qui fit exécuter des millions
de personnes apparaît, dans ces documents spécifiques, plutôt moins
repoussant que son invité.
Le test ultime de l’honneur occidental à Yalta concernait le
traitement de la Pologne. L’invasion de la Pologne par l’association des
États soviétiques et nazis avait déclenché la Seconde Guerre ;
clairement, il s’agissait du pays principalement visé par les
déclarations de MM. Roosevelt et Churchill en 1941 (la charte de
l’Atlantique), comme quoi « droits souverains et gouvernement
indépendant » doivent être « rendus à tout peuple qui en aurait été
privé par la force ». Pendant la conférence de Yalta, alors que la guerre
en Europe allait encore durer dix semaines, la Pologne avait en fait été
offerte à la révolution ; cela apparaissait implicitement dans la fuite
des Polonais de Varsovie, et aussi explicitement que possible dans
l’ordre donné par M. Roosevelt au général Eisenhower de subordonner
son plan de déploiement aux souhaits soviétiques. Cela signifiait que
la Pologne, ainsi que tous les pays européens situés à l’Est et au Sud-
Est de Berlin, seraient en fait annexés par les Soviétiques, ou bien
inclus dans les territoires de la révolution.
Bien que M. Churchill n’ait pas abandonné le dernier espoir de
l’éviter, l’imminence de cette annexion était patente à Yalta, et la
déchéance finale de l’Ouest réside dans l’acceptation de cet événement,
470
même par M. Churchill à la fin. Car c’était bien une acceptation :
l’affirmation que seule la moitié du territoire polonais serait cédée aux
Soviétiques, que la Pologne recevrait en « compensation » une partie de
l’Allemagne, et que des « élections libres » seraient organisées dans
l’État ainsi constitué, était un prétexte obscène alors que tout le
monde savait que la totalité de la Pologne, et la moitié de l’Allemagne
que la Pologne devait recevoir en « compensation », allaient passer de
l’esclavage nazi à l’esclavage communiste et que les armées alliées
allaient être neutralisées afin de permettre l’exécution de ce plan.
Ainsi, lorsque M. Roosevelt demanda l’autorisation de « s’occuper
de la Pologne », il avait abandonné les nobles « principes » de la charte
de l’Atlantique. Il commença par affirmer qu’ « il y a six ou sept
millions de Polonais aux États-Unis », suggérant donc que pour lui, le
seul problème était celui des votes relatifs aux élections américaines,
et non pas celui de la Pologne, et il proposa ensuite l’amputation de la
Pologne au niveau de la ligne Curzon, ajoutant la curieuse remarque
comme quoi « la plupart des Polonais, comme les Chinois, veulent
sauver la face » (de nombreux témoins à l’époque remarquèrent qu’il
était parfois incohérent, et il n’expliqua pas en quoi la perte d’une
partie de leur territoire permettrait aux Polonais de sauver la face). M.
Roosevelt avait été bien préparé en vue de cette proposition. M.
Edward Stettinius, qui était théoriquement son secrétaire d’État à
l’époque mais qui ne semble pas avoir joué de rôle dans l’élaboration
de la politique suivie, raconte que « le président me demanda de
trouver un avocat pour le conseiller au sujet de la rédaction de sa
déclaration relative à la frontière polonaise ; je contactai Alger Hiss ».
M. Churchill se retrouva seul à émettre les dernières protestations
arguant des « principes » et des objectifs initiaux de la Seconde Guerre
mondiale :
« C’est la raison pour laquelle nous sommes entrés en guerre contre
l’Allemagne : pour que la Pologne redevienne libre et souveraine.
Chacun sait ce que cela nous a rapporté, mal préparés comme nous
l’étions, nous y avons presque perdu notre nation. La Grande-
Bretagne n’avait aucun intérêt matériel en Pologne. Son seul intérêt
est celui de l’honneur, parce que nous nous sommes élevés contre la
brutale attaque menée par Hitler en Pologne. Je ne pourrai jamais
être satisfait d’une solution qui ne ferait pas de la Pologne un État
libre et indépendant »…
(Puis plus tard, lorsque la pression exercée par MM. Roosevelt et
Staline se révéla trop forte pour lui) :
« L’histoire retiendrait que le gouvernement britannique a totalement
cédé sur le sujet des frontières, a accepté le point de vue soviétique et
l’a soutenu… La Grande-Bretagne serait accusée d’avoir abandonné
la cause polonaise… »
471
Mais finalement, il signa (et ensuite, les troupes polonaises, les
premières qui combattirent Hitler, restèrent à porter le deuil dans
leurs casernes pendant que la grande « célébration de la victoire »
retentissait à Londres).
Ainsi fut achevée l’oeuvre, et en lieu et place de la liberté
d’expression et de culte, de la liberté de moyen et de paix, les peuples
d’Europe de l’Est furent abandonnés à la police secrète et au régime
carcéral qu’Hitler avait initialement mis en place suite à la nuit de
l’incendie du Reichstag. Il sembla que rien de pire ne pouvait arriver,
et pourtant, une abomination encore plus grande fut réalisée. Selon le
« protocole de la réparation allemande » [la conférence de Potsdam du 2
août 1945 - NdT], le procédé de base du terrorisme soviétique, c’est-àdire
l’esclavage des travailleurs, fut approuvé et étendu aux territoires
conquis, puisque ce document autorisait « les trois gouvernements » à
obtenir réparation de l’Allemagne sous la forme de « l’utilisation de la
main d’oeuvre allemande ».
Dans le cadre de certains accords complémentaires, les Alliés
occidentaux convinrent de considérer tous les prisonniers russes
comme des « déserteurs » devant être reconduits vers l’État soviétique.
Sur le papier, ces choses-là semblent très dignes ; leurs conséquences
sur les êtres humains apparaissent dans ces mots du révérend James
B. Chuter, un aumônier de l’armée britannique et l’un des 4000
prisonniers d’un camp de prisonniers de guerre allemand démantelé
qui rejoignirent les Alliés en progression en 1945 :
« Le long de la rive Est de la Mulde [rivière allemande, affluent de
l’Elbe - NdT], un grand nombre de gens vivait dans des camps. C’était
la fin du voyage pour des dizaines de milliers de réfugiés. La Mulde
était la limite convenue où les Américains s’arrêtèrent et jusqu’à
laquelle les Russes devaient avancer. Les Américains ne laissaient
personne traverser la rivière à l’exception du personnel militaire
allemand et des prisonniers de guerre alliés. De temps en temps,
quelque âme désespérée se jetait dans les flots, tentant en vain
d’échapper à la furie insoupçonnée accompagnant l’arrivée des
Russes. C’était afin de prévenir et de décourager de tels incidents que
les salves occasionnelles de mitrailleuses américaines positionnées sur
la rive Ouest se faisaient entendre… sonnant, de la plus effrayante des
manières, comme un avertissement à tous ceux qui songeraient à
traverser la limite de la rivière ».
Telle fut l’issue de la Seconde Guerre mondiale, et l’accord qui
conclut le tout (dans lequel Staline fut ajouté aux deux signataires de
la charte de l’Atlantique de 1941) précisait : « Par cette déclaration,
nous réaffirmons notre foi dans les principes de la charte de
l’Atlantique ».
Ainsi se termina la conférence de Yalta, à l’exception d’un détail
important. Au cours d’une dernière rencontre « en aparté » entre le
472
président Roosevelt et Staline, juste avant le départ du président pour
sa visite du roi Ibn Saoud, Staline déclara que « le problème juif était
compliqué, qu’ils avaient essayé d’établir un foyer national pour les
juifs dans le Birobidzhan46, mais qu’ils n’y étaient restés que deux ou
trois ans avant de s’éparpiller dans les grandes villes ». Alors, le
président Roosevelt, avec les manières d’un membre d’un club exclusif
qui serait sûr que son hôte en fait également partie, « déclara qu’il était
sioniste et demanda au maréchal Staline s’il l’était aussi ».
Cet échange génère chez le lecteur le sentiment de deux hommes
appréhendant finalement le coeur du sujet. Staline répondit qu’« il
l’était dans les principes, mais il en reconnut la difficulté ». Dans cet
échange, le voleur de banque géorgien sonne plus comme un homme
d’État et parle encore plus prudemment que tout leader occidental au
cours des quarante dernières années, aucun d’entre eux n’ayant admis
l’existence d’une quelconque « difficulté ».
(M. Churchill avait l’habitude de dénoncer toute mention d’une
« difficulté » comme étant antijuive et antisémite). Il ne s’agissait pas de
la totalité de la conversation à ce sujet, bien que ce soit tout ce que
révèle l’enregistrement officiel. Le même jour, le dernier sur la totalité
de la conférence, Staline demanda à Roosevelt s’il entendait faire
aucune concession au Roi Ibn Saoud, et le président répondit qu’« il
n’y avait qu’une concession qu’il pensait pouvoir proposer » et qu’elle
consistait à lui » (Ibn Saoud) donner « les six millions de juifs des États-
Unis ». (Cette dernière citation est authentique mais elle fut retirée de
l’enregistrement officiel).
Toutes les déclarations ci-dessus, à l’exception d’une seule, sont
issues de l’ouvrage officiel, « The Conferences at Malta and Yalta,
1945 » publié par le département d’État américain le 16 mars 1955. Le
lendemain matin, les journaux en firent leurs grands titres, parmi
lesquels celui du Montreal Star est typique : « les Capitales du Monde
sont Outrées, Choquées par la Révélation des Secrets de Yalta ». C’était
une absurdité ; en 1955, la population était déjà devenue insensible à
ce sujet, ayant été menée par le contrôle de la presse à l’état de
confusion impotente prédit dans les Protocoles de 1905.
D’un point de vue historique, le contenu de ces documents relatifs
à Yalta est suffisamment accablant, pourtant ils ne sont pas complets.
L’essentiel a été retiré (j’en ai donné un exemple) et il s’agissait
probablement des informations les plus choquantes. En mai 1953,
sous la pression du Sénat des États-Unis, le département d’État
américain s’engagea dans la publication avant juin 1956 de la version
exhaustive de chacune des douze conférences ayant eu lieu pendant la
guerre. En mai 1956, seule la version censurée de Yalta avait été
46 Région du sud-est de la Russie - NdT
473
publiée. Le Dr Donald M. Dozer et M. Bryton Barron, deux dirigeants
du département d’État en charge de la préparation de la publication,
insistèrent sur une publication rapide et exhaustive et furent
respectivement licenciés et mis à la retraite, début 1956, et ce en totale
contradiction avec la déclaration du président Eisenhower faite en avril
1955 : « Je pense que le fait de conserver un quelconque document de
guerre dans le secret même s’il inclut certaines de mes erreurs… relève
de la folie. Toute information doit être rendue publique afin que le
peuple des États-Unis puisse apprendre des erreurs du passé et
puisse prendre des décisions aujourd’hui ».
Avant sa retraire, M. Barron fut « l’objet d’exténuantes sessions de
lavage de cerveau afin de s’assurer de son consentement concernant
l’effacement de documents importants », et informa sa hiérarchie que
le recueil qu’ils s’apprêtaient à publier serait « une version modifiée,
incomplète et fortement censurée tendant à protéger le gouvernement
précédent et à induire le peuple américain en erreur ».
Ce récit relatif aux documents de Yalta démontre que, dix ans
après la Seconde Guerre mondiale, le pouvoir était toujours entre les
mains du « groupe occulte » qui durant la guerre avait été capable de
détourner les ressources, les opérations militaires et les décisions
politiques dans l’objectif d’ « étendre » la révolution. Ils étaient encore
en mesure de contrôler les initiatives publiques prises par les
présidents et de contrarier la volonté du Congrès ; ils tenaient toujours
les rênes. Cela signifie que le noyautage du gouvernement américain et
de ses départements par des agents de la révolution, qui commença en
1933 pendant le premier mandat de M. Roosevelt, n’était pas terminé
en 1955, et ce malgré de nombreuses révélations. Cela signifie aussi
que, comme cela fut déjà le cas, la dynamique américaine dans
l’éventualité d’une troisième guerre pourrait être détournée de la même
manière que précédemment afin de promouvoir le projet hégémonique
d’une société mondiale communisante (la troisième étape dans le
processus de Lénine). Une fois de plus, les peuples impliqués se
battraient pour atteindre des objectifs, diamétralement opposés aux
causes qui leur seraient présentées à l’occasion d’un quelconque
nouveau « Pearl Harbour ».
Ce sabotage de l’Occident n’était pas restreint aux Etats-Unis ; il
touchait l’intégralité du monde occidental, et ce chapitre ne traite que
du cas américain parce que, étant donné la situation actuelle, la force
et la richesse de l’Amérique sont si grandes que leur utilisation à bon
ou à mauvais escient détermineront probablement les résultats. Une
situation similaire existait dans le pays - la Grande-Bretagne - à partir
duquel s’étaient originellement développées les grandes nations outremer,
et parmi elles, dans les deux plus grandes, le Canada et
l’Australie.
474
La première révélation eu lieu au Canada, immédiatement après la
fin de la guerre, et c’est la seule affaire parmi quatre pour laquelle une
enquête gouvernementale complète et une communication totale du
rapport auprès du public eurent lieu ; elle permit aussi d’entraîner
toutes les révélations ultérieures qui touchèrent l’Amérique, l’Australie
et la Grande-Bretagne. Un Russe, au risque de sa vie, fit part au
gouvernement canadien du réseau d’infiltration et d’espionnage
gouvernemental dont l’ambassade soviétique à Ottawa était le centre
(malgré le rôle majeur joué par les Russes dans ce processus de mise
en garde, les dirigeants occidentaux et la presse continuèrent à monter
les masses contre les « Russes », et non contre les comploteurs
révolutionnaires dont la Russie était captive). Cette enquête publique
exhaustive, qui serait normalement inimaginable, semble être due au
fait que le Premier ministre canadien de l’époque, M. Mackenzie King,
bien qu’étant un homme politique rusé, était dans tous les autres
domaines un homme simple, plus intéressé par la communication avec
le monde des esprits que par toute autre chose. Quand il fut
convaincu, grâce à la consultation de différents documents, de la
véracité des déclarations d’Igor Gouzenko, il réalisa qu’elles révélaient
« la situation la plus grave que le Canada ait jamais connu » et informa
en hâte le président américain (le successeur de M. Roosevelt) et le
Premier ministre britannique d’alors (M. Clement Attlee) que la
situation se présentait comme « étant encore plus grave en Amérique et
en Angleterre ».
À cette période, les preuves écrites de M. Whittaker Chambers
démontrant que M. Alger Hiss était au centre d’un réseau soviétique
au coeur du département d’État américain étaient disponibles, mais
ignorées par deux présidents américains depuis six ans, et trois ans
plus tard, M. Truman allait publiquement rejeter ces histoires-là les
qualifiant de « diversions ». Les révélations relatives à M. Hiss et à ses
partenaires s’ensuivirent au cours d’un procès qui fut le résultat
exclusif des efforts d’individus patriotes (dont M. Richard Nixon qui
allait plus tard devenir vice-président) pour extirper la vérité à un
gouvernement récalcitrant et pour forcer sa divulgation. De
nombreuses révélations suivirent l’affaire Hiss, démontrant que les
départements du gouvernement américain avaient été noyautés par
des agents soviétiques, et ce à tous les niveaux. Les documents
traitant de cette époque et de ce sujet sont désormais trop nombreux
ne serait-ce que pour être résumés dans cet ouvrage, mais ils sont
sans équivoque, et pour la plupart officiels bien que rendus publics
laborieusement.
En Angleterre, pendant les six années qui suivirent l’avertissement
du Premier ministre canadien, rien ne fut fait pour régler la situation
révélée par la plus haute autorité. Puis, en 1951, deux fonctionnaires
du ministère des Affaires étrangères, l’un d’entre eux cadre supérieur
475
et jeune homme prometteur, et toux deux des personnages connus qui
avaient manifestement été protégés et promus au cours de leur
carrière par quelque puissant allié, disparurent soudainement. On sut
qu’ils avaient fui en Russie, effrayés par une révélation similaire à celle
qu’avait connue M. Hiss. Pendant quatre années supplémentaires, les
gouvernements britanniques (socialiste et conservateur) refusèrent
toute enquête ou information publique sous le prétexte que « toutes les
recherches possibles sont en cours ». Et puis, en 1955, le ministère
des Affaires étrangères britannique annonça tout à coup que les deux
individus étaient suspectés d’avoir transmis dès 1949 des informations
secrètes au gouvernement soviétique (ils disparurent en 1951). Cette
déclaration tardive n’avait rien de spontané, elle fut extirpée du
gouvernement britannique seulement grâce au fait qu’à nouveau, un
Russe, Vladimir Petrov de l’ambassade soviétique à Canberra, avait fui
sa captivité et avait révélé que ces deux individus, Burgess et Maclean,
avaient été recrutés en tant qu’espions pour le compte des Soviétiques
au cours de leurs années d’études à Cambridge vingt ans auparavant
(1930-1935 ; séduire et capturer des hommes pendant leur jeunesse
insouciante est la méthode sur laquelle les documents de Weishaupt et
les Protocoles insistent ; la carrière d’Alger Hiss en Amérique en offre
une parfaite analogie). Immédiatement après cet aveu tardif émis par
le ministère des Affaires étrangères, Burgess et Maclean furent
fièrement exhibés à la presse internationale basée à Moscou comme
étant des fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères (et
immédiatement après cet événement, les dirigeants soviétiques d’alors,
Khrouchtchev et Boulganine furent invités à participer à une visite
officielle à Londres).
Les révélations faites par Petrov déclenchèrent une enquête en